{"id":10575,"date":"2018-09-19T22:42:17","date_gmt":"2018-09-20T02:42:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/?p=10575"},"modified":"2020-10-04T09:07:09","modified_gmt":"2020-10-04T13:07:09","slug":"fiabilite-objective-preuve-identification","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/fiabilite-objective-preuve-identification\/","title":{"rendered":"La prise en compte de la fiabilit\u00e9 objective de la preuve d\u2019identification : Coonishish c. R., 2018 QCCA 1453"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2018\/2018qcca1453\/2018qcca1453.html\">Coonishish c. R., 2018 QCCA 1453<\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">La fiabilit\u00e9 objective de la preuve d\u2019identification ressort g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019un examen m\u00e9ticuleux et rigoureux des circonstances dans lesquelles les observations et l\u2019identification ont initialement \u00e9t\u00e9 faites par le t\u00e9moin oculaire ainsi que des \u00e9l\u00e9ments de la preuve ind\u00e9pendants qui confirment ou supportent l\u2019identification oculaire.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[38]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Il importe toutefois de rappeler qu\u2019en raison de ses faiblesses inh\u00e9rentes, la preuve d\u2019identification par t\u00e9moin oculaire comporte des dangers, particuli\u00e8rement lorsqu\u2019elle est rapport\u00e9e par un t\u00e9moin cr\u00e9dible et convaincu, en raison de la faillibilit\u00e9 des capacit\u00e9s d\u2019observation et de la fragilit\u00e9 de la m\u00e9moire humaine[4].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[39]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 La valeur probante d\u2019une telle preuve ne doit donc pas \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e par le seul test de la cr\u00e9dibilit\u00e9 du t\u00e9moin oculaire, mais exige davantage\u00a0: la prise en compte de la fiabilit\u00e9 objective de la preuve d\u2019identification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[40]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat Legault[5], la Cour cite avec approbation les propos de la Cour d\u2019appel d\u2019Alberta dans R. c. Atfield\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[3]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 The authorities have long recognized that the danger of mistaken visual identification lies in the fact that the identification comes from witnesses who are honest and convinced, absolutely sure of their identification and getting surer with time, but nonetheless mistaken. Because they are honest and convinced, they are convincing, and have been responsible for many cases of miscarriages of justice through mistaken identity. The accuracy of this type of evidence cannot be determined by the usual tests of credibility of witnesses, but must be tested by a close scrutiny of other evidence. [\u2026] As is said in Turnbull, the jury (or the judge sitting alone) must be satisfied of both the honesty of the witness and the correctness of the identification. Honesty is determined by the jury (or judge sitting alone) by observing and hearing the witness, but correctness of identification must be found from evidence of circumstances in which it has been made or in other supporting evidence. If the accuracy of the identification is left in doubt because the circumstances surrounding the identification are unfavorable, or supporting evidence is lacking or weak, honesty of the witnesses will not suffice to raise the case to the requisite standard of proof and a conviction so founded is unsatisfactory and unsafe and will be set aside. It should always be remembered that in the famous Adolph Beck case, twenty seemingly honest witnesses mistakenly identified Beck as the wrongdoer.[6]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 [Soulignements ajout\u00e9s]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[41]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 La fiabilit\u00e9 objective de la preuve d\u2019identification ressort g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019un examen m\u00e9ticuleux et rigoureux des circonstances dans lesquelles les observations et l\u2019identification ont initialement \u00e9t\u00e9 faites par le t\u00e9moin oculaire ainsi que des \u00e9l\u00e9ments de la preuve ind\u00e9pendants qui confirment ou supportent l\u2019identification oculaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[42]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat Mezzo, la juge Wilson reprend avec approbation les propos du juge en chef de la Cour d\u2019appel d\u2019Angleterre, Lord Widgery, dans l\u2019arr\u00eat Turnbull[7] et insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019analyser soigneusement les circonstances de l\u2019identification. Elle dresse, en outre, une liste non exhaustive des facteurs pertinents servant \u00e0 d\u00e9terminer la fiabilit\u00e9 de la preuve d\u2019identification par un t\u00e9moin oculaire\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne veux pas laisser entendre que le juge du proc\u00e8s doit dans chaque cas s\u2019en tenir \u00e0 une classification rigide des facteurs \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Turnbull. Un crit\u00e8re automatique ne refl\u00e9terait pas les particularit\u00e9s infinies que peuvent offrir toutes les situations de fait possibles. La mise en garde de l\u2019arr\u00eat Turnbull identifie cependant un certain nombre de facteurs qui peuvent clairement influer sur la qualit\u00e9 de la d\u00e9position d\u2019un t\u00e9moin oculaire\u00a0: la dur\u00e9e de l\u2019observation, la distance, l\u2019\u00e9clairage, les obstacles \u00e0 la vue, le fait de reconna\u00eetre quelqu\u2019un, le temps \u00e9coul\u00e9 entre la premi\u00e8re observation et la description donn\u00e9e ult\u00e9rieurement aux policiers et les divergences entre cette description et l\u2019aspect physique du pr\u00e9venu. Il ne fait pas de doute qu\u2019il en existe beaucoup d\u2019autres. La coh\u00e9rence des descriptions donn\u00e9es par le t\u00e9moin (importante en l\u2019esp\u00e8ce), le degr\u00e9 d\u2019attention qu\u2019il ou elle a port\u00e9 \u00e0 l\u2019agresseur et sa lucidit\u00e9 au moment du crime, sa r\u00e9action lors des confrontations subs\u00e9quentes avec le pr\u00e9venu (importante aussi en l\u2019esp\u00e8ce) en sont quelques-uns qui nous viennent tout de suite \u00e0 l\u2019esprit.[8]<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Le t\u00e9moignage d&#8217;un enfant, ne doit pas \u00eatre analys\u00e9 avec la m\u00eame rigueur et les m\u00eames exigences que celui d\u2019un adulte. Ainsi, une contradiction dans le t\u00e9moignage d\u2019un enfant n\u2019a g\u00e9n\u00e9ralement pas le m\u00eame impact sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ce dernier qu\u2019une faille semblable dans celui d\u2019un adulte.\u00a0Cela ne signifie pas pour autant qu\u2019il faille abaisser le niveau de fiabilit\u00e9 objective des circonstances de l\u2019observation initiale et des identifications subs\u00e9quentes.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[68]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 L\u2019intim\u00e9e souligne, \u00e0 bon droit, que le t\u00e9moignage d\u2019un jeune enfant, comme le plaignant, ne doit pas \u00eatre analys\u00e9 avec la m\u00eame rigueur et les m\u00eames exigences que celui d\u2019un adulte. Ainsi, une contradiction dans le t\u00e9moignage d\u2019un enfant n\u2019a g\u00e9n\u00e9ralement pas le m\u00eame impact sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ce dernier qu\u2019une faille semblable dans celui d\u2019un adulte[11].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[69]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Cela ne signifie pas pour autant qu\u2019il faille abaisser le niveau de fiabilit\u00e9 objective des circonstances de l\u2019observation initiale et des identifications subs\u00e9quentes, surtout si, comme en l\u2019esp\u00e8ce, le minist\u00e8re public choisit de ne pas proc\u00e9der \u00e0 une parade d\u2019identification selon les normes de fiabilit\u00e9 reconnues pour corriger les d\u00e9faillances d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019identification ant\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[70]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat Legault[12], le juge Rochon souligne qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019identification par t\u00e9moin oculaire, la Cour est parfois aussi bien plac\u00e9e que le juge d\u2019instance pour \u00e9valuer la qualit\u00e9 et la force probante d\u2019une telle preuve et il cite avec approbation les propos de l\u2019auteur Tristan Desjardins \u00e0 ce sujet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les cas particuliers o\u00f9 l\u2019issue d\u2019un verdict repose sur une preuve d\u2019identification oculaire, il est cependant reconnu que la cour d\u2019appel peut \u00eatre aussi bien plac\u00e9e que le tribunal d\u2019instance afin d\u2019\u00e9valuer la qualit\u00e9 de ce type de preuve. En effet, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019appr\u00e9ciation de la force probante d\u2019une preuve d\u2019identification oculaire n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pas li\u00e9e \u00e0 une question de cr\u00e9dibilit\u00e9, mais plut\u00f4t \u00e0 l\u2019ensemble des circonstances entourant cette identification, un verdict fond\u00e9 sur une telle preuve pourra \u00eatre \u00e9cart\u00e9 par la cour d\u2019appel en vertu de l\u2019alin\u00e9a 686(1)a(i) du Code criminel si cette preuve a \u00e9t\u00e9 obtenue de mani\u00e8re honn\u00eate, mais erron\u00e9e.[13]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 [R\u00e9f\u00e9rence omise]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[71]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat Bigsky, la Cour d\u2019appel de Saskatchewan a recens\u00e9 la jurisprudence des tribunaux d\u2019appel du Canada relativement \u00e0 la preuve d\u2019identification oculaire et a dress\u00e9 une liste des facteurs qui donnent g\u00e9n\u00e9ralement ouverture \u00e0 une intervention en appel\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">In the judge-alone cases, when a court of appeal will intervene depends on a variety of factors: (i) whether the trial judge can be taken to have instructed himself or herself regarding the frailties of eyewitness testimony and the need to test its reliability; (ii) the extent to which the trial judge has reviewed the evidence with such an instruction in mind; (iii) the extent to which proof of the Crown\u2019s case depends on the eyewitness\u2019s testimony or, in other words, the presence or absence of other evidence that can be considered in determining whether a court of appeal should intervene; (iv) the nature of the eyewitness observation including such matters as whether the eyewitness had previously known the accused and the length and quality of the observation; and (v) whether there is other evidence which may tend to make the evidence unreliable, i.e., the witness\u2019s evidence has been strengthened by inappropriate police or other procedures between the time of the eyewitness observation and the time of testimony.[14]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 [R\u00e9f\u00e9rence omise]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[72]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 En l\u2019esp\u00e8ce, le verdict de culpabilit\u00e9 repose enti\u00e8rement sur une preuve d\u2019identification de l\u2019appelant par le plaignant. Le juge en \u00e9tait manifestement conscient et s\u2019est ad\u00e9quatement mis en garde contre les dangers d\u2019une telle preuve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[73]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Il a toutefois commis des erreurs manifestes d\u2019interpr\u00e9tation de la preuve et omis d\u2019appliquer ces instructions de prudence aux \u00e9cueils \u00e9vidents de la preuve soumise. Il a essentiellement tranch\u00e9 la question de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur des crimes commis aux d\u00e9pens du plaignant en fonction de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ce dernier et de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[74]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Or, la preuve d\u2019identification n\u2019a pas, en l\u2019esp\u00e8ce, le niveau de fiabilit\u00e9 requis pour fonder \u00e0 elle seule les verdicts de culpabilit\u00e9 en raison notamment de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9vidente du plaignant \u00e0 la suggestion et \u00e0 la manipulation, d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019identification par confrontation d\u00e9faillant, d\u2019une enqu\u00eate polici\u00e8re qui a fait d\u00e9faut de confirmer les dires du jeune plaignant et de l\u2019insuffisance d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u00e9montrant la fiabilit\u00e9 objective de la preuve d\u2019identification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[75]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Je suis conscient qu\u2019en certaines circonstances, la r\u00e9action physique d\u2019une victime lorsqu\u2019elle identifie un agresseur peut parfois \u00eatre d\u00e9terminante et compenser une proc\u00e9dure d\u2019identification quelque peu d\u00e9faillante. Toutefois, ce n\u2019est pas le cas en l\u2019esp\u00e8ce. Les pleurs du gamin et l\u2019\u00e9treinte concomitante de sa m\u00e8re peuvent \u00eatre raisonnablement interpr\u00e9t\u00e9s comme exprimant sa joie de r\u00e9ussir \u00e0 satisfaire au d\u00e9sir de cette derni\u00e8re de retrouver celui qui aurait abus\u00e9 de lui.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Le juge aurait \u00e9t\u00e9 plus avis\u00e9 de laisser l\u2019appelant s\u2019approcher de lui afin de constater l\u2019absence ou la pr\u00e9sence d\u2019une cicatrice \u00e0 la l\u00e8vre sup\u00e9rieure<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[84]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Le refus de laisser s\u2019approcher l\u2019appelant s\u2019inscrit d\u2019ailleurs dans la continuit\u00e9 de cette volont\u00e9 du juge de mettre un terme \u00e0 l\u2019imbroglio ou au malaise qu\u2019ont caus\u00e9 ses paroles et ne d\u00e9coule aucunement d\u2019une intention malveillante, comme le sous-entend l\u2019appelant. L\u2019intim\u00e9e a raison de souligner que la pr\u00e9sence d\u2019une moustache constituait un fait que le juge pouvait observer, mais l\u2019absence d\u2019une cicatrice \u00e0 la l\u00e8vre de l\u2019appelant \u00e9tait \u00e9galement un fait observable. Le juge qui avait t\u00e9moign\u00e9 du premier aurait pu \u00eatre \u00e9galement t\u00e9moin du second.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[85]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 En r\u00e9trospective, il est manifeste que le juge aurait \u00e9t\u00e9 plus avis\u00e9 de laisser l\u2019appelant s\u2019approcher de lui afin de constater l\u2019absence ou la pr\u00e9sence d\u2019une cicatrice \u00e0 la l\u00e8vre sup\u00e9rieure de l\u2019appelant. Il aurait de la sorte dissip\u00e9 un nuage qui plane toujours quant \u00e0 la pr\u00e9sence ou \u00e0 l\u2019absence de la cicatrice sur la l\u00e8vre de l\u2019appelant et n\u2019aurait pu \u00eatre bl\u00e2m\u00e9 pour l\u2019avoir fait puisque l\u2019appelant insistait pour \u00eatre observ\u00e9 de plus pr\u00e8s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les principes applicables \u00e0 un verdict d\u00e9raisonnable rendu par un juge si\u00e9geant seul<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[90]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat R. c. W.(H.), le juge Cromwell rappelle les principes applicables \u00e0 un verdict d\u00e9raisonnable rendu par un juge si\u00e9geant seul\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un verdict est d\u00e9raisonnable ou ne peut s\u2019appuyer sur la preuve lorsqu\u2019un jury ayant re\u00e7u les directives appropri\u00e9es et agissant de mani\u00e8re judiciaire n\u2019aurait pu raisonnablement le rendre (R. c. Yebes, 1987 CanLII 17 (CSC), [1987] 2 R.C.S. 168, \u00e0 la p. 185, et R. c. Biniaris, 2000 CSC 15 (CanLII), 2000 SCS 15, [2000] 1 R.C.S. 381, au par. 36). Le m\u00eame crit\u00e8re s\u2019est longtemps appliqu\u00e9 tant au verdict d\u2019un jury qu\u2019\u00e0 celui d\u2019un juge, mais, r\u00e9cemment, notre Cour a quelque peu accru la port\u00e9e de l\u2019examen qui permet de d\u00e9terminer que le verdict d\u2019un juge est raisonnable ou non (R. c. Beaudry, 2007 CSC 5 (CanLII), [2007] 1 R.C.S. 190, et R. c. Sinclair, 2011 CSC 40 (CanLII), [2011] 3 R.C.S. 3). Elle a ainsi reconnu l\u2019existence d\u2019une diff\u00e9rence d\u2019ordre pratique entre l\u2019examen du verdict d\u2019un juge et l\u2019examen du verdict d\u2019un jury. En effet, contrairement au jury, le juge motive sa conclusion, de sorte que la cour d\u2019appel peut tenir compte de ses motifs pour se prononcer sur le caract\u00e8re raisonnable du verdict. Cependant, cet \u00e9largissement de l\u2019examen ne vaut paspour le verdict d\u2019un jury.[15]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[91]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Dans R. c. Morrissey[16], le juge Doherty souligne que si un appelant d\u00e9montre que sa d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 repose sur une interpr\u00e9tation erron\u00e9e d\u2019un \u00e9l\u00e9ment crucial de la preuve, il y a alors lieu de conclure qu\u2019il n\u2019a pas subi un proc\u00e8s \u00e9quitable et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une erreur judiciaire. C\u2019est le cas m\u00eame si la preuve pr\u00e9sent\u00e9e au proc\u00e8s \u00e9tait susceptible de fonder une d\u00e9claration de culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[92]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Or, celui qui d\u00e9montre l\u2019existence d\u2019une erreur judiciaire au sens de l\u2019article 686(1a)(iii) C.cr. n\u2019est pas tenu d\u2019\u00e9tablir, en outre, que le verdict ne trouve pas appui dans la preuve conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 686(1)a)(i) C.cr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[93]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Tel que je le soulignais pr\u00e9c\u00e9demment, la conclusion du juge selon laquelle la preuve de l\u2019identification de l\u2019appelant par le plaignant est cr\u00e9dible et fiable parce qu\u2019elle (1) est le r\u00e9sultat d\u2019une observation initiale faite dans des conditions favorables, (2) est confirm\u00e9e sur un \u00e9l\u00e9ment essentiel par le t\u00e9moignage tout aussi cr\u00e9dible et fiable d\u2019E&#8230; L&#8230; et (3) d\u00e9coule d\u2019une proc\u00e9dure \u00e9quitable et fiable d\u2019identification au moyen d\u2019une confrontation pr\u00e9alable au proc\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[94]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Or, ces trois motifs du juge r\u00e9sultent, en l\u2019esp\u00e8ce, d\u2019une interpr\u00e9tation erron\u00e9e de l\u2019essence m\u00eame de la preuve relative \u00e0 chacun des trois volets de l\u2019identification par t\u00e9moin oculaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[95]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 S\u2019agissant l\u00e0 de la seule preuve de l\u2019implication de l\u2019appelant, ces erreurs ont jou\u00e9 un r\u00f4le capital dans le raisonnement \u00e0 l\u2019origine des verdicts prononc\u00e9s puisqu\u2019il s\u2019agissait de la seule question litigieuse que devait trancher le juge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[96]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Par cons\u00e9quent, l\u2019application du sous-alin\u00e9a 686(1)a)(iii) C.cr. s\u2019impose dans les circonstances et il y a lieu, \u00e0 mon avis, d\u2019accueillir l\u2019appel et de substituer aux d\u00e9clarations de culpabilit\u00e9 des verdicts d\u2019acquittement puisqu\u2019une fois expurg\u00e9e de ces erreurs d\u2019interpr\u00e9tation, la preuve est nettement insuffisante pour \u00e9tayer la culpabilit\u00e9 de l\u2019appelant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Coonishish c. R., 2018 QCCA 1453 La fiabilit\u00e9 objective de la preuve d\u2019identification ressort g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019un examen m\u00e9ticuleux et rigoureux des circonstances dans lesquelles les observations et l\u2019identification ont initialement \u00e9t\u00e9 faites par le t\u00e9moin oculaire ainsi que des \u00e9l\u00e9ments de la preuve ind\u00e9pendants qui confirment ou supportent l\u2019identification oculaire. 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