{"id":11733,"date":"2019-07-25T08:56:54","date_gmt":"2019-07-25T12:56:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/?p=11733"},"modified":"2019-11-17T09:46:01","modified_gmt":"2019-11-17T14:46:01","slug":"un-minimum-de-preuve-de-lensemble-des-circonstances-de-la-prise-de-la-declaration-doit-etre-presente-pour-etablir-son-caractere-libre-et-volontaire-bernard-c-r-2019-qcca-1227","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/un-minimum-de-preuve-de-lensemble-des-circonstances-de-la-prise-de-la-declaration-doit-etre-presente-pour-etablir-son-caractere-libre-et-volontaire-bernard-c-r-2019-qcca-1227\/","title":{"rendered":"Un minimum de preuve de l\u2019ensemble des circonstances de la prise de la d\u00e9claration doit \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 pour \u00e9tablir son caract\u00e8re libre et volontaire : Bernard c. R., 2019 QCCA 1227"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/canlii.ca\/t\/j1f1j\">Bernard c. R., 2019 QCCA 1227<\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">[34] Par ailleurs, il faut bien admettre que le raisonnement du juge r\u00e9duit la r\u00e8gle des confessions \u00e0 une analyse n\u00e9gative, c\u2019est-\u00e0-dire qui consiste uniquement \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019absence ou la pr\u00e9sence de menaces ou de promesses explicites[25]. La preuve doit plut\u00f4t permettre une r\u00e9elle analyse contextuelle[26]. D\u00e9j\u00e0 au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, la Cour supr\u00eame \u00e9non\u00e7ait, dans Sankey v. The King, qu\u2019un minimum de preuve de l\u2019ensemble des circonstances de la prise de la d\u00e9claration doit \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9[27].<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[29] En vertu de la r\u00e8gle des confessions, issue de la common law, la d\u00e9claration extrajudiciaire de l\u2019accus\u00e9 \u00e0 une personne en autorit\u00e9, qu\u2019elle soit incriminante ou disculpatoire[12], est en principe inadmissible lors de son proc\u00e8s, \u00e0 moins que la poursuite ne d\u00e9montre, par une preuve hors de tout doute raisonnable, qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 faite volontairement[13]. Cette r\u00e8gle trouve application lors m\u00eame que le d\u00e9clarant n\u2019est ni arr\u00eat\u00e9 ni d\u00e9tenu[14]. L\u2019analyse du caract\u00e8re libre et volontaire de la d\u00e9claration est contextuelle[15]. Il appartient au tribunal de s\u2019efforcer de bien comprendre les circonstances de la confession et de se demander si elles soul\u00e8vent un doute raisonnable quant \u00e0 son caract\u00e8re volontaire[16]. L\u2019existence ou l\u2019absence d\u2019une mise en garde est un facteur important, sans \u00eatre n\u00e9cessairement d\u00e9terminant, pour trancher cette question[17].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[30] Si le ou la juge du proc\u00e8s examine toutes les circonstances pertinentes et applique correctement le droit, il y a alors lieu de faire preuve de d\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa d\u00e9cision concernant le caract\u00e8re libre et volontaire de la d\u00e9claration en litige puisqu\u2019il s\u2019agira d\u00e8s lors d\u2019une question de fait, ou mixte de fait et de droit[18]. Dans cette situation, seule la d\u00e9monstration d\u2019une erreur manifeste et d\u00e9terminante dans l\u2019appr\u00e9ciation de la preuve justifiera l\u2019intervention en appel[19]. Un d\u00e9saccord avec le ou la juge de premi\u00e8re instance relativement au poids qu\u2019il convient d\u2019accorder \u00e0 divers \u00e9l\u00e9ments de preuve ne constitue pas un motif justifiant d\u2019infirmer sa conclusion \u00e0 l\u2019\u00e9gard du caract\u00e8re volontaire d\u2019une confession[20].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[31] L\u2019appelant soutient essentiellement que le juge d\u2019instance a err\u00e9 en droit dans son application du fardeau de la preuve dans le cadre du voir-dire. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il \u00ab soumet que le raisonnement mis de l\u2019avant par le juge d\u2019instance \u00e9quivaut \u00e0 dire : puisque les t\u00e9moins n\u2019ont aucun souvenir des circonstances de la d\u00e9claration faite le 1er septembre 1987, l\u2019intim\u00e9e a rencontr\u00e9 son fardeau de preuve car il y a absence de preuve du caract\u00e8re involontaire de ladite d\u00e9claration. \u00bb[21]. Effectivement, la preuve administr\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire le t\u00e9moignage de l\u2019ex-enqu\u00eateur concern\u00e9, est des plus minces, notamment en ce que ce dernier n\u2019a pris, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, aucune note de la rencontre. Ainsi, il n\u2019est pas en mesure de fournir au tribunal des informations \u00e9l\u00e9mentaires telles que le lieu de l\u2019\u00e9change et la dur\u00e9e de celui-ci. Son unique certitude est qu\u2019il a rencontr\u00e9 l\u2019appelant \u00e0 titre de t\u00e9moin et ne lui a pas donn\u00e9 son droit \u00e0 l\u2019avocat pour cette raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[32] Au stade de l\u2019argumentation, l\u2019intim\u00e9e a soutenu devant le juge du proc\u00e8s qu\u2019 \u00ab [i]l aurait suffi que monsieur Bernard prenne la bo\u00eete puis vienne vous dire \u00e9coutez, moi quand j\u2019ai fait la d\u00e9claration, j\u2019\u00e9tais &#8211; &#8211; on est sur voir-dire, l\u00e0, il y a quand m\u00eame un minimum. \u00bb[22]. Visiblement, la poursuite se m\u00e9prend sur le fardeau qui est le sien. Il est bien entendu qu\u2019une confession ne sera pas jug\u00e9e inadmissible si elle a \u00e9t\u00e9 faite dans des circonstances qui ne soul\u00e8vent pas de doute raisonnable quant \u00e0 son caract\u00e8re volontaire, mais encore faut-il que la poursuite pr\u00e9sente une quelconque preuve de ces circonstances. De la m\u00eame fa\u00e7on, la d\u00e9cision du premier juge m\u00e9rite d\u00e9f\u00e9rence dans la mesure o\u00f9 celui-ci a examin\u00e9 toutes les circonstances pertinentes et appliqu\u00e9 correctement le droit[23].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[33] En l\u2019esp\u00e8ce, le juge de premi\u00e8re instance a retenu que \u00ab [r]ien ne d\u00e9montre dans la preuve qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9tenu ou qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de menaces ou de contraintes pour donner sa version de certains faits comme t\u00e9moin \u00bb et que \u00ab [r]ien dans la preuve sur le voir-dire ne laisse voir quelque subterfuge utilis\u00e9 par l\u2019enqu\u00eateur. \u00bb Le juge n\u2019a pas eu tort puisque la preuve offerte par l\u2019intim\u00e9e ne r\u00e9v\u00e8le que tr\u00e8s peu des circonstances entourant l\u2019obtention de la d\u00e9claration. L\u2019intim\u00e9e elle-m\u00eame conc\u00e8de que \u00ab [l]\u2019agent Houle se rem\u00e9more bien certains aspects de la d\u00e9claration, quoique ses souvenirs soient limit\u00e9s. \u00bb[24].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[34] Par ailleurs, il faut bien admettre que le raisonnement du juge r\u00e9duit la r\u00e8gle des confessions \u00e0 une analyse n\u00e9gative, c\u2019est-\u00e0-dire qui consiste uniquement \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019absence ou la pr\u00e9sence de menaces ou de promesses explicites[25]. La preuve doit plut\u00f4t permettre une r\u00e9elle analyse contextuelle[26]. D\u00e9j\u00e0 au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, la Cour supr\u00eame \u00e9non\u00e7ait, dans Sankey v. The King, qu\u2019un minimum de preuve de l\u2019ensemble des circonstances de la prise de la d\u00e9claration doit \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9[27] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">We feel, however, that we should not part from this case without expressing our view that the proof of the voluntary character of the accused\u2019s statement to the police, which was put in evidence against him, is most unsatisfactory. That statement, put in writing by the police officer, was obtained only upon a fourth questioning to which the accused was subjected on the day following his arrest. Three previous attempts to lead him to &#8220;talk&#8221; had apparently proved abortive\u2014why, we are left to surmise. The accused, a young Indian, could neither read nor write. No particulars are vouchsafed as to what transpired at any of the three previous &#8220;interviews&#8221;; and but meagre details are given of the process by which the written statement ultimately signed by the appellant was obtained. We think that the police officer who obtained that statement should have fully disclosed all that took place on each of the occasions when he &#8220;interviewed&#8221; the prisoner; and, if another policeman was present, as the defendant swore at the trial, his evidence should have been adduced before the statement was received in evidence. With all the facts before him, the learned judge should form his own opinion that the tendered statement was indeed free and voluntary as the basis for its admission, rather than accept the mere opinion of the police officer, who had obtained it, that it was made &#8221; voluntarily and freely.&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">It should always be borne in mind that while, on the one hand, questioning of the accused by the police, if properly conducted and after warning duly given, will not per se render his statement inadmissible, on the other hand, the burden of establishing to the satisfaction of the court that anything in the nature of a confession or statement procured from the accused while under arrest was voluntary always rests with the Crown. The King v. Bellos (1927 CanLII 39 (SCC), [1927] S.C.R. 258); Prosko v. The King ((1922) 1922 CanLII 584 (SCC), 63 Can. S.C.R. 226). That burden can rarely, if ever, be discharged merely by proof that the giving of the statement was preceded by the customary warning and an expression of opinion on oath by the police officer, who obtained it, that it was made freely and voluntarily.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Soulignements ajout\u00e9s]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[35] Vu ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il m\u2019appara\u00eet que le juge de premi\u00e8re instance a err\u00e9 en droit en admettant la d\u00e9claration extrajudiciaire faite par l\u2019appelant le 1er septembre 1987.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[36] L\u2019intim\u00e9e, \u00e9tant d\u2019opinion que ce premier moyen devait \u00e9chouer, n\u2019a nullement invoqu\u00e9 la disposition r\u00e9paratrice. Sa preuve reposant en tr\u00e8s grande partie sur les d\u00e9clarations extrajudiciaires de l\u2019appelant, il convient de souligner que le juge a permis que sa d\u00e9claration du 1er septembre 1987 soit utilis\u00e9e contre lui lors de son contre-interrogatoire sans que celle-ci ait \u00e9t\u00e9 produite[28], ce qui militerait en faveur d\u2019un nouveau proc\u00e8s. J\u2019estime n\u00e9cessaire, n\u00e9anmoins, de traiter des autres moyens d\u2019appel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bernard c. R., 2019 QCCA 1227 [34] Par ailleurs, il faut bien admettre que le raisonnement du juge r\u00e9duit la r\u00e8gle des confessions \u00e0 une analyse n\u00e9gative, c\u2019est-\u00e0-dire qui consiste uniquement \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019absence ou la pr\u00e9sence de menaces ou de promesses explicites[25]. La preuve doit plut\u00f4t permettre une r\u00e9elle analyse contextuelle[26]. 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