{"id":14526,"date":"2020-04-04T17:37:50","date_gmt":"2020-04-04T21:37:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/?p=14526"},"modified":"2021-02-14T07:28:26","modified_gmt":"2021-02-14T12:28:26","slug":"propension-victime-legitime-defense","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/propension-victime-legitime-defense\/","title":{"rendered":"La d\u00e9fense peut mettre en preuve la propension de la victime \u00e0 commettre des actes de violence, et ce, ind\u00e9pendamment du fait que l\u2019accus\u00e9 n\u2019avait pas connaissance de ces actes de violence ant\u00e9rieurs au moment o\u00f9 il all\u00e8gue la l\u00e9gitime d\u00e9fense : Deslauriers c. R., 2020 QCCA 484"},"content":{"rendered":"\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/canlii.ca\/t\/j61ft\">Deslauriers c. R., 2020 QCCA 484\u00a0<\/a><br \/><br \/>Mise \u00e0 jour le 14 f\u00e9vrier 2021 : voir\u00a0<a href=\"https:\/\/canlii.ca\/t\/jct0b\">R. c. Deslauriers, 2021 CSC 3<\/a><\/p>\r\n<h2 style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9fense peut mettre en preuve la propension de la victime \u00e0 commettre des actes de violence, et ce, ind\u00e9pendamment du fait que l\u2019accus\u00e9 n\u2019avait pas connaissance de ces actes de violence ant\u00e9rieurs au moment o\u00f9 il all\u00e8gue la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Cette preuve sert non pas \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de l\u2019accus\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de ses perceptions au moment de l\u2019attaque, mais bien \u00e0 supporter la preuve que la victime a effectivement violent\u00e9 l\u2019accus\u00e9.<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[63] Ce fardeau est important, mais il n\u2019est pas on\u00e9reux puisque, \u00e0 ce stade des proc\u00e9dures, l\u2019accus\u00e9 n\u2019a toujours pas vu les documents, rapports ou notes recherch\u00e9s[23]. Il lui suffit d\u2019\u00e9tablir qu\u2019il existe une possibilit\u00e9 raisonnable que les renseignements recherch\u00e9s aient une valeur probante quant \u00e0 une question en litige (concernant les \u00e9v\u00e9nements ou la valeur probante de la preuve) ou \u00e0 l\u2019inhabilet\u00e9 d\u2019un t\u00e9moin \u00e0 t\u00e9moigner[24].<br \/>[64] En l\u2019esp\u00e8ce, la th\u00e9orie de la d\u00e9fense consistait \u00e0 dire que D.H.-L. avait fonc\u00e9 sur l\u2019accus\u00e9 avec son v\u00e9hicule, justifiant ainsi l\u2019utilisation de la force l\u00e9tale de son arme de service pour se prot\u00e9ger.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[65] Le comportement de D.H.-L. face au policier qui cherchait \u00e0 l\u2019interpeller alors qu\u2019il \u00e9tait au volant d\u2019un v\u00e9hicule vol\u00e9 \u00e9tait au c\u0153ur de l\u2019analyse en ce qui a trait \u00e0 l\u2019\u00e9valuation du caract\u00e8re justifi\u00e9 ou non de l\u2019action pos\u00e9e par le policier, tant sous l\u2019angle de la d\u00e9fense de justification (art. 25 C.cr.) que sous celui de la l\u00e9gitime d\u00e9fense (art. 34 C.cr.). Une preuve de propension \u00e0 la violence (ou, dans le cas particulier qui nous occupe, \u00e0 l\u2019insubordination) de la part de D.H.-L. aurait \u00e9t\u00e9 pertinente afin de donner du poids \u00e0 la version de l\u2019accus\u00e9 quant au d\u00e9roulement de l\u2019intervention, voire de la corroborer, et ce, m\u00eame s\u2019il ne connaissait pas l\u2019identit\u00e9 du conducteur lors de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[66] Il en va de m\u00eame pour l\u2019accusation de n\u00e9gligence criminelle puisque la preuve de l\u2019intention coupable (la mens rea) requiert de comparer la conduite de l\u2019accus\u00e9 \u00e0 celle d\u2019une personne raisonnable, ici un policier, dans les m\u00eames circonstances, \u00e0 la recherche d\u2019un \u00e9cart marqu\u00e9 et important par rapport \u00e0 celle-ci.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[67] Tout \u00e9l\u00e9ment de preuve pouvant corroborer la version de l\u2019accus\u00e9 \u00e9tait donc \u00ab vraisemblablement \u00bb pertinent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[68] Dans l\u2019arr\u00eat Scopelliti[25], la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario \u00e9crit, sous la plume du juge Martin :<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><br \/>Obviously, evidence of previous acts of violence by the deceased, not known to the accused, is not relevant to show the reasonableness of the accused\u2019s apprehension of an impending attack. However, there is impressive support for the proposition that, where self-defence is raised, evidence of the deceased\u2019s character (i.e. disposition) for violence is admissible to show the probability of the deceased having been the aggressor and to support the accused\u2019s evidence that he was attacked by the deceased.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[Je souligne]<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[69] Dans l\u2019arr\u00eat Brousseau[26], notre cour opine dans le m\u00eame sens, aux paragraphes 19 et 26 :<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><br \/>[19] Il est en effet reconnu depuis l\u2019arr\u00eat Scopelitti que la d\u00e9fense peut mettre en preuve la propension de la victime \u00e0 commettre des actes de violence, et ce, ind\u00e9pendamment du fait que l\u2019accus\u00e9 n\u2019avait pas connaissance de ces actes de violence ant\u00e9rieurs au moment o\u00f9 il all\u00e8gue la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Cette preuve sert non pas \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de l\u2019accus\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de ses perceptions au moment de l\u2019attaque, mais bien \u00e0 supporter la preuve que la victime a effectivement violent\u00e9 l\u2019accus\u00e9. Comme le souligne le juge Martin :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Obviously, evidence of previous acts of violence by the deceased, not known to the accused, is not relevant to show the reasonableness of the accused\u2019s apprehension of an impending attack. However, there is impressive support for the proposition that, where self-defence is raised, evidence of the deceased\u2019s character (i.e., disposition) for violence is admissible to show the probability of the deceased having been the aggressor and to support the accused\u2019s evidence that he was attacked by the deceased.<br \/>[\u2026]<br \/>[26] L\u2019analyse doit n\u00e9anmoins se poursuivre comme le sugg\u00e8re le minist\u00e8re public dans son argumentation. La preuve du caract\u00e8re violent de la victime, ou d\u2019actes violents ant\u00e9rieurs, est admissible dans la mesure o\u00f9 elle est pertinente \u00e0 l\u2019\u00e9tat de l\u00e9gitime d\u00e9fense invoqu\u00e9 par l\u2019accus\u00e9e et le juge du proc\u00e8s poss\u00e8de le pouvoir discr\u00e9tionnaire de refuser une telle preuve si elle a une faible valeur probante :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Since evidence of prior acts of violence by the deceased is likely to arouse feelings of hostility against the deceased, there must inevitably be some element of discretion in the determination whether the proffered evidence has sufficient probative value for the purpose for which it is tendered to justify its admission. Moreover, great care must be taken to ensure that such evidence, if admitted, is not misused.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[Je souligne; renvois omis]<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[70] La refonte des dispositions du Code criminel relatives \u00e0 la l\u00e9gitime d\u00e9fense en 2013 semble d\u2019ailleurs faire \u00e9cho \u00e0 ces enseignements. Le paragraphe 34(2) C.cr. \u00e9nonce, dans une liste non exhaustive, les facteurs que le juge peut examiner pour d\u00e9cider si l\u2019accus\u00e9 \u00ab [\u2026] a agi de fa\u00e7on raisonnable dans les circonstances \u00bb, dont \u00ab [les] faits pertinents dans la situation personnelle de la personne [qui invoque la l\u00e9gitime d\u00e9fense] et celle des autres parties [\u2026] \u00bb. [Je souligne]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[71] \u00c0 mon avis, la juge a donc err\u00e9 en rejetant la requ\u00eate en divulgation de la preuve de l\u2019appelant d\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9tape du r\u00e9gime applicable \u00e0 la communication de renseignements en la possession de tiers. Il s\u2019agissait de renseignements vraisemblablement pertinents, \u00ab raisonnablement susceptibles d\u2019aider l\u2019accus\u00e9 dans l\u2019exercice de son droit \u00e0 une d\u00e9fense pleine et enti\u00e8re \u00bb[27]. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019une recherche \u00e0 l\u2019aveuglette de sa part. La juge aurait \u00e9t\u00e9 mieux avis\u00e9e, et ceci dit avec \u00e9gards, de passer \u00e0 la deuxi\u00e8me \u00e9tape de l\u2019analyse, ce qui lui aurait alors permis d\u2019examiner les documents en question et de d\u00e9terminer s\u2019ils ont une pertinence v\u00e9ritable, de pond\u00e9rer les int\u00e9r\u00eats de chacun et de d\u00e9cider s\u2019ils devaient \u00eatre transmis \u00e0 l\u2019accus\u00e9 et, si oui, dans quelle mesure et \u00e0 quelles conditions.<\/p>\r\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Le fait d\u2019exclure des renseignements \u00e0 premi\u00e8re vue pertinents \u00e0 la preuve de l\u2019innocence de l\u2019accus\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9tape de la proc\u00e9dure \u00e9tablie dans l\u2019arr\u00eat O\u2019Connor, sans avoir vu en quoi consistait cette preuve, n\u2019\u00e9tait pas, selon moi, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat non seulement de l\u2019accus\u00e9, mais aussi, vu la pr\u00e9somption d\u2019innocence au c\u0153ur de notre syst\u00e8me de justice criminelle, de la justice.<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[72] Le fait d\u2019exclure des renseignements \u00e0 premi\u00e8re vue pertinents \u00e0 la preuve de l\u2019innocence de l\u2019accus\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9tape de la proc\u00e9dure \u00e9tablie dans l\u2019arr\u00eat O\u2019Connor, sans avoir vu en quoi consistait cette preuve, n\u2019\u00e9tait pas, selon moi, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat non seulement de l\u2019accus\u00e9, mais aussi, vu la pr\u00e9somption d\u2019innocence au c\u0153ur de notre syst\u00e8me de justice criminelle, de la justice.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[73] L\u2019erreur est importante puisqu\u2019elle risque d\u2019avoir port\u00e9 atteinte au droit de l\u2019appelant \u00e0 une d\u00e9fense pleine et enti\u00e8re.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[74] Pour s\u2019en convaincre, il suffit de se rappeler que l\u2019appelant affirmait que le jeune conducteur avait dirig\u00e9 son v\u00e9hicule vers lui, le pied sur la p\u00e9dale de l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur, le faisant craindre pour sa vie et le laissant avec comme seule option celle d\u2019utiliser son arme pour neutraliser la menace. Tout s\u2019est pass\u00e9 tr\u00e8s rapidement \u00e0 partir du moment o\u00f9 le v\u00e9hicule vol\u00e9, jusqu\u2019alors immobilis\u00e9, aurait fonc\u00e9 vers lui.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[75] Or, la juge de premi\u00e8re instance ne retient pas cette version des \u00e9v\u00e9nements, pas plus qu\u2019elle ne soul\u00e8ve de doute raisonnable dans son esprit. Elle doute m\u00eame que l\u2019appelant se soit jamais trouv\u00e9 sur la trajectoire du v\u00e9hicule et ait craint pour sa vie (paragr. 50, 115, 116 et 126) et affirme que \u00ab clairement \u00bb le v\u00e9hicule ne fon\u00e7ait pas sur lui au moment du second coup de feu (paragr. 128 et 132). Son analyse de la d\u00e9fense soulev\u00e9e par l\u2019accus\u00e9 \u00e9tait intimement li\u00e9e \u00e0 la trame factuelle qu\u2019elle retenait. Peut-\u00eatre aurait-elle \u00e9valu\u00e9 cette preuve diff\u00e9remment si elle avait eu le b\u00e9n\u00e9fice des \u00e9l\u00e9ments de preuve additionnels que l\u2019accus\u00e9 cherchait \u00e0 obtenir? Peut-\u00eatre auraient-ils pu susciter dans son esprit, m\u00eame si elle ne croyait pas l\u2019accus\u00e9, un doute raisonnable?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[76] Cette erreur justifie l\u2019intervention de la Cour et la tenue d\u2019un nouveau proc\u00e8s.<\/p>\r\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Pour qu\u2019un juge rejette le t\u00e9moignage d\u2019un expert pour cause de partialit\u00e9, \u00ab il faut plus qu\u2019une simple apparence de partialit\u00e9 \u00bb.<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[126] Quant \u00e0 la partialit\u00e9 de M. Poulin, cette conclusion, et je le dis avec beaucoup d\u2019\u00e9gards pour la juge de premi\u00e8re instance, ne me semble pas fond\u00e9e sur la preuve. \u00c0 la lecture de son t\u00e9moignage, M. Poulin semble bien comprendre son r\u00f4le et celui du juge, le d\u00e9cideur ultime des questions \u00e0 trancher dans le cadre d\u2019un proc\u00e8s criminel.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[127] Il a d\u00e9crit et expliqu\u00e9 les normes et tableaux apparaissant dans le Mod\u00e8le national de l\u2019emploi de la force. La juge dit de ces tableaux qu\u2019ils concernent le degr\u00e9 de force \u00e0 utiliser lors d\u2019une intervention polici\u00e8re, un \u00ab enjeu qui appartient au Tribunal d\u2019\u00e9valuer et seulement au Tribunal \u00bb[46]. L\u2019expert exprime aussi son opinion sur la conduite de l\u2019accus\u00e9 tout au long de l\u2019intervention par rapport \u00e0 l\u2019enseignement prodigu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale de police du Qu\u00e9bec.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[128] Tout cela me semble parfaitement correct, et ce, m\u00eame si, ultimement, il appartenait \u00e0 la juge d\u2019appr\u00e9cier la preuve tant en ce qui a trait \u00e0 la preuve de la poursuite des \u00e9l\u00e9ments essentiels des accusations port\u00e9es contre l\u2019accus\u00e9 qu\u2019\u00e0 celle des moyens de d\u00e9fense mis de l\u2019avant par ce dernier.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[129] M. Poulin ne me semble pas \u00eatre all\u00e9 plus loin que ce que l\u2019on attend d\u2019un expert.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[130] Il est int\u00e9ressant de noter que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019\u00e9crit la juge[47], \u00ab le Mod\u00e8le national de l\u2019emploi de la force \u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 par la poursuite dans le cadre de la preuve \u00e0 charge, et non par M. Poulin. Le document d\u00e9pos\u00e9 par ce dernier est une pr\u00e9sentation PowerPoint comportant des extraits de ce document. Il faut en conclure \u2013 sans s\u2019en \u00e9tonner d\u2019ailleurs, vu la nature du dossier \u2013 que l\u2019application des enseignements du Mod\u00e8le national de l\u2019emploi de la force constituait un enjeu tant pour la poursuivante que pour l\u2019accus\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[131] Les experts sont retenus pour informer le juge sur des sujets pointus, souvent techniques, qui ne rel\u00e8vent pas de la connaissance d\u2019office et, lorsqu\u2019on les y invite, pour exprimer leur opinion, toujours dans le respect du juge qui, ultimement, doit trancher. C\u2019est, selon moi, ce que M. Poulin a fait ici.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[132] Contrairement \u00e0 ce qu\u2019\u00e9crit la juge de premi\u00e8re instance, la finale de son interrogatoire ne se voulait pas \u00ab d\u2019un biais \u00e9tonnant et sans limites \u00bb[48], pas plus qu\u2019il n\u2019a \u00e9mis l\u2019opinion sans nuance que \u00ab toute l\u2019intervention [\u00e9tait] conforme avec l\u2019enseignement prodigu\u00e9 par l\u2019\u00c9cole nationale de police \u00bb[49].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[133] M. Poulin a droit \u00e0 son opinion et ce n\u2019est pas parce qu\u2019il croit que l\u2019intervention \u00e9tait conforme aux enseignements prodigu\u00e9s dans les \u00e9coles de police \u2013 et que la juge voit les choses diff\u00e9remment \u2013 que son t\u00e9moignage m\u00e9rite d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9 \u00ab d\u2019un biais \u00e9tonnant et sans limites \u00bb. De plus, il n\u2019a pas affirm\u00e9 sans nuance que toute l\u2019intervention \u00e9tait conforme puisqu\u2019il a reconnu, plus d\u2019une fois pendant son t\u00e9moignage, qu\u2019elle \u00ab n\u2019\u00e9tait pas parfaite \u00bb et expliqu\u00e9 pourquoi il apportait cette nuance.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[134] Les experts ont \u00ab l\u2019obligation envers le tribunal de donner un t\u00e9moignage d\u2019opinion qui soit juste, objectif et impartial \u00bb[50]. Toute conclusion judiciaire \u00e0 l\u2019effet contraire est grave et doit reposer sur des fondements solides. Pour qu\u2019un juge rejette le t\u00e9moignage d\u2019un expert pour cause de partialit\u00e9, \u00ab il faut plus qu\u2019une simple apparence de partialit\u00e9 \u00bb[51]. Il faut un motif qui justifierait le juge de conclure que l\u2019expert ne peut pas, ou ne veut pas, s\u2019acquitter de son obligation d\u2019aider le tribunal. \u00c0 mon avis, ce n\u2019\u00e9tait pas le cas ici.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[135] Ici encore, le comportement du policier dans le cadre de l\u2019intervention men\u00e9e, face \u00e0 l\u2019attitude de D.H.-L., \u00e9tait au c\u0153ur de ses moyens de d\u00e9fense. Le rejet par la juge du t\u00e9moignage de M. Poulin, notamment en ce qui a trait \u00e0 la conformit\u00e9 de la conduite de l\u2019appelant par rapport aux enseignements re\u00e7us, n\u2019est fort probablement pas sans cons\u00e9quence sur l\u2019analyse de la preuve \u00e0 charge et des moyens de d\u00e9fense. Ici encore, l\u2019erreur justifie la tenue d\u2019un nouveau proc\u00e8s.<\/p>\r\n<h2 style=\"text-align: justify;\">R\u00e9cusation &#8211;\u00a0La seule d\u00e9monstration que le juge a des croyances, opinions ou pr\u00e9jug\u00e9s ne suffit pas \u00e0 \u00e9tablir la partialit\u00e9; il faut d\u00e9montrer que ces croyances, opinions ou pr\u00e9jug\u00e9s emp\u00eachent le juge de les mettre de c\u00f4t\u00e9 pour parvenir \u00e0 une d\u00e9cision fond\u00e9e sur la preuve.<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[150] Les juges canadiens jouissent d\u2019une forte pr\u00e9somption d\u2019impartialit\u00e9[53]. Il appartient \u00e0 la partie qui all\u00e8gue la partialit\u00e9 d\u2019un juge de repousser cette pr\u00e9somption en d\u00e9montrant que la conduite du juge suscite une crainte de partialit\u00e9 aux yeux d\u2019une personne sens\u00e9e et raisonnable, et bien renseign\u00e9e \u00e0 ce sujet. Les motifs de crainte doivent \u00eatre s\u00e9rieux. La seule d\u00e9monstration que le juge a des croyances, opinions ou pr\u00e9jug\u00e9s ne suffit pas \u00e0 \u00e9tablir la partialit\u00e9; il faut d\u00e9montrer que ces croyances, opinions ou pr\u00e9jug\u00e9s emp\u00eachent le juge de les mettre de c\u00f4t\u00e9 pour parvenir \u00e0 une d\u00e9cision fond\u00e9e sur la preuve[54].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[151] La juge avait raison de conclure que ses propos formul\u00e9s une seule fois, \u00e0 titre de pr\u00e9sidente d\u2019une association d\u2019avocats, plusieurs ann\u00e9es auparavant (cinq ans) dans le contexte d\u2019un d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral sur un projet de loi, ne pouvaient pas \u00e0 eux seuls susciter une crainte raisonnable de partialit\u00e9 d\u00e9favorable \u00e0 l\u2019appelant aux yeux \u00ab d\u2019une personne bien renseign\u00e9e qui \u00e9tudierait la question en profondeur, de fa\u00e7on r\u00e9aliste et pratique \u00bb[55].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[152] La seule utilisation du mot \u00ab assassiner \u00bb, bien qu\u2019inad\u00e9quate et inappropri\u00e9e, et pour laquelle des excuses publiques ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ne constitue pas une preuve convaincante de nature \u00e0 renverser la forte pr\u00e9somption d\u2019impartialit\u00e9 dont tous les juges canadiens b\u00e9n\u00e9ficient en raison du serment qu\u2019ils pr\u00eatent au moment de leur accession \u00e0 la magistrature et des r\u00e8gles de d\u00e9ontologie qui les gouvernent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[153] Ceci \u00e9tant, s\u2019il devait y avoir un nouveau proc\u00e8s, comme je le propose, je crois qu\u2019il serait mieux avis\u00e9 de tenir ce proc\u00e8s devant un autre juge pour \u00e9viter tout malaise.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deslauriers c. 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Deslauriers, 2021 CSC 3 La d\u00e9fense peut mettre en preuve la propension de la victime \u00e0 commettre des actes de violence, et ce, ind\u00e9pendamment du fait que l\u2019accus\u00e9 n\u2019avait pas connaissance de ces actes de violence ant\u00e9rieurs au moment [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[454],"yst_prominent_words":[2448,2457,2473,2449,2458,2474,2450,2459,2475,2451,2468,2476,2452,2469,2453,2470,2455,2471,2456,2472],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14526"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14526"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14526\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14526"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14526"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14526"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=14526"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}