{"id":15107,"date":"2020-07-24T08:08:06","date_gmt":"2020-07-24T12:08:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/?p=15107"},"modified":"2020-07-24T08:40:28","modified_gmt":"2020-07-24T12:40:28","slug":"harcelement-crainte-subjective","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/harcelement-crainte-subjective\/","title":{"rendered":"La crainte subjective d\u2019une victime pour sa s\u00e9curit\u00e9 en mati\u00e8re de harc\u00e8lement criminel s\u2019\u00e9tend non seulement \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 physique, mais \u00e9galement \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 psychologique ou \u00e9motionnelle : R. c. Rancourt, 2020 QCCA"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/canlii.ca\/t\/j8ppj\">R. c. Rancourt, 2020 QCCA<\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Il est possible pour un tribunal d\u2019inf\u00e9rer, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019ensemble des circonstances et des t\u00e9moignages, qu\u2019une personne a subjectivement craint pour sa s\u00e9curit\u00e9, et ce, m\u00eame si celle-ci n\u2019emploie pas les termes \u00ab crainte \u00bb ou \u00ab peur \u00bb dans le cadre de son t\u00e9moignage.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[33] Dans le cadre de son analyse, le juge d\u2019appel signale que l\u2019interpr\u00e9tation plus souple que propose l\u2019appelante relativement \u00e0 la crainte subjective qui commande d\u2019\u00eatre \u00e9valu\u00e9e dans son contexte n\u2019est pas celle qu\u2019il tire des propos du juge Proulx dans l\u2019arr\u00eat Lamontagne qu\u2019il reproduit presque int\u00e9gralement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[34] Je note cependant que tant dans l\u2019affaire Lamontagne que dans l\u2019arr\u00eat R. v. Sillip de la Cour d\u2019appel de l\u2019Alberta que cite la Cour, seule la crainte pour la s\u00e9curit\u00e9 physique des victimes \u00e9tait en cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[35] Or, les tribunaux ont depuis reconnu que la crainte subjective d\u2019une victime pour sa s\u00e9curit\u00e9 en mati\u00e8re de harc\u00e8lement criminel s\u2019\u00e9tend non seulement \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 physique, mais \u00e9galement \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 psychologique ou \u00e9motionnelle[14].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[36] Dans l\u2019affaire R. v. Gowing, la Cour de justice de l\u2019Ontario affirme d\u2019ailleurs[15] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;] the intention of the legislature that a victim&#8217;s fear for his or her safety must include psychological and emotional security. To restrict it narrowly, to the risk of physical harm by assaultant behaviour, would ignore the very real possibility of destroying a victim&#8217;s psychological and emotional well-being by a campaign of deliberate harassment. If conduct by an accused person constitutes embarking on a course of conduct that causes a person reasonably to fear for his or her emotional and psychological safety, when viewed objectively, this would, in my view, constitute an offence under this section.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[37] S\u2019il est vrai qu\u2019une simple inqui\u00e9tude ou un sentiment d\u2019inconfort ne suffisent pas pour d\u00e9clarer un individu coupable de harc\u00e8lement criminel[16], l\u2019\u00e9l\u00e9ment de la crainte subjective n\u2019exige pas pour autant que la victime soit terrifi\u00e9e[17]. \u00c0 cet \u00e9gard, le juge Donald de la Cour d\u2019appel de la Colombie-Britannique \u00e9nonce \u00e9galement[18] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">I do not accept the notion that victims of harassment must suffer ill health or major disruption in their lives before obtaining the protection of s. 264.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[38] Il est ainsi possible pour un tribunal d\u2019inf\u00e9rer, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019ensemble des circonstances et des t\u00e9moignages, qu\u2019une personne a subjectivement craint pour sa s\u00e9curit\u00e9, et ce, m\u00eame si celle-ci n\u2019emploie pas les termes \u00ab crainte \u00bb ou \u00ab peur \u00bb dans le cadre de son t\u00e9moignage[19].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[39] Les auteurs Manning et Sankoff confirment que l\u2019\u00e9l\u00e9ment de crainte doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9 dans son contexte[20] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Naturally, whether the victim was fearful and whether this fear was objectively reasonable, are both case sensitive matters to be addressed in context. This includes consideration of the relationship between the two parties, the measures taken to discourage the conduct in question, and the nature and extent of the prohibited activity.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[40] L\u2019auteure Santerre souligne \u00e9galement la difficult\u00e9 que pose l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un \u00e9tat \u00e9motionnel et d\u2019un sentiment int\u00e9rioris\u00e9 par un tiers observateur[21] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;interpr\u00e9tation juridique d&#8217;un tel \u00e9tat \u00e9motionnel s&#8217;av\u00e8re d&#8217;autant plus complexe dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, celle qui est perceptible par des t\u00e9moins, n&#8217;est pas toujours conforme avec la r\u00e9alit\u00e9 psychique de la personne apeur\u00e9e. Une situation de peur n&#8217;a de sens qu&#8217;\u00e0 travers le filtre de la subjectivit\u00e9 de la personne qui ressent cette \u00e9motion. Il est donc possible que l&#8217;appr\u00e9ciation par un observateur externe puisse diff\u00e9rer de l&#8217;intensit\u00e9 \u00e9motive r\u00e9ellement v\u00e9cue par la personne harcel\u00e9e. Ce faisant, une verbalisation de la crainte ressentie lors du proc\u00e8s par le plaignant s&#8217;av\u00e8re pr\u00e9f\u00e9rable, sous peine qu&#8217;un doute soit soulev\u00e9 dans l&#8217;esprit du magistrat et qu&#8217;un acquittement soit prononc\u00e9. En outre, la d\u00e9claration d&#8217;un t\u00e9moin oculaire quant \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de la victime peut s&#8217;av\u00e9rer utile. La peur \u00e9tant int\u00e9rioris\u00e9e, les mots utilis\u00e9s afin de d\u00e9crire la crainte ressentie \u00e9clairent le tribunal quant \u00e0 l&#8217;intensit\u00e9 \u00e9motionnelle, bien qu&#8217;une telle ext\u00e9riorisation ne semble pas imp\u00e9rative.<br \/>\n[Soulignements ajout\u00e9s]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[41] La professeure Isabel Grant ajoute ceci au sujet du d\u00e9fi que pr\u00e9sente l\u2019interpr\u00e9tation du t\u00e9moignage de la victime \u00e0 cet \u00e9gard[22]:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[29] [\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">The presence of fear is a subjective test, and judges should not be too quick to dismiss testimony about emotional states which they perceive to be inconsistent with actions. It is important to point out that in these cases the judges were not yet dealing with whether or not the complainants\u2019 fear was reasonable, but just with whether the fear existed. It is disconcerting that in observing the complainants\u2019 behaviour, the judges failed to recognize that fear for one\u2019s safety can co-exist with attempts to normalize one\u2019s life or to appear brave in the face of fear. This could be especially true in cases where, for example, a complainant fears for the psychological safety of a child, or where family responsibilities dictate maintaining as normal a life as possible for the well-being of others.<br \/>\n[Soulignements ajout\u00e9s]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[42] Dans l\u2019arr\u00eat C\u00f4t\u00e9 c. R.[23], la Cour souligne que l\u2019article 264(1) C.cr. a pour but d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 des personnes et de pr\u00e9venir les crimes plus graves qui peuvent d\u00e9couler d\u2019une situation de harc\u00e8lement qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re et engendre la peur chez la victime, notamment \u00e0 l\u2019issue d\u2019une rupture amoureuse :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[20] L\u2019objet de cette disposition, entr\u00e9e en vigueur le 1er d\u00e9cembre 1993, est d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 des personnes, une tranquillit\u00e9 d\u2019esprit et, surtout, de pr\u00e9venir ou tenter de pr\u00e9venir les crimes les plus graves qui sont commis lorsque les comportements harcelants d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[21] Bruce MacFarlane dans un excellent texte traitant \u00e0 la fois de l\u2019aspect juridique et sociologique du harc\u00e8lement criminel souligne que l\u2019histoire a d\u00e9montr\u00e9 que dans plusieurs cas, les femmes victimes de meurtre ou de voies de fait avaient d\u2019abord \u00e9t\u00e9 victimes de harc\u00e8lement. Le harc\u00e8lement peut survenir \u00e0 la suite d\u2019une rupture amoureuse ou encore lorsque les victimes sont l\u2019objet d\u2019une obsession ou d\u2019une fixation de la part d\u2019un inconnu. Les vedettes sont parfois victimes de ce type de harc\u00e8lement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[22] MacFarlane souligne que bien que tous les harceleurs ne soient pas violents, tous sont impr\u00e9visibles. C\u2019est l\u2019aspect irrationnel de leur manie qui engendre la peur chez leur victime3.<br \/>\n[R\u00e9f\u00e9rences omises]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[43] Les propos de la Cour de justice de l\u2019Ontario dans l\u2019affaire R. v. Szostak[24] vont dans le m\u00eame sens[25] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fear can often reflect, I think, a state of uncertainty as to what an individual is capable of, or what his intentions might be, or what consequences might ensue.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[44] Toutefois, dans cette affaire particuli\u00e8re, il faut signaler que l\u2019ensemble de la preuve, dont les ant\u00e9c\u00e9dents de violence de l\u2019accus\u00e9, permettait d\u2019inf\u00e9rer que la plaignante craignait pour sa s\u00e9curit\u00e9, bien qu\u2019elle ait seulement t\u00e9moign\u00e9 \u00eatre \u00ab agac\u00e9e, mais habitu\u00e9e \/ annoyed but getting used to it \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[45] Ceci \u00e9tant, les auteurs James Cornish, Kelly Murray et Peter Collins discutent en ces termes de la crainte qui peut animer la victime quant \u00e0 l\u2019inconnu ou l\u2019incertitude qui la guette :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[F]ear of the unknown must be sufficient to meet the test, since that is precisely the fear that harassers often attempt to generate: a state of mental unease that permeates virtually every aspect of the target&#8217;s life.[26]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\">Notes en bas de page :<\/p>\n<p>[6] R. c. Lamontagne, 1998 CanLII 13048, J.E. 98-1953 (C.A.) dont elle cite le passage suivant :<br \/>\nL&#8217;art. 264 C.cr., pr\u00e9cit\u00e9, pr\u00e9cise au par. (1) les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l&#8217;infraction qui doivent \u00eatre prouv\u00e9s tandis que le par. (2) d\u00e9crit les quatre types de l&#8217;acte interdit auquel renvoie le par. (1). La Cour d&#8217;appel d&#8217;Alberta, dans l&#8217;arr\u00eat R. v. Sillip (1997), 1997 ABCA 346 (CanLII), 11 C.R. (5th) 71, p. 78, en d\u00e9gage les cinq \u00e9l\u00e9ments essentiels suivants :<br \/>\n1) It must be established that the accused has engaged in the conduct set out in s. 264 (2) (a), (b), (c), or (d) of the Criminal Code.<br \/>\n2) It must be established that the complainant was harassed.<br \/>\n3) It must be established that the accused who engaged in such conduct knew that the complainant was harassed or was reckless or wilfully blind as to whether the complainant was harassed.<br \/>\n4) It must be established that the conduct caused the complainant to fear for her safety or the safety of anyone known to her; and<br \/>\n5) It must be established that the complainant&#8217;s fear was, in all of the circumstances, reasonable.<br \/>\nJe souscris \u00e0 cette analyse.<br \/>\nL&#8217;actus reus de cette infraction se compose de trois \u00e9l\u00e9ments, soit (1) l&#8217;acte interdit au par. (2), (2) que de fait la victime soit harcel\u00e9e et (3) l&#8217;effet que cet acte provoque chez la victime.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>[16] C. Santerre, supra, note 14, p. 215. \u00c0 titre d\u2019exemples o\u00f9 les tribunaux ont conclu \u00e0 l\u2019absence de crainte subjective, voir : R. c. Raymond, 2014 QCCQ 1833, o\u00f9 la Cour du Qu\u00e9bec a acquitt\u00e9 un accus\u00e9 au motif que ses nombreux appels et textos n\u2019avaient pas suscit\u00e9 de crainte chez la plaignante, son ex-copine, bien que cette derni\u00e8re ait t\u00e9moign\u00e9 s\u2019\u00eatre sentie stress\u00e9e et inconfortable; R. c. Trudel, 2016 QCCQ 760, paragr. 66-67 [une situation d\u00e9sagr\u00e9able et emb\u00eatante n\u2019est pas suffisante]; R. v. Yannonie, 2009 ABQB 4 [la plaignante se disait \u00ab upset and nervous \u00bb et se sentait inconfortable]; R. v. Shortt, [2002] N.W.T.J. No. 33, paragr. 94-97 [la plaignante estime les propos de mauvais go\u00fbt; elle se sent \u00ab creepy \u00bb et \u00ab ill \u00bb]; R. c. R.C., [2001] J.Q. no 7607, paragr. 66 (C.Q.) [la plaignante a \u00e9t\u00e9 ennuy\u00e9e par les gestes d\u00e9plac\u00e9s de l\u2019accus\u00e9]; R. c. Josile, [1998] J.Q. No. 1280, J.E. 98-1596 (C.S.) [les propos qui suscitent une certaine inqui\u00e9tude sont insuffisants, d&#8217;autant qu\u2019ils ne comportent rien de mena\u00e7ants en soi]; R. c. Babin, [1997] J.Q. no 5395 [une situation emb\u00eatante et incommodante n\u2019est pas suffisante].<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R. c. 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