{"id":15901,"date":"2021-04-03T08:11:03","date_gmt":"2021-04-03T12:11:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/?p=15901"},"modified":"2021-04-03T08:11:03","modified_gmt":"2021-04-03T12:11:03","slug":"drogues-connaissance-insouciance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/drogues-connaissance-insouciance\/","title":{"rendered":"Appliqu\u00e9e en mati\u00e8re de possession d\u2019une drogue ill\u00e9gale, l\u2019insouciance doit \u00eatre comprise comme \u00e9tant le fait pour un individu d\u2019\u00eatre conscient d\u2019un risque d\u2019\u00eatre en possession d\u2019une drogue ill\u00e9gale et de persister malgr\u00e9 ce risque :Narinesingh c. R., 2021 QCCA 396"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/canlii.ca\/t\/jdqb6\">Narinesingh c. R., 2021 QCCA 396<\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Lorsque le minist\u00e8re public a pr\u00e9cis\u00e9 le stup\u00e9fiant dans un chef d&#8217;accusation, l&#8217;accus\u00e9 ne peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 coupable si on fait la preuve d&#8217;un autre stup\u00e9fiant que celui qui est pr\u00e9cis\u00e9.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[30] Il est incontestable que la jurisprudence exige de la poursuite qu\u2019elle prouve les d\u00e9tails port\u00e9s \u00e0 un chef d\u2019accusation : R. c. G.R., 2005 CSC 45 (CanLII), [2005] 2 R.C.S. 371, paragr. 2, 11-13 ; R. c. Daoust, 2004 CSC 6 (CanLII), [2004] 1 R.C.S. 217, paragr. 19 ; R. c. Saunders, 1990 CanLII 1131 (CSC), [1990] 1 R.C.S. 1020; R. c. Douglas, 1991 CanLII 81 (CSC), [1991] 1 R.C.S. 301; R. c. V\u00e9zina et C\u00f4t\u00e9, 1986 CanLII 93 (CSC), [1986] 1 R.C.S. 2, 26 ; R. c. Morozuk, 1986 CanLII 72 (CSC), [1986] 1 R.C.S. 31, 37; R. c. Rosen, 1985 CanLII 58 (CSC), [1985] 1 R.C.S. 83, 85; R. c. C\u00f4t\u00e9, 1977 CanLII 1 (CSC), [1978] 1 R.C.S. 8, 13; R. c. Langille, 2007 QCCA 74; R. c. Pointejour-Salomon, 2011 QCCA 771, paragr. 21; R. c. Gigu\u00e8re, 1988 CanLII 1206 (C.A.Q.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[31] Le juge du proc\u00e8s a ainsi exig\u00e9 que le jury soit convaincu hors de tout doute raisonnable que l\u2019appelante savait qu\u2019elle importait de l\u2019h\u00e9ro\u00efne par opposition \u00e0 une substance d\u00e9sign\u00e9e, soit une drogue ill\u00e9gale, g\u00e9n\u00e9rique. Il a donn\u00e9 des directives en ce sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[32] Dans l\u2019arr\u00eat Saunders, la juge McLachlin, alors juge pu\u00een\u00e9e, rappelait qu\u2019\u00ab\u2009[i]l existe un principe fondamental en droit criminel que l&#8217;infraction, pr\u00e9cis\u00e9e dans l&#8217;acte d&#8217;accusation, doit \u00eatre prouv\u00e9e\u2009\u00bb : R. c. Saunders, 1990 CanLII 1131 (CSC), [1990] 1 R.C.S. 1020, 1023<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[33] Il est ind\u00e9niable qu\u2019une fois la drogue particularis\u00e9e au chef d\u2019accusation, cet \u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel doit \u00eatre prouv\u00e9 pour que la poursuite puisse obtenir une d\u00e9claration de culpabilit\u00e9. Comme le rappelle la juge McLachlin, \u00ab\u2009[d]ans l&#8217;arr\u00eat Morozuk c. La Reine, 1986 CanLII 72 (CSC), [1986] 1 R.C.S. 31, \u00e0 la p. 37, notre Cour a d\u00e9cid\u00e9 que lorsque le minist\u00e8re public a pr\u00e9cis\u00e9 le stup\u00e9fiant dans un chef d&#8217;accusation, l&#8217;accus\u00e9 ne peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 coupable si on fait la preuve d&#8217;un autre stup\u00e9fiant que celui qui est pr\u00e9cis\u00e9\u2009\u00bb : R. c. Saunders, 1990 CanLII 1131 (CSC), [1990] 1 R.C.S. 1020, 1023. Morozuk avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 coupable de possession de cannabis pour en faire le trafic, l\u2019infraction particularis\u00e9e au chef d\u2019accusation, m\u00eame si la substance retrouv\u00e9e \u00e9tait plut\u00f4t de la r\u00e9sine de cannabis, une substance diff\u00e9rente. La solution r\u00e9sidait dans la modification du chef uniquement si cela ne causait pas de pr\u00e9judice \u00e0 l\u2019accus\u00e9. Jugeant qu\u2019aucun pr\u00e9judice ne serait caus\u00e9 \u00e0 l\u2019accus\u00e9, la Cour supr\u00eame a modifi\u00e9 le chef et elle a rejet\u00e9 le pourvoi. Il faut toutefois pr\u00e9ciser que, dans Saunders et dans Morozuk, la question litigieuse ne portait pas vraiment sur la connaissance, mais plut\u00f4t sur la nature m\u00eame de la drogue (coca\u00efne vs h\u00e9ro\u00efne, objet du complot dans Saunders et cannabis vs r\u00e9sine de cannabis, objet de la possession dans Morozuk). Ce n\u2019est pas le cas dans la pr\u00e9sente affaire.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">La jurisprudence ne va toutefois pas jusqu\u2019\u00e0 exiger la preuve de la connaissance de la nature exacte de la substance ill\u00e9galement import\u00e9e. La poursuite doit seulement d\u00e9montrer que le pr\u00e9venu savait \u00eatre en pr\u00e9sence d\u2019un stup\u00e9fiant quelconque, s\u2019agissant ici d\u2019une mens rea dans son sens le plus large.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[34] En l\u2019esp\u00e8ce, le chef reprochait \u00e0 l\u2019appelante l\u2019importation et la possession d\u2019h\u00e9ro\u00efne et personne ne conteste que la drogue retrouv\u00e9e dans les valises \u00e9tait bien de l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Le probl\u00e8me ne concerne pas cet \u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel, mais bien le lien entre la drogue particularis\u00e9e et la connaissance coupable, un \u00e9l\u00e9ment de la mens rea.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[35] Le minist\u00e8re public plaide qu\u2019il n\u2019a pas \u00e0 prouver que l\u2019\u00e9l\u00e9ment de la mens rea, soit la connaissance, porte sur la drogue particularis\u00e9e au chef d\u2019accusation, mais que la connaissance d\u2019une drogue ill\u00e9gale suffit. Il s\u2019appuie sur une jurisprudence qui conclut en ce sens : R. c. Blondin, (1970), 1970 CanLII 1006 (BC CA), 2 C.C.C. (2d) 118 (C.A.C.-B.), confirm\u00e9 sommairement par la Cour supr\u00eame du Canada \u00e0 [1971] R.C.S. v; R. c. Kundeus, 1975 CanLII 161 (CSC), [1976] 2 R.C.S. 272 et R. c. Cloutier, 1979 CanLII 25 (CSC), [1979] 2 R.C.S. 709, 734.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[36] L\u2019arr\u00eat Blondin a \u00e9t\u00e9 suivi par plusieurs cours d\u2019appel, dont la n\u00f4tre : R. c. McClelland, 2020 QCCA 324, paragr. 99; R. c. Williams, 2009 ONCA 342; R. c. Rai, 2011 BCCA 341 ; R. c. Lewis (2012), 2012 ONCA 388 (CanLII), 284 C.C.C. (3d) 423, paragr. 12 (C.A.O.); R. c. Stewart, 2020 ABCA 252.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[37] Il faut rappeler que l\u2019arr\u00eat R. c. Blondin, (1970), 1970 CanLII 1006 (BC CA), 2 C.C.C. (2d) 118 (C.A.C.-B.), cit\u00e9 dans McClelland, a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 sommairement par la Cour supr\u00eame du Canada \u00e0 [1971] R.C.S. v, sur un seul moyen d\u2019appel portant sur l\u2019erreur du juge d\u2019avoir donn\u00e9 au jury une directive voulant que \u00ab\u2009the Crown was obliged to prove beyond a reasonable doubt that the accused knew that the contents of the scuba diving tank (Exhibit 1) was a narcotic drug as alleged in the Indictment\u2026\u2009\u00bb. Le fait qu\u2019une telle directive constitue une erreur a \u00e9t\u00e9 r\u00e9it\u00e9r\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat R. c. Kundeus, 1975 CanLII 161 (CSC), [1976] 2 R.C.S. 272 et aussi dans l\u2019arr\u00eat R. c. Aiello (1978), 1978 CanLII 2374 (ON CA), 38 CCC (2d) 485 (C.A.O.), confirm\u00e9 sommairement \u00e0 1979 CanLII 31 (CSC), [1979] 2 R.C.S. 15.<\/p>\n<p>[38] Plus r\u00e9cemment dans l\u2019arr\u00eat R. c. McClelland, 2020 QCCA 324, sous la plume du juge Gagnon, aux paragraphes 99 et 100 notre Cour a souscrit \u00e0 ce courant de jurisprudence :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[99] Pour sa part, la doctrine accepte de transposer l\u2019\u00e9l\u00e9ment \u2014 connaissance \u2014 inh\u00e9rent \u00e0 la possession en droit criminel \u00e0 l\u2019infraction d\u2019importation de stup\u00e9fiants. La jurisprudence ne va toutefois pas jusqu\u2019\u00e0 exiger la preuve de la connaissance de la nature exacte de la substance ill\u00e9galement import\u00e9e. La poursuite doit seulement d\u00e9montrer que le pr\u00e9venu savait \u00eatre en pr\u00e9sence d\u2019un stup\u00e9fiant quelconque, s\u2019agissant ici d\u2019une mens rea dans son sens le plus large. La jurisprudence accepte aussi que cette preuve puisse se faire au moyen de la doctrine de l\u2019aveuglement volontaire.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[100] Dans l\u2019arr\u00eat Williams, la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario r\u00e9sume ainsi l\u2019\u00e9tat du droit sur la question :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[19] There is some support for this approach to the mens rea component of the s. 95(1) offences in the jurisprudence arising from drug-related prosecutions. In trafficking, importing or possession cases, it is not necessary for the Crown to demonstrate that the accused knew he or she possessed (or was importing or trafficking in) the very prescribed drug identified in the indictment, provided the accused knew the drug was a narcotic\u2014for example, the actual drug involved is cocaine whereas the accused believed it to be hashish, or is LSD but was believed to be mescaline: see R. c. Burgess, 1969 CanLII 467 (ON CA), [1970] 2 O.R. 216, [1969] O.J. No. 1582 (C.A.); R. c. Blondin, 1970 CanLII 1006 (BC CA), [1971] B.C.J. No. 656, 2 C.C.C. (2d) 118 (C.A.), [1971] S.C.J. No. 42, 4 C.C.C. (2d) 566; R. c. Custeau, 1971 CanLII 682 (ON CA), [1972] 2 O.R. 250, [1971] O.J. No. 1893 (C.A.); R. c. Kundeus, 1975 CanLII 161 (CSC), [1976] 2 S.C.R. 272, [1975] S.C.J. No. 78. In Burgess, at p. 217 O.R., Brooke J.A. said:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px; text-align: justify;\">[We] are all of the opinion that in these circumstances where the evidence is clear and consistent only with the conclusion that the accused knew the substance that he had in his possession was indeed a drug the possession of which was contrary to the statute, the fact that he mistakenly believed the drug to be hashish rather than opium is of no moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[21] Under the narcotics control regime, the offence in question forbids the possession of (or the importing of or trafficking in) a narcotic. Which narcotic does not matter, as long as it is included in a forbidden schedule. Similarly, under s. 95(1) of the Code, the offence is the possession of a loaded firearm. Whether the firearm is prohibited or restricted does not matter. The common denominator in the comparison between the two types of offences is that the actus reus (possession of a forbidden item) and the mens rea (knowledge of the characteristics that make it a forbidden item) do not relate to different crimes but rather to the same crime in each case.<\/p>\n<p>[r\u00e9f\u00e9rences omises]<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[39] La Cour a adopt\u00e9 une approche qui rejoint celle d\u2019autres cours d\u2019appel. Il n\u2019y a pas lieu d\u2019y revenir dans les circonstances de la pr\u00e9sente affaire o\u00f9 notamment la r\u00e8gle, ne cause aucun pr\u00e9judice \u00e0 l\u2019appelante. Par cons\u00e9quent, le minist\u00e8re public a raison, le juge du proc\u00e8s n\u2019aurait pas d\u00fb insister dans ses directives que la connaissance coupable de l\u2019appelante devait porter sur la drogue particularis\u00e9e. La connaissance de la pr\u00e9sence d\u2019une drogue ill\u00e9gale selon l\u2019annexe I est suffisante.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">L\u2019aveuglement volontaire (ou ignorance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e).<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[43] Comme le rappelle encore r\u00e9cemment la Cour supr\u00eame, \u00ab\u2009[l]\u2019aveuglement volontaire remplace la connaissance des faits par la personne pr\u00e9venue chaque fois que la connaissance est un \u00e9l\u00e9ment de la mens rea et que la personne pr\u00e9venue reste d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans l\u2019ignorance\u2009\u00bb : R. c. Zora, 2020 CSC 14, paragr. 113; R. c. Morrison, 2019 CSC 15 (CanLII), [2019] 2 R.C.S. 3, paragr. 98; R. c. Spencer, 2014 CSC 43 (CanLII), [2014] 2 R.C.S. 212, paragr. 84.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[44] Dans l\u2019arr\u00eat McClelland, citant notamment les arr\u00eats R. c. Sansregret, 1985 CanLII 79 (CSC), [1985] 1 R.C.S. 570, R. c. Jorgensen, 1995 CanLII 85 (CSC), [1995] 4 R.C.S. 55, R. c. Briscoe, 2010 CSC 13 (CanLII), [2010] 1 R.C.S. 411 et R. c. Rathod, 1993 CanLII 4119 (C.A.Q.) de m\u00eame que des auteurs, le juge Gagnon pr\u00e9cise ce qui suit :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[84] Dans l\u2019arr\u00eat Briscoe, la juge Charron explique que la doctrine de l\u2019ignorance volontaire \u00ab\u2009peut remplacer la connaissance r\u00e9elle chaque fois que la connaissance est un \u00e9l\u00e9ment de la mens rea\u2009\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[85] On peut r\u00e9sumer ce concept juridique de la mani\u00e8re suivante : il s\u2019agit d\u2019une inf\u00e9rence en droit d\u2019une connaissance coupable imput\u00e9e \u00e0 un pr\u00e9venu \u00e0 partir de ses doutes sur l\u2019existence d\u2019un fait significatif survenu \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une activit\u00e9 quelconque. En d\u00e9pit de cet \u00e9tat d\u2019esprit, le pr\u00e9venu choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de s\u2019abstenir de se renseigner pour, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00eatre en mesure d\u2019invoquer l\u2019ignorance de ce fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[86] Dans l\u2019arr\u00eat Sansregret, la Cour supr\u00eame d\u00e9crit ainsi la doctrine de l\u2019ignorance volontaire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">[\u2026] l\u2019ignorance volontaire se produit lorsqu\u2019une personne qui a ressenti le besoin de se renseigner refuse de le faire parce qu\u2019elle ne veut pas conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9. Elle pr\u00e9f\u00e8re rester dans l\u2019ignorance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[87] Le juge Sopinka dans l\u2019arr\u00eat Jorgensen propose ce simple test pour conclure \u00e0 l\u2019application de cette doctrine :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">L\u2019accus\u00e9 a-t-il ferm\u00e9 les yeux parce qu\u2019il savait ou soup\u00e7onnait fortement que s\u2019il regardait, il saurait\u2009?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[92] Cela m\u2019am\u00e8ne \u00e0 discuter du niveau de suspicion requis chez le pr\u00e9venu qui se ferme les yeux sur une situation douteuse. Dans les arr\u00eats Sansregret, Jorgensen et Briscoe, la Cour supr\u00eame accepte la proposition du professeur Glanville Williams, selon laquelle l\u2019ignorance volontaire repose sur une probabilit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">[TRADUCTION] Avant d&#8217;appliquer la th\u00e9orie de l&#8217;ignorance volontaire, il faut prendre conscience que le fait en question est probable ou est, du moins, \u00ab\u2009d&#8217;une possibilit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne\u2009\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">\u2026 Un tribunal ne peut \u00e0 bon droit conclure qu&#8217;il y a ignorance volontaire que si l&#8217;on peut presque dire que le d\u00e9fendeur \u00e9tait r\u00e9ellement au courant. Il soup\u00e7onnait l&#8217;existence du fait; il \u00e9tait conscient qu&#8217;il pouvait se produire; mais il s&#8217;est abstenu d&#8217;obtenir la confirmation finale parce qu&#8217;il voulait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, pouvoir dire qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas au courant. Seule cette situation constitue de l&#8217;ignorance volontaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[93] Selon le professeur Sherrin, la position majoritaire au Canada sugg\u00e8re qu\u2019un niveau \u00e9lev\u00e9 de suspicion n\u2019est pas requis pour faire la preuve de l\u2019ignorance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. La jurisprudence relative aux infractions reli\u00e9es aux stup\u00e9fiants exemplifie \u00e0 mon avis ce niveau de suspicion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R. c. McClelland, 2020 QCCA 324, paragr. 84-87, 92-93 (R\u00e9f\u00e9rences omises)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[45] Il ne fait donc pas de doute que la connaissance r\u00e9elle de l\u2019appelante pouvait lui \u00eatre imput\u00e9e si la preuve permettait de conclure qu\u2019elle avait volontairement refus\u00e9 de se renseigner davantage sur ce que contenaient les valises pour ainsi demeurer dans l\u2019ignorance.<\/p>\n<h2>L&#8217;insouciance<\/h2>\n<p>[52] La Cour supr\u00eame \u00e9crit que \u00ab\u2009l\u2019ignorance volontaire, si elle est bien d\u00e9finie, se distingue de l\u2019insouciance\u2009\u00bb : R. c. Briscoe, 2010 CSC 13 (CanLII), [2010] 1 R.C.S. 411, paragr. 20. Elle r\u00e9it\u00e8re clairement l\u2019importance de maintenir la distinction entre les deux concepts :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[23] Il est important de distinguer les concepts d\u2019insouciance et d\u2019ignorance volontaire. Glanville Williams explique comme suit la principale restriction \u00e0 la doctrine :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px; text-align: justify;\">[TRADUCTION] La r\u00e8gle selon laquelle l\u2019ignorance volontaire \u00e9quivaut \u00e0 la connaissance est essentielle et se rencontre partout dans le droit criminel. En m\u00eame temps, c\u2019est une r\u00e8gle instable parce que les juges sont susceptibles d\u2019en oublier la port\u00e9e tr\u00e8s limit\u00e9e. Une cour peut valablement conclure \u00e0 l\u2019ignorance volontaire seulement lorsqu\u2019on peut presque dire que le d\u00e9fendeur connaissait r\u00e9ellement le fait. Il le soup\u00e7onnait; il se rendait compte de sa probabilit\u00e9; mais il s\u2019est abstenu d\u2019en obtenir confirmation d\u00e9finitive parce qu\u2019il voulait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00eatre capable de nier qu\u2019il savait. Cela, et cela seulement, constitue de l\u2019ignorance volontaire. Il faut en effet qu\u2019il y ait conclusion que le d\u00e9fendeur a voulu tromper l\u2019administration de la justice. Toute d\u00e9finition plus g\u00e9n\u00e9rale aurait pour effet d\u2019emp\u00eacher la distinction entre la doctrine de l\u2019ignorance volontaire et la doctrine civile de la n\u00e9gligence de se renseigner. [Je souligne.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Criminal Law: The General Part (2e \u00e9d. 1961), p. 159 (cit\u00e9 dans Sansregret, p. 586).)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[24] Le professeur Don Stuart fait utilement remarquer que l\u2019expression [TRADUCTION] \u00ab\u2009ignorance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e\u2009\u00bb semble plus descriptive que l\u2019expression \u00ab\u2009aveuglement volontaire\u2009\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle sugg\u00e8re l\u2019id\u00e9e d\u2019[TRADUCTION] \u00ab\u2009un processus r\u00e9el de suppression des soup\u00e7ons\u2009\u00bb. Consid\u00e9r\u00e9, comme il se doit, dans cette optique, [TRADUCTION] \u00ab\u2009le concept d\u2019ignorance volontaire a une port\u00e9e restreinte et ne s\u2019\u00e9carte pas de l\u2019analyse subjective du fonctionnement de l\u2019esprit de l\u2019accus\u00e9\u2009\u00bb (Canadian Criminal Law: A Treatise (5e \u00e9d. 2007), p. 241). Si le d\u00e9faut de se renseigner peut \u00eatre une preuve d\u2019insouciance ou de n\u00e9gligence criminelle, par exemple lorsque le d\u00e9faut de se renseigner constitue un \u00e9cart marqu\u00e9 par rapport \u00e0 la conduite d\u2019une personne raisonnable, l\u2019ignorance volontaire n\u2019est pas un simple d\u00e9faut de se renseigner, mais, pour reprendre les termes du professeur Stuart, une \u00ab\u2009ignorance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>R. c. Briscoe, 2010 CSC 13 (CanLII), [2010] 1 R.C.S. 411, paragr. 23-24 (soulignement dans le texte). Voir aussi R. c. Morrisson, 2019 CSC 15 (CanLII), [2019] 2 R.C.S. 3, paragr. 100-101.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[53] Dans l\u2019arr\u00eat Zora, la Cour supr\u00eame qualifie de mani\u00e8re diff\u00e9rente l\u2019insouciance dans le contexte de l\u2019infraction d\u2019omission de se conformer \u00e0 une condition de mise en libert\u00e9 en lui associant un degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 sup\u00e9rieure. L\u2019insouciance exige alors que la personne est \u00ab consciente que le fait qu\u2019elle continue d\u2019avoir cette conduite cr\u00e9e un risque injustifi\u00e9 et important de manquement aux conditions\u2026 \u00bb : R. c. Zora, pr\u00e9cit\u00e9, paragr. 118.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[54] Toutefois, la juge Martin, pour la Cour, pr\u00e9cise qu\u2019\u00ab il ne faut pas interpr\u00e9ter les pr\u00e9sents motifs comme modifiant les principes g\u00e9n\u00e9raux relatifs \u00e0 l\u2019insouciance en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment fautif, expos\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat Sansregret, car ma description de l\u2019insouciance se rapporte pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019infraction pr\u00e9vue au paragr. 145(3) \u00bb : R. c. Zora, pr\u00e9cit\u00e9, paragr. 119. Par ailleurs, le juge Fish, pour la majorit\u00e9 de la Cour dans l\u2019arr\u00eat Hamilton, a observ\u00e9 qu\u2019elle n\u2019avait jamais pr\u00e9cis\u00e9 l\u2019intensit\u00e9 du risque identifi\u00e9e dans l\u2019arr\u00eat Sansregret et requise pour entra\u00eener l\u2019application des sanctions p\u00e9nales : R. c. Hamilton, 2005 CSC 47 (CanLII), [2005] 2 R.C.S. 432, paragr. 32.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[55] Appliqu\u00e9e en mati\u00e8re de possession d\u2019une drogue ill\u00e9gale, l\u2019insouciance doit \u00eatre comprise comme \u00e9tant le fait pour un individu d\u2019\u00eatre conscient d\u2019un risque d\u2019\u00eatre en possession d\u2019une drogue ill\u00e9gale et de persister malgr\u00e9 ce risque. Pour autant que ce risque ne soit pas invraisemblable, n\u00e9gligeable ou minime, mais bien \u00ab injustifi\u00e9 et important \u00bb: R. c. Zora, pr\u00e9cit\u00e9, paragr. 118, cela peut permettre d\u2019inf\u00e9rer la connaissance requise au sens des arr\u00eats McClelland et Rathod, pr\u00e9cit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[56] Il appartient au juge de fa\u00e7onner ses directives en fonction de la preuve. En l\u2019esp\u00e8ce, le juge n\u2019a pas commis d\u2019erreur en se conformant \u00e0 l\u2019arr\u00eat Rathod et en identifiant correctement le risque, malgr\u00e9 l\u2019absence des mots \u00ab injustifi\u00e9 et important \u00bb pour le qualifier, traduisant ainsi le bon degr\u00e9 d\u2019insouciance.. Le risque exig\u00e9 par les directives n\u2019\u00e9tait pas invraisemblable, n\u00e9gligeable ou minime. En cette mati\u00e8re, ce n\u2019est pas la formule qui importe, mais le message. De toute fa\u00e7on, la preuve d\u00e9montre ici un aveuglement volontaire qui, dans les circonstances, implique l\u2019insouciance et la connaissance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Narinesingh c. R., 2021 QCCA 396 Lorsque le minist\u00e8re public a pr\u00e9cis\u00e9 le stup\u00e9fiant dans un chef d&#8217;accusation, l&#8217;accus\u00e9 ne peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 coupable si on fait la preuve d&#8217;un autre stup\u00e9fiant que celui qui est pr\u00e9cis\u00e9. 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