{"id":16262,"date":"2021-08-09T15:43:00","date_gmt":"2021-08-09T19:43:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/?p=16262"},"modified":"2021-08-09T15:43:00","modified_gmt":"2021-08-09T19:43:00","slug":"les-motifs-additionnels-ne-doivent-pas-changer-substantiellement-la-decision-rendue-a-laudience-directeur-des-poursuites-criminelles-et-penales-c-3095-2899-quebec-inc-2021-qcca-1222","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/les-motifs-additionnels-ne-doivent-pas-changer-substantiellement-la-decision-rendue-a-laudience-directeur-des-poursuites-criminelles-et-penales-c-3095-2899-quebec-inc-2021-qcca-1222\/","title":{"rendered":"Les motifs additionnels ne doivent pas changer substantiellement la d\u00e9cision rendue \u00e0 l\u2019audience : Directeur des poursuites criminelles et p\u00e9nales c. 3095-2899 Qu\u00e9bec inc., 2021 QCCA 1222"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/canlii.ca\/t\/jhdpf\">Directeur des poursuites criminelles et p\u00e9nales c. 3095-2899 Qu\u00e9bec inc., 2021 QCCA 1222<\/a><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">L\u2019arr\u00eat Kellogg&#8217;s de cette Cour est venu consacrer le principe qu\u2019un juge peut par jugement subs\u00e9quent, dans ce cas par le biais d\u2019une minute d\u00e9pos\u00e9e quelques jours apr\u00e8s la tenue de l\u2019audience, ajouter des motifs au soutien du dispositif rendu oralement et inscrit au proc\u00e8s-verbal.<\/h2>\n<p>[15] L\u2019arr\u00eat Kellogg&#8217;s de cette Cour est venu consacrer le principe qu\u2019un juge peut par jugement subs\u00e9quent, dans ce cas par le biais d\u2019une minute d\u00e9pos\u00e9e quelques jours apr\u00e8s la tenue de l\u2019audience, ajouter des motifs au soutien du dispositif rendu oralement et inscrit au proc\u00e8s-verbal[11].<\/p>\n<p>[16] Dans l\u2019arr\u00eat Teskey, la Cour supr\u00eame confirmait par ailleurs que la pratique qui consiste \u00e0 rendre un verdict en indiquant que les \u00ab motifs suivront \u00bb n\u2019a rien de fonci\u00e8rement inappropri\u00e9[12] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">16 Rien n\u2019emp\u00eache un juge de rendre un verdict en pr\u00e9cisant que des \u00ab\u2009motifs suivront\u2009\u00bb. En mati\u00e8re civile, la juge Arbour (plus tard juge de notre Cour) a \u00e9nonc\u00e9 avec justesse le principe suivant dans l\u2019arr\u00eat Crocker c. Sipus (1992), 1992 CanLII 7466 (ON CA), 57 O.A.C. 310 (C.A.), au par. 15 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\">[TRADUCTION] L\u2019int\u00e9r\u00eat de la justice dans une affaire donn\u00e9e pourrait \u00eatre mieux servi par le prononc\u00e9 de la d\u00e9cision d\u00e8s le processus de r\u00e9flexion termin\u00e9, mais avant la remise des motifs \u00e9crits aux parties. Le d\u00e9p\u00f4t d\u2019un avis d\u2019appel apr\u00e8s le prononc\u00e9 de cette d\u00e9cision n\u2019emp\u00eache pas \u00e0 lui seul l\u2019examen en appel des motifs d\u00e9pos\u00e9s ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">17 Les m\u00eames principes s\u2019appliquent en mati\u00e8re p\u00e9nale. [\u2026]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[17] S\u2019agissant toutefois, dans ce cas, de motifs \u00e9crits d\u00e9taill\u00e9s d\u00e9pos\u00e9s par le juge du proc\u00e8s 11 mois apr\u00e8s le prononc\u00e9 des verdicts et apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t d\u2019un avis d\u2019appel, les juges majoritaires choisissaient d\u2019\u00e9carter ces motifs, non pas pour la seule raison du d\u00e9lai \u00e9coul\u00e9 entre la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 et l\u2019envoi des motifs, ni parce qu\u2019ils semblaient \u00eatre r\u00e9dig\u00e9s en fonction de l\u2019appel interjet\u00e9 (puisqu\u2019ils ne l\u2019\u00e9taient pas), mais parce qu\u2019une s\u00e9rie de facteurs donnaient \u00e0 penser qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 rendus \u00ab en fonction du r\u00e9sultat \u00bb et constituaient une preuve convaincante et suffisante pour repousser la pr\u00e9somption d\u2019int\u00e9grit\u00e9 et d\u2019impartialit\u00e9 du juge du proc\u00e8s, \u00e0 savoir les facteurs suivants que r\u00e9sumait ainsi la juge Charron[13] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\u2212 la difficult\u00e9 manifeste qu\u2019a \u00e9prouv\u00e9e le juge du proc\u00e8s \u00e0 arr\u00eater le verdict au cours des mois qui ont suivi la cl\u00f4ture de la preuve;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2212 la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9 prononc\u00e9e sans aucune indication du raisonnement \u00e0 sa base;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2212 le fait que le juge du proc\u00e8s se soit dit dispos\u00e9 \u00e0 reconsid\u00e9rer les verdicts imm\u00e9diatement apr\u00e8s leur prononc\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2212 la nature de la preuve, qui commandait un examen et une analyse approfondis avant que tout verdict puisse \u00eatre arr\u00eat\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2212 le d\u00e9faut du juge du proc\u00e8s de donner suite aux demandes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des avocats en vue d\u2019obtenir des motifs \u00e9crits;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2212 la teneur des motifs, qui font \u00e9tat d\u2019\u00e9v\u00e9nements survenus longtemps apr\u00e8s le prononc\u00e9 du verdict, ce qui donne \u00e0 penser qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s apr\u00e8s la d\u00e9cision;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2212 le d\u00e9lai excessif mis \u00e0 d\u00e9poser les motifs, conjugu\u00e9 \u00e0 l\u2019absence de toute indication qu\u2019ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre pendant les 11 mois ayant suivi le prononc\u00e9 du verdict ou que le juge du proc\u00e8s avait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment diff\u00e9r\u00e9 leur d\u00e9p\u00f4t avant qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 statu\u00e9 sur la demande de d\u00e9claration de d\u00e9linquant dangereux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les motifs additionnels ne doivent pas changer substantiellement la d\u00e9cision rendue \u00e0 l\u2019audience.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">[18] En 2010, dans l\u2019arr\u00eat R. v. Wang[14], la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario proposait une vision plus \u00e9troite de la port\u00e9e des changements pouvant \u00eatre apport\u00e9s aux motifs rendus oralement, refl\u00e9tant l\u2019id\u00e9e que les motifs additionnels ne doivent pas changer substantiellement la d\u00e9cision rendue \u00e0 l\u2019audience. Elle soulignait alors l\u2019importance de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et la transparence des proc\u00e9dures et de rassurer les avocats pr\u00e9sents qu\u2019ils peuvent se fier aux motifs livr\u00e9s oralement, notamment quand vient le temps de d\u00e9cider s\u2019il est opportun de porter l\u2019affaire en appel, sans craindre que ces motifs ne soient alt\u00e9r\u00e9s par la suite. Elle signalait par ailleurs que des motifs subs\u00e9quents peuvent faire na\u00eetre la crainte que le juge du proc\u00e8s cherche \u00e0 d\u00e9fendre sa d\u00e9cision plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 simplement l\u2019expliquer, notamment lorsque les motifs \u00e9crits sont rendus apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t d\u2019un appel[15] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[9] In my view, it is inappropriate to modify, change or add to a transcript of oral reasons rendered in court. There may well be circumstances, such as when the original transcription is no longer available, where the improper alteration of the transcript would be sufficient to warrant ordering a new trial. That said, editing the transcript for readability and to assist in catching errors by the transcriber \u2013 not the judge \u2013 is appropriate. This would normally be limited to matters such as punctuation, grammatical errors and the like. It is not an opportunity to revise, correct or reconsider the words actually spoken and no changes of substance are to be made. It must be recalled that the transcription of oral reasons rendered in court is exactly that, a transcript of what occurred in court. The reporter preparing the transcript is called upon to certify that the transcript is \u201ca true and accurate transcription of my recordings, to the best of my skill and ability.\u201d To seek to alter the transcript places the reporter in the invidious position of either refusing to certify the transcription or king a certification that he or she does not feel is true and accurate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[10] The integrity of the trial record and of in court proceedings is fundamental to the judicial system and to the transparency of those proceedings. Counsel who are present when oral reasons are delivered in court should have confidence that the decisions they make with their client based on these oral reasons will not be undermined by alterations that represent something substantially different from what in fact occurred in the courtroom. Nor should counsel, upon receiving a transcript of the oral reasons, be left to wonder whether it in fact reflects what was said in the court, or rather constitutes a version of the reasons as later modified by the judge. It is even a greater concern when the alterations to the transcript of the reasons are made after a notice of appeal has been filed: see R. v. Geesic, 2010 ONCA 365.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Soulignements ajout\u00e9s]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>[19] La Cour supr\u00eame, toujours dans l\u2019arr\u00eat Teskey, s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9e ainsi au sujet d\u2019une telle crainte[16] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n18 Le fait que des motifs soient d\u00e9pos\u00e9s longtemps apr\u00e8s le prononc\u00e9 du verdict, particuli\u00e8rement des motifs ayant de toute \u00e9vidence \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s enti\u00e8rement apr\u00e8s le prononc\u00e9 du verdict, peut amener une personne raisonnable \u00e0 craindre que le juge du proc\u00e8s n\u2019ait pas examin\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9 la preuve avec un esprit ouvert, comme il a le devoir de le faire, mais qu\u2019il ait plut\u00f4t \u00e9nonc\u00e9 son raisonnement en fonction du r\u00e9sultat. En d\u2019autres mots, lorsque le verdict a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9, en particulier un verdict de culpabilit\u00e9, il faut se demander si le juge a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019examen et \u00e0 l\u2019analyse de la preuve apr\u00e8s le prononc\u00e9 de sa d\u00e9cision dans le but \u2014 m\u00eame inconscient \u2014 non pas d\u2019arriver \u00e0 ce verdict mais plut\u00f4t de le d\u00e9fendre. Il est tr\u00e8s important dans une affaire criminelle de prendre garde de ne pas examiner la preuve en fonction du r\u00e9sultat, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019accus\u00e9 est pr\u00e9sum\u00e9 innocent et a droit au b\u00e9n\u00e9fice du doute raisonnable. La pr\u00e9sence d\u2019un doute raisonnable ne ressort pas toujours de fa\u00e7on \u00e9vidente. En effet, elle peut parfois \u00eatre tr\u00e8s subtile et n\u2019appara\u00eetre qu\u2019aux yeux de la personne qui garde un esprit ouvert. En ce sens, lorsque le juge du proc\u00e8s semble avoir arr\u00eat\u00e9 un verdict de culpabilit\u00e9 avant d\u2019avoir compl\u00e9t\u00e9 la n\u00e9cessaire analyse de la preuve, une personne raisonnable pourrait alors \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 craindre que le juge n\u2019ait pas gard\u00e9 un esprit ouvert. En outre, si le verdict a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 en appel, comme c\u2019est le cas en l\u2019esp\u00e8ce, et que les motifs traitent de certaines questions soulev\u00e9es dans l\u2019appel, cela peut donner l\u2019impression que le juge du proc\u00e8s a tent\u00e9 de d\u00e9fendre un r\u00e9sultat donn\u00e9 plut\u00f4t que de formuler les motifs sur lesquels il s\u2019est fond\u00e9 pour rendre sa d\u00e9cision.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"20\" data-viibes-start=\"19\" data-viibes-end=\"18\">[20]\u00a0\u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat <em>R. v. Thompson<\/em>, la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario discutait de la doctrine du <em>functus officio<\/em>, tout en insistant sur l\u2018importance de faire la part des choses lorsque les ajouts ont pour but de corriger une erreur dans le raisonnement du juge lors du prononc\u00e9 de la peine pour expliquer celle-ci sans la modifier pour autant<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn17\" name=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[21]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 In the present case, the sentence imposed was clear and manifest. There was no need for clarification. Indeed, in the addendum, the sentencing judge neither altered nor clarified the sentence that he imposed. His added comments were directed towards correcting an error in his reasons for sentence, and not towards the sentence itself. He sought to clarify not what he decided, but why he decided it. <u>The doctrine of <em>functus officio<\/em> is concerned with what a given decision was, not why the decision was made<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[22]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 As a result, I do not view the <em>functus officio<\/em> analysis as being of assistance in this matter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Soulignement ajout\u00e9]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"21\" data-viibes-start=\"20\" data-viibes-end=\"19\">[21]\u00a0\u00a0 Elle poursuivait en signalant que le cadre mis de l\u2019avant par la Cour supr\u00eame dans <em>Teskey <\/em>convient pour \u00e9valuer s\u2019il y a lieu de consid\u00e9rer les motifs suppl\u00e9mentaires<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[23]\u00a0\u00a0 The present case is more in the nature of the issuance of supplementary reasons and is therefore guided by different principles: see <em>R. v. R.(J.)<\/em>(2008), <a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/en\/on\/onca\/doc\/2008\/2008onca200\/2008onca200.html\">2008 ONCA\u00a0200 (CanLII)<\/a>, 59 C.R. (6th) 158, (Ont. C.A.) at para. <a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/en\/on\/onca\/doc\/2008\/2008onca200\/2008onca200.html#par15\">15<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[24]\u00a0\u00a0 <em>In R. v. Teskey<\/em>, <a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/ca\/csc\/doc\/2007\/2007csc25\/2007csc25.html\">2007 SCC\u00a025 (CanLII)<\/a>, [2007] 2 S.C.R.\u00a0267 the Supreme Court of Canada held that <u>reasons delivered after judgment could be considered by an appellate court, unless there was a reasonable apprehension that the reasons were, in reality, an after-the-fact justification for the decision, and not a <em>bona fide<\/em> expression of the reasons that led the court to reach its verdict<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Soulignement ajout\u00e9]<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"22\" data-viibes-start=\"21\" data-viibes-end=\"20\">[22]\u00a0\u00a0 Les propos de la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario dans <em>R. v. Thompson<\/em> ont \u00e9t\u00e9 avalis\u00e9s par cette Cour dans l\u2019arr\u00eat <em>Dufour c. R<\/em>.<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> alors que, sans se prononcer explicitement sur la question du <em>functus officio, <\/em>elle concluait qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de consid\u00e9rer les motifs qui rel\u00e8vent d\u2019une justification <em>a posteriori<\/em>. La juge en chef Duval Hesler \u00e9crivait<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[30] \u00a0 <u>Je partage l\u2019opinion de la Cour d\u2019appel d\u2019Ontario \u00e0 l\u2019effet que des motifs compl\u00e9mentaires du juge ne doivent pas \u00eatre pris en consid\u00e9ration s\u2019ils constituent plut\u00f4t, comme ici, \u00ab\u00a0an after\u2011the-fact justification for the decision\u00a0\u00bb<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[31]\u00a0\u00a0 Lorsqu\u2019elle rend ses motifs additionnels dans le cadre de la proc\u00e9dure visant \u00e0 faire d\u00e9clarer l\u2019appelant d\u00e9linquant dangereux, la juge affirme qu\u2019ils visent \u00e0 pr\u00e9ciser sa pens\u00e9e, puisque apr\u00e8s relecture de ses motifs \u00e0 l\u2019appui de la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9, elle r\u00e9alise qu\u2019elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 aussi claire qu\u2019elle l\u2019aurait voulu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[32]\u00a0\u00a0 <u>Ces motifs additionnels de la juge de premi\u00e8re instance veulent compl\u00e9ter les motifs rendus au soutien de sa d\u00e9cision, puisqu\u2019elle les estime impr\u00e9cis et insuffisants. Cela \u00e9tant, ces motifs additionnels ne visent pas \u00e0 clarifier la d\u00e9cision, mais plut\u00f4t \u00e0 la justifier<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[33]\u00a0\u00a0 Comme nous l\u2019avons vu, <u>la Cour supr\u00eame enseigne qu\u2019il faut \u00eatre tr\u00e8s prudent lorsque des motifs sont ajout\u00e9s dans ce contexte, puisqu\u2019il est possible qu\u2019ils ne repr\u00e9sentent pas le raisonnement de la juge de premi\u00e8re instance ayant men\u00e9 \u00e0 la d\u00e9claration de culpabilit\u00e9, mais qu\u2019ils soient plut\u00f4t une justification post\u00e9rieure de sa d\u00e9cision<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[34]\u00a0\u00a0 C\u2019est le cas en l\u2019esp\u00e8ce. <u>Une personne raisonnable pourrait craindre que les motifs compl\u00e9mentaires de la juge constituent une justification <em>a posteriori<\/em> du verdict. Ils ne seront pas pris en compte aux fins de cet appel<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 [Soulignements ajout\u00e9s]<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les tribunaux canadiens reconnaissent, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, que les motifs additionnels qui visent de mani\u00e8re avou\u00e9e \u00e0 renforcer ou \u00e0 corriger les motifs rendus ant\u00e9rieurement rel\u00e8vent de la justification a posteriori, sauf s\u2019ils visent la correction d\u2019une erreur qu\u2019on pourrait assimiler \u00e0 une erreur d\u2019inadvertance au sens de l\u2019article 338 C.p.c.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"28\" data-viibes-start=\"27\" data-viibes-end=\"26\">[28]\u00a0\u00a0 Depuis les arr\u00eats <em>Teskey<\/em>, <em>Wang<\/em> et <em>Thompson<\/em><a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, les tribunaux canadiens reconnaissent, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, que les motifs additionnels qui visent de mani\u00e8re avou\u00e9e \u00e0 renforcer ou \u00e0 corriger les motifs rendus ant\u00e9rieurement rel\u00e8vent de la justification <em>a posteriori<\/em><a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>, sauf s\u2019ils visent la correction d\u2019une erreur qu\u2019on pourrait assimiler \u00e0 une erreur d\u2019inadvertance au sens de l\u2019<span data-feature=\"restrictpartial\">article 338<\/span> <em><span data-feature=\"restrictpartial\">C.p.c.<\/span><\/em><a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn25\" name=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"29\" data-viibes-start=\"28\" data-viibes-end=\"27\">[29]\u00a0\u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat <em>Cojocaru<\/em>, la Cour supr\u00eame rappelle que l\u2019analyse de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des motifs d\u2019un juge a comme point de d\u00e9part la pr\u00e9somption d\u2019impartialit\u00e9 judiciaire<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Cette pr\u00e9somption ne peut \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e \u00ab\u2009qu\u2019au moyen d\u2019une preuve convaincante\u2009\u00bb<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a> qui d\u00e9montre \u00ab\u2009qu\u2019eu \u00e9gard aux circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, une personne raisonnable craindrait que les motifs constituent une justification <em>a posteriori<\/em> du verdict plut\u00f4t que l\u2019expos\u00e9 du raisonnement ayant conduit \u00e0 celui-ci\u2009\u00bb<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.\u00a0Cette preuve peut \u00eatre intrins\u00e8que, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle ressort des motifs eux-m\u00eames, ou extrins\u00e8que<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2021\/2021qcca1222\/2021qcca1222.html#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"30\" data-viibes-start=\"29\" data-viibes-end=\"28\">[30]\u00a0\u00a0 L\u2019appelant soul\u00e8ve en l\u2019esp\u00e8ce les \u00e9l\u00e9ments extrins\u00e8ques suivants au soutien de son argument d\u2019une crainte de partialit\u00e9 :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 Le d\u00e9lai entre la d\u00e9cision rendue oralement et les motifs r\u00e9vis\u00e9s;<\/li>\n<li>\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 Le fait que les motifs r\u00e9vis\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7us apr\u00e8s la manifestation de son intention de se pourvoir en appel;<\/li>\n<li>\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 L\u2019invitation de la juge \u00e0 d\u00e9poser une inscription modifi\u00e9e en appel apr\u00e8s r\u00e9ception des motifs r\u00e9vis\u00e9s; et,<\/li>\n<li>\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 Le d\u00e9faut de la juge de transmettre une transcription des motifs malgr\u00e9 les demandes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de l\u2019appelant.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"31\" data-viibes-start=\"30\" data-viibes-end=\"29\">[31]\u00a0\u00a0 Ces \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 eux seuls, ne permettent toutefois pas de conclure de mani\u00e8re \u00e9vidente \u00e0 une justification <em>a posteriori<\/em>.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"31\" data-viibes-start=\"30\" data-viibes-end=\"29\">Il est \u00e9videmment dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la justice que les jugements soient rendus avec c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et que les juges prononcent des jugements \u00ab s\u00e9ance tenante \u00bb lorsqu\u2019ils sont en mesure de le faire, sans pour autant sacrifier le raisonnement ou la r\u00e9flexion qui s\u2019impose, dans le respect des droits des parties et des r\u00e8gles d\u2019\u00e9quit\u00e9.<\/h2>\n<div class=\"paragWrapper\">\n<p class=\"Paragraphe\" style=\"text-align: justify;\" data-viibes-parag=\"43\" data-viibes-start=\"42\" data-viibes-end=\"41\">[<a class=\"reflex-paragAnchor\" name=\"par43\"><\/a>43]\u00a0\u00a0 Les propos qui pr\u00e9c\u00e8dent ne doivent pas pour autant \u00eatre per\u00e7us comme condamnant la pratique du jugement rendu \u00e0 l\u2019audience ou rendu oralement dans les jours qui suivent. Il est \u00e9videmment dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la justice que les jugements soient rendus avec c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et que les juges prononcent des jugements \u00ab\u00a0s\u00e9ance tenante \u00bb lorsqu\u2019ils sont en mesure de le faire, sans pour autant sacrifier le raisonnement ou la r\u00e9flexion qui s\u2019impose, dans le respect des droits des parties et des r\u00e8gles d\u2019\u00e9quit\u00e9. Cela dit, le juge doit toujours \u00eatre conscient du droit d\u2019appel et par cons\u00e9quent du d\u00e9lai applicable que les parties doivent respecter et de leur droit d\u2019avoir en main des motifs suffisamment complets afin de r\u00e9diger les proc\u00e9dures d\u2019appel, et ce, m\u00eame s\u2019il est toujours possible d\u2019amender celles-ci. Il convient de rappeler \u00e0 cet \u00e9gard les propos du juge Dickson dans l\u2019arr\u00eat <i>Baxter Travenol<\/i>, tels que repris par la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario dans l\u2019extrait de l\u2019arr\u00eat <i>R. v. Wang<\/i> reproduit pr\u00e9c\u00e9demment au paragraphe [38], selon lesquels les parties devraient pouvoir se fier sur le caract\u00e8re d\u00e9finitif des motifs du jugement rendu.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Directeur des poursuites criminelles et p\u00e9nales c. 3095-2899 Qu\u00e9bec inc., 2021 QCCA 1222 L\u2019arr\u00eat Kellogg&#8217;s de cette Cour est venu consacrer le principe qu\u2019un juge peut par jugement subs\u00e9quent, dans ce cas par le biais d\u2019une minute d\u00e9pos\u00e9e quelques jours apr\u00e8s la tenue de l\u2019audience, ajouter des motifs au soutien du dispositif rendu oralement et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[5478,5479],"yst_prominent_words":[494,2335,507,2432,669,1046,1052,1566,2021,2334],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16262"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16262"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16262\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16262"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=16262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}