{"id":6217,"date":"2015-08-05T09:14:52","date_gmt":"2015-08-05T13:14:52","guid":{"rendered":"https:\/\/doyonavocats.ca\/detention-pour-fins-denquete\/"},"modified":"2019-08-11T08:00:38","modified_gmt":"2019-08-11T12:00:38","slug":"detention-pour-fins-denquete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/detention-pour-fins-denquete\/","title":{"rendered":"D\u00e9tention pour fins d&#8217;enqu\u00eate : Gagnon c. R., 2015 QCCA 1138\u00a0"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9tention pour fin enqu\u00eate d&#8217;un policier est limit\u00e9e en droit criminel canadien.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"canlii.ca\/t\/gjwrr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Gagnon c. R., 2015 QCCA 1138<\/a>\u00a0\u00a0(Mise \u00e0 jour : \u00a0<a href=\"http:\/\/canlii.ca\/t\/gnfr8\">R. c. Gagnon,\u00a02016 CSC 6<\/a>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[65]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0Le pr\u00e9sent pourvoi met en cause le pouvoir de d\u00e9tention aux fins d\u2019enqu\u00eate, tel que reconnu par la\u00a0<em>common law<\/em>. Le minist\u00e8re public n\u2019a pas tent\u00e9, ni en premi\u00e8re instance ni en appel, de justifier l\u2019intervention polici\u00e8re en vertu d\u2019autres pouvoirs, comme les contr\u00f4les usuels des conducteurs en mati\u00e8re de conduite automobile<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[66]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0Au Canada, il n\u2019existe pas de pouvoir g\u00e9n\u00e9ral de d\u00e9tention aux fins d\u2019enqu\u00eate, mais un pouvoir limit\u00e9<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Ce pouvoir de d\u00e9tention aux fins d\u2019enqu\u00eate permet \u00e0 un policier de d\u00e9tenir bri\u00e8vement un individu lorsque le policier a des soup\u00e7ons raisonnables de croire que l\u2019ensemble des circonstances d\u00e9montre un lien clair entre cet individu et une infraction criminelle r\u00e9cente ou en cours<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup><sup>[13]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[67]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0Cela dit, la seule croyance subjective du policier ne suffit pas<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup><sup>[14]<\/sup><\/sup><\/a>. Si l\u2019exp\u00e9rience et la formation du policier offrent un fondement exp\u00e9rientiel qui doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9, l\u2019intuition polici\u00e8re n\u2019a droit \u00e0 aucune d\u00e9f\u00e9rence<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup><sup>[15]<\/sup><\/sup><\/a>. Pour rendre possible le contr\u00f4le par les tribunaux, il doit exister des motifs objectivement discernables qui, appr\u00e9ci\u00e9s en tenant compte de toutes les circonstances<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup><sup>[16]<\/sup><\/sup><\/a>, permettent de soup\u00e7onner une activit\u00e9 criminelle<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn17\" name=\"_ftnref17\"><sup><sup>[17]<\/sup><\/sup><\/a>. Pour satisfaire cette exigence, il faut des faits qui indiquent \u00ab\u00a0objectivement la\u00a0<em>possibilit\u00e9<\/em>\u00a0d\u2019un\u00a0<u>comportement criminel<\/u>\u00a0compte tenu de l\u2019ensemble des circonstances\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup><sup>[18]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[68]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0Face \u00e0 cette norme moins rigoureuse et aux risques qu\u2019elle soit mal utilis\u00e9e, la Cour supr\u00eame invite les tribunaux \u00e0 appliquer un contr\u00f4le\u00a0<em>a\u00a0posteriori<\/em>\u00a0rigoureux<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup><sup>[19]<\/sup><\/sup><\/a>, sans toutefois resserrer les soup\u00e7ons raisonnables au point o\u00f9 ils ne constitueraient qu\u2019un simple reflet du crit\u00e8re des motifs raisonnables<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Un soup\u00e7on donne l\u2019impression qu\u2019une personne se livre \u00e0 une activit\u00e9 criminelle et les soup\u00e7ons \u00ab\u00a0raisonnables\u00a0\u00bb sont plus que cela, sans \u00eatre une croyance fond\u00e9e sur des motifs raisonnables<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn21\" name=\"_ftnref21\"><sup><sup>[21]<\/sup><\/sup><\/a>. La Cour supr\u00eame insiste sur l\u2019examen prudent des \u00e9l\u00e9ments qui se fondent sur l\u2019exp\u00e9rience polici\u00e8re afin d\u2019y d\u00e9celer ceux qui r\u00e9sultent de st\u00e9r\u00e9otypes ou de discrimination<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><sup><sup>[22]<\/sup><\/sup><\/a>, mais aussi qu\u2019\u00ab\u00a0<em>il est tout aussi essentiel de leur<\/em>\u00a0<em>donner les coud\u00e9es franches sans se montrer trop sceptiques \u00e0 leur \u00e9gard ou sans exiger que chacun de leurs gestes soit scrut\u00e9 \u00e0 la loupe<\/em><a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><sup><sup>[23]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. En exigeant que les soup\u00e7ons raisonnables se rattachent \u00e0 la personne cibl\u00e9e plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un lieu ou \u00e0 une activit\u00e9 en particulier, on \u00e9vite qu\u2019ils demeurent g\u00e9n\u00e9raux et trop vagues<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;]<\/p>\n<p class=\"Paragraphe\" style=\"text-align: justify;\">[<a class=\"paragAnchor\" name=\"par94\"><\/a>94]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0Je retiens de cette jurisprudence que la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e n\u2019est pas un rempart contre l\u2019intervention polici\u00e8re. En l\u2019esp\u00e8ce, il n\u2019est toutefois ni question de porter secours ni question de contester le droit des policiers d\u2019intervenir sur un terrain priv\u00e9. Il me semble que la situation est passablement diff\u00e9rente des faits dans l\u2019arr\u00eat\u00a0<i>Bilodeau\u00a0<\/i>o\u00f9 la preuve \u00e9tablissait l\u2019existence de motifs objectivement raisonnables\u00a0<u>avant<\/u>\u00a0l\u2019interpellation. Les arr\u00eats de la Cour n\u2019\u00e9tablissent pas que les policiers peuvent contr\u00f4ler l\u2019identit\u00e9 des citoyens qui circulent dans les rues en l\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve permettant de soutenir objectivement des soup\u00e7ons raisonnables les reliant \u00e0 une activit\u00e9 criminelle ou en cours.<\/p>\n<p class=\"Paragraphe\" style=\"text-align: justify;\">[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[102]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0Ce qui surprend en l\u2019esp\u00e8ce, c&#8217;est la conviction du policier MacKay qu\u2019il \u00e9tait justifi\u00e9 d\u2019interpeller le citoyen pour v\u00e9rifier s\u2019il r\u00e9sidait \u00e0 proximit\u00e9 et que, dans le cas contraire, il \u00e9tait alors justifi\u00e9 d\u2019enqu\u00eater davantage. Je reconnais d\u2019embl\u00e9e que la ligne entre les pouvoirs d\u2019interception l\u00e9gaux et ill\u00e9gaux des policiers est parfois difficile \u00e0 tracer. Elle s\u2019appr\u00e9cie au cas par cas. Une chose est cependant claire, le policier doit savoir que plus faibles sont ses motifs et plus forte est son intuition, plus le risque de franchir la ligne est grand. Il me semble que l\u2019arr\u00eat\u00a0<em>Simard<\/em>\u00a0de notre Cour, que plaide le minist\u00e8re public, avait trac\u00e9 la ligne et r\u00e9pond clairement \u00e0 la situation qui se reproduit ici, \u00e0 savoir l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 d\u2019une intervention polici\u00e8re alors que rien ne laisse croire qu\u2019une infraction est en cours<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. Les policiers ne pouvaient l\u2019ignorer. J\u2019estime que les tribunaux doivent se dissocier des agissements du policier MacKay, m\u00eame s\u2019ils ne remettent pas en cause sa bonne foi. Comme le rappelait la juge Arbour dans l\u2019arr\u00eat\u00a0<em>Buhay<\/em>, \u00ab\u00a0<strong><em>la bonne foi ne peut \u00eatre invoqu\u00e9e lorsqu\u2019une atteinte \u00e0 la\u00a0Charte\u00a0d\u00e9coule d\u2019une erreur d\u00e9raisonnable d\u2019un agent de police ou de la m\u00e9connaissance de l\u2019\u00e9tendue de son pouvoir<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/qc\/qcca\/doc\/2015\/2015qcca1138\/2015qcca1138.html#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9tention pour fin enqu\u00eate d&#8217;un policier est limit\u00e9e en droit criminel canadien. Gagnon c. R., 2015 QCCA 1138\u00a0\u00a0(Mise \u00e0 jour : \u00a0R. c. Gagnon,\u00a02016 CSC 6) [65]\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0Le pr\u00e9sent pourvoi met en cause le pouvoir de d\u00e9tention aux fins d\u2019enqu\u00eate, tel que reconnu par la\u00a0common law. 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