{"id":6235,"date":"2015-05-16T12:17:06","date_gmt":"2015-05-16T12:17:06","guid":{"rendered":"https:\/\/doyonavocats.ca\/la-detention-provisoire-le-troisieme-motif-interprete-plus-largement\/"},"modified":"2019-08-22T05:54:28","modified_gmt":"2019-08-22T09:54:28","slug":"la-detention-provisoire-le-troisieme-motif-interprete-plus-largement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/la-detention-provisoire-le-troisieme-motif-interprete-plus-largement\/","title":{"rendered":"La d\u00e9tention provisoire : Le troisi\u00e8me motif interpr\u00e9t\u00e9 plus largement : R. c. St-Cloud, 2015 CSC 27"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"scc-csc.lexum.com\/scc-csc\/scc-csc\/fr\/item\/15358\/index.do\">R. <i>c.<\/i> St-Cloud, 2015 CSC 27<\/a> :<\/p>\n<p><strong>Notre r\u00e9sum\u00e9 sch\u00e9matis\u00e9 (cliquer sur <em>fullscreen<\/em> pour une vision d&#8217;ensemble)<\/strong><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" id=\"xmindshare_embedviewer\" src=\"http:\/\/www.xmind.net\/embed\/HB5N?size=small\" width=\"710\" height=\"360px\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"left\">\n<div id=\"map_outline\">\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Notre r\u00e9sum\u00e9 sch\u00e9matis\u00e9\u00a0en mots<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Le troisi\u00e8me motif : 515(10)c) C.cr Fondement : \u00ab [l]a confiance du public est essentielle au bon fonctionnement du syst\u00e8me de mise en libert\u00e9 sous caution et de l\u2019ensemble du syst\u00e8me de justice \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019alin\u00e9a 515(10)c) C.cr . ne pr\u00e9voit pas un motif r\u00e9siduel de d\u00e9tention, applicable seulement lorsque les deux premiers motifs de d\u00e9tention (al. a) et b)) ne sont pas satisfaits. Il s\u2019agit d\u2019un motif distinct permettant \u00e0 lui seul d\u2019ordonner la d\u00e9tention avant proc\u00e8s d\u2019un accus\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Fondement<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[33] S\u2019exprimant au nom de la majorit\u00e9 de la Cour, la juge en chef McLachlin a expliqu\u00e9 qu\u2019il peut \u00eatre n\u00e9cessaire, dans certains cas, de refuser la mise en libert\u00e9 d\u2019un accus\u00e9, et ce, m\u00eame en l\u2019absence de risque qu\u2019il ne se pr\u00e9sente pas \u00e0 son proc\u00e8s, qu\u2019il r\u00e9cidive ou qu\u2019il nuise \u00e0 l\u2019administration de la justice : Hall, par. 25. Selon la Juge en chef, \u00ab [l]orsque le public n\u2019a pas l\u2019impression que justice est rendue, il risque d\u2019avoir moins confiance dans le syst\u00e8me de mise en libert\u00e9 sous caution et, de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, dans tout le syst\u00e8me de justice \u00bb : par. 26. Or, \u00e9crit la Juge en chef, \u00ab [l]a confiance du public est essentielle au bon fonctionnement du syst\u00e8me de mise en libert\u00e9 sous caution et de l\u2019ensemble du syst\u00e8me de justice \u00bb : par. 27, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Valente c. La Reine, [1985] 2 R.C.S. 673, p. 689.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>1\u00a0<\/b><strong>Les facteurs \u00e0 consid\u00e9r\u00e9s (non exhausitif) :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019al. 515(10)c) C.cr . ne sont pas exhaustives. Le tribunal ne doit pas automatiquement ordonner la d\u00e9tention m\u00eame si les quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es favorisent ce r\u00e9sultat. Le tribunal doit plut\u00f4t tenir compte de toutes les circonstances propres \u00e0 chaque cas d\u2019esp\u00e8ce, en pr\u00eatant une attention particuli\u00e8re aux quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><strong><em>1.1 (i) Le fait que l\u2019accusation para\u00eet fond\u00e9e<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">(i) Le fait que l\u2019accusation para\u00eet fond\u00e9e [57] L\u2019enqu\u00eate sur la mise en libert\u00e9 provisoire est une proc\u00e9dure sommaire o\u00f9 l\u2019application de r\u00e8gles de preuve plus souples est autoris\u00e9e. Ainsi, certaines preuves admises \u00e0 l\u2019occasion de cette enqu\u00eate peuvent \u00eatre par la suite exclues au proc\u00e8s. Comme le souligne le juge Trotter, il peut \u00eatre difficile d\u2019\u00e9valuer la force du dossier du poursuivant \u00e0 l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9 : [traduction] \u00ab La nature exp\u00e9ditive et quelquefois informelle de l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9 sous caution peut refl\u00e9ter l\u2019existence d\u2019une preuve \u00e0 charge excessivement forte \u00bb (p. 3-7). [58] Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s inh\u00e9rentes au processus de mise en libert\u00e9, le juge doit d\u00e9cider si l\u2019accusation para\u00eet fond\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><strong><em>1.1.1 D\u2019une part, l&#8217;analyse de la qualit\u00e9 de la preuve<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">[58] Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s inh\u00e9rentes au processus de mise en libert\u00e9, le juge doit d\u00e9cider si l\u2019accusation para\u00eet fond\u00e9e. D\u2019une part, le poursuivant n\u2019est pas tenu de prouver hors de tout doute raisonnable que l\u2019accus\u00e9 a commis l\u2019infraction. Et le juge doit se garder de jouer le r\u00f4le du juge du proc\u00e8s ou du jury : la cr\u00e9dibilit\u00e9 des t\u00e9moins, la fiabilit\u00e9 de la preuve scientifique et d\u2019autres questions devront \u00eatre analys\u00e9es lors du proc\u00e8s et non \u00e0 l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9. Cela dit, le juge qui pr\u00e9side cette audience doit tenir compte de la qualit\u00e9 de la preuve pr\u00e9sent\u00e9e par le poursuivant afin de d\u00e9terminer le poids qu\u2019il accordera \u00e0 ce facteur dans son exercice de pond\u00e9ration. \u00c0 titre d\u2019exemple, des \u00e9l\u00e9ments de preuve mat\u00e9rielle peuvent s\u2019av\u00e9rer plus fiables que la simple d\u00e9claration d\u2019un t\u00e9moin, et une preuve circonstancielle peut \u00eatre moins fiable qu\u2019une preuve directe. L\u2019existence de nombreux \u00e9l\u00e9ments de preuve peut \u00e9galement avoir pour effet de renforcer l\u2019apparence de fondement de l\u2019accusation.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><strong><em>1.1.2 D\u2019autre part, l&#8217;analyse de tout moyen de d\u00e9fense<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\">[59] D\u2019autre part, le juge doit \u00e9galement consid\u00e9rer tout moyen de d\u00e9fense soulev\u00e9 par l\u2019accus\u00e9. Il est probable que cela ne survienne qu\u2019\u00e0 l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9 tenue \u00e0 la fin de l\u2019enqu\u00eate pr\u00e9liminaire plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019audience initiale. Il se peut m\u00eame que l\u2019accus\u00e9 n\u2019invoque aucun moyen de d\u00e9fense avant le proc\u00e8s. Mais s\u2019il le fait, cela fait partie des \u00e9l\u00e9ments que le juge doit \u00e9valuer et, si la d\u00e9fense para\u00eet fond\u00e9e, il doit en tenir compte dans son analyse de l\u2019apparence de fondement de l\u2019accusation. Comme le soulignait la Cour d\u2019appel du Qu\u00e9bec dans une d\u00e9cision relativement r\u00e9cente, \u00ab il serait en effet injuste de permettre \u00e0 la poursuite de faire \u00e9tat de la preuve \u00e0 charge sans que le juge puisse consid\u00e9rer non seulement ses faiblesses, mais aussi les moyens de d\u00e9fense qu\u2019elle laisse [entre]voir \u00bb : R. c. Coates, 2010 QCCA 919, par. 19.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>1.2 (ii) La gravit\u00e9 de l\u2019infraction (point de vue objectif)<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[60] Pour les besoins de l\u2019al. 515(10) c), il s\u2019agit pour le juge de d\u00e9terminer la gravit\u00e9 \u00ab objective \u00bb de l\u2019infraction, c\u2019est-\u00e0-dire par rapport aux autres infractions du Code criminel . Cette gravit\u00e9 s\u2019\u00e9value en fonction de la sentence maximale \u2013 et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de la sentence minimale \u2013 pr\u00e9vue par le Code criminel \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019infraction.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>1.3 (iii) Les circonstances entourant la perp\u00e9tration de l\u2019infraction, y compris l\u2019usage d\u2019une arme \u00e0 feu<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[61] Sans dresser une liste exhaustive des circonstances entourant la perp\u00e9tration de l\u2019infraction qui peuvent \u00eatre pertinentes pour l\u2019application de l\u2019al. 515(10) c), mentionnons les suivantes : le caract\u00e8re violent, odieux ou haineux de l\u2019infraction, le fait que celle-ci s\u2019inscrive dans un contexte de violence domestique, de gang criminel ou d\u2019organisation terroriste, et le fait qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 commise \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une personne vuln\u00e9rable (par exemple, un enfant, une personne \u00e2g\u00e9e ou une personne souffrant d\u2019une d\u00e9ficience). S\u2019il s\u2019agit d\u2019une infraction commise par plusieurs personnes, le degr\u00e9 de participation de l\u2019accus\u00e9 peut s\u2019av\u00e9rer pertinent. Les facteurs aggravants ou att\u00e9nuants dont le tribunal tient compte dans la d\u00e9termination de la peine peuvent \u00e9galement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>1.4 (iv) Le fait que le pr\u00e9venu encourt une longue peine d\u2019emprisonnement (point de vue subjectif)<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[62] La quatri\u00e8me circonstance \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) est \u00ab le fait que le pr\u00e9venu encourt, en cas de condamnation, une longue peine d\u2019emprisonnement ou, s\u2019agissant d\u2019une infraction mettant en jeu une arme \u00e0 feu, une peine minimale d\u2019emprisonnement d\u2019au moins trois ans \u00bb.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[63] Bien qu\u2019il ne soit pas souhaitable d\u2019\u00e9tablir, pour les besoins de l\u2019al. 515(10) c) C.cr ., une r\u00e8gle fixant pr\u00e9cis\u00e9ment le nombre d\u2019ann\u00e9es qui constitue une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb, certaines indications sont toutefois n\u00e9cessaires afin de baliser l\u2019exercice auquel doivent se livrer \u00e0 cet \u00e9gard les juges d\u00e9cideurs.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[64] En premier lieu, comme j\u2019ai conclu qu\u2019aucun crime n\u2019\u00e9tait exempt\u00e9 de l\u2019application possible de l\u2019al. 515(10) c) C.cr ., il coule de source qu\u2019une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb ne s\u2019entend pas seulement des peines d\u2019emprisonnement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[65] De plus, afin de d\u00e9terminer, au cas par cas, si l\u2019accus\u00e9 encourt r\u00e9ellement une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb, le juge doit tenir compte de toutes les circonstances connues au moment de l\u2019audience et des principes devant moduler la peine applicable. Toutefois, cela ne signifie pas que le juge est justifi\u00e9 de se livrer \u00e0 un complexe calcul de la peine que l\u2019accus\u00e9 pourrait recevoir, car, faut-il le rappeler, la mise en libert\u00e9 provisoire survient au d\u00e9but du processus p\u00e9nal et le juge doit \u00e9viter de se substituer au juge du proc\u00e8s. Cela dit, il arrivera dans certains cas que des circonstances att\u00e9nuantes ou aggravantes appara\u00eetront suffisamment fond\u00e9es pour que le juge puisse les prendre en compte pour d\u00e9terminer si l\u2019accus\u00e9 encourt une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb. Dans la mesure du possible, cette quatri\u00e8me circonstance s\u2019\u00e9value donc de fa\u00e7on subjective, contrairement \u00e0 la deuxi\u00e8me circonstance \u2014 la gravit\u00e9 de l\u2019infraction \u2014 qui s\u2019\u00e9value quant \u00e0 elle de mani\u00e8re objective. (c) Les circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es ne sont pas exhaustives.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[66] Se fondant sur l\u2019arr\u00eat R. c. Mordue (2006), 223 C.C.C. (3d) 407 (C.A. Ont.), l\u2019appelante soutient que, lorsque les quatre circonstances \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) jouent en faveur d\u2019une ordonnance de d\u00e9tention, celle-ci s\u2019impose, \u00e0 moins que d\u2019autres \u00ab circonstances \u00bb puissent justifier une ordonnance de mise en libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[67] J\u2019estime que l\u2019appelante a tort.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[68] Le libell\u00e9 de l\u2019al. 515(10) c) ne pourrait \u00eatre plus clair : il est question de \u00ab toutes les circonstances, notamment les suivantes \u00bb. Sans me prononcer sur la validit\u00e9 d\u2019un libell\u00e9 diff\u00e9rent, je suis d\u2019avis que, si le l\u00e9gislateur avait voulu que l\u2019ordonnance de d\u00e9tention soit automatique lorsque les quatre circonstances \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 cet alin\u00e9a jouent en faveur d\u2019une telle ordonnance, il aurait r\u00e9dig\u00e9 la disposition diff\u00e9remment. Le l\u00e9gislateur a plut\u00f4t souhait\u00e9 le contraire. Comme la Juge en chef l\u2019a affirm\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Hall, le juge saisi d\u2019une demande de d\u00e9tention fond\u00e9e sur l\u2019al. 515(10) c) doit tenir compte de toutes les circonstances pertinentes, mais il doit pr\u00eater une attention particuli\u00e8re aux facteurs \u00e9nonc\u00e9s par le l\u00e9gislateur : par. 41. L\u2019argument de la d\u00e9tention automatique me semble d\u2019ailleurs contraire aux propos de la Juge en chef au par. 41 : En d\u00e9finitive, le juge peut refuser d\u2019accorder la mise en libert\u00e9 sous caution uniquement s\u2019il est persuad\u00e9, \u00e0 la lumi\u00e8re de ces facteurs et des circonstances connexes, qu\u2019un membre raisonnable de la collectivit\u00e9 serait convaincu que ce refus est n\u00e9cessaire pour ne pas miner la confiance du public dans l\u2019administration de la justice. [Je souligne.]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[69] De plus, l\u2019argument de la d\u00e9tention automatique n\u00e9glige le fait que le test \u00e0 satisfaire pour les besoins de l\u2019al. 515(10) c) est la question de savoir si la d\u00e9tention de l\u2019accus\u00e9 est n\u00e9cessaire afin de ne pas miner la confiance du public envers l\u2019administration de la justice. Les quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es ne sont que les principaux \u00e9l\u00e9ments que le juge doit pond\u00e9rer en sus de tout autre \u00e9l\u00e9ment pertinent, afin de d\u00e9terminer si, dans l\u2019affaire qui l\u2019occupe, la d\u00e9tention est n\u00e9cessaire pour r\u00e9aliser l\u2019objectif poursuivi : le maintien de la confiance du public envers l\u2019administration de la justice au pays. Telle est la finalit\u00e9 de cet alin\u00e9a. M\u00eame si le juge doit prendre connaissance de toutes les circonstances de l\u2019affaire et se livrer \u00e0 un exercice de pond\u00e9ration, c\u2019est cette question ultime que le juge doit trancher, et qui doit donc le guider dans sa d\u00e9cision. Soutenir qu\u2019il y a automatiquement d\u00e9tention si l\u2019examen des quatre circonstances favorise celle-ci est incompatible avec l\u2019exercice de pond\u00e9ration \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) et avec l\u2019objectif ainsi recherch\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[70] Enfin, il ne faut surtout pas oublier qu\u2019en droit canadien, la r\u00e8gle cardinale est la mise en libert\u00e9 de l\u2019accus\u00e9 et la d\u00e9tention, l\u2019exception : Morales, p. 728. Le fait d\u2019ordonner automatiquement la d\u00e9tention irait \u00e0 l\u2019encontre du \u00ab droit fondamental \u00e0 une mise en libert\u00e9 assortie d\u2019un cautionnement raisonnable sauf s\u2019il existe une juste cause justifiant le refus de l\u2019accorder \u00bb, garanti par l\u2019al. 11e) de la Charte : Pearson, p. 691. \u00c0 son tour, ce droit repose sur la pierre angulaire du droit p\u00e9nal canadien, soit la pr\u00e9somption d\u2019innocence, garantie par l\u2019al. 11d) de la Charte (Hall, par. 13). Ces droits fondamentaux exigent que le juge s\u2019assure que la d\u00e9tention provisoire est r\u00e9ellement justifi\u00e9e, eu \u00e9gard \u00e0 toutes les circonstances pertinentes de l\u2019affaire.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[71] Sans \u00e9noncer ici une liste exhaustive des circonstances qui sont pertinentes dans l\u2019analyse requise par l\u2019al. 515(10) c) C.cr ., je crois utile d\u2019en mentionner quelques exemples. Le sous-alin\u00e9a 515(10) c)(iii) \u00e9voque les \u00ab circonstances entourant [la] perp\u00e9tration [de l\u2019infraction] \u00bb. J\u2019ajouterai que les circonstances propres \u00e0 l\u2019accus\u00e9 peuvent \u00e9galement \u00eatre pertinentes (son \u00e2ge, ses ant\u00e9c\u00e9dents criminels, sa condition physique ou mentale, son appartenance \u00e0 une organisation criminelle, etc.). De m\u00eame, le juge pourra consid\u00e9rer le statut de la victime et l\u2019impact sur la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019un crime commis contre cette personne. Dans certains cas, le juge pourrait aussi tenir compte du fait que le proc\u00e8s de l\u2019accus\u00e9 aura lieu \u00e0 une date tr\u00e8s \u00e9loIgn\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>2 La notion de \u00ab confiance du public \u00bb dans l&#8217;administration de la justice<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>2.1 Arr\u00eat Lamothe : Un public raisonnablement inform\u00e9 de notre syst\u00e8me de droit p\u00e9nal et capable de juger et de percevoir sans passion que l\u2019application de la pr\u00e9somption d\u2019innocence.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[75] Dans une d\u00e9cision rendue avant l\u2019arr\u00eat Hall et portant sur l\u2019ancien motif fond\u00e9 sur l\u2019\u00ab int\u00e9r\u00eat public \u00bb pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019al. 515(10) b) C.cr ., la Cour d\u2019appel du Qu\u00e9bec s\u2019est exprim\u00e9e ainsi : S\u2019agissant tout d\u2019abord de la perception du public, comme on le sait, face aux criminels ou aux criminels en puissance, une large partie du public canadien adopte souvent une attitude n\u00e9gative et parfois passionn\u00e9e. Elle veut se voir prot\u00e9g[\u00e9e], voir les criminels en prison et les voir ch\u00e2ti[\u00e9s] durement. Se d\u00e9barrasser du criminel, c\u2019est se d\u00e9barrasser du crime. Elle per\u00e7oit alors ind\u00fbment le syst\u00e8me judiciaire et celui de l\u2019administration de la justice en g\u00e9n\u00e9ral comme trop indulgent, trop mou, trop bon pour le criminel. Cette perception, presque visc\u00e9rale, face au crime n\u2019est s\u00fbrement pas celle sur laquelle le juge doit se fonder pour d\u00e9cider de la remise en libert\u00e9. Dans cette hypoth\u00e8se, en effet, les personnes accus\u00e9es de certains types d\u2019infraction ne seraient jamais remises en libert\u00e9 parce que la perception du public est n\u00e9gative \u00e0 l\u2019\u00e9gard du type de crime commis, alors que d\u2019autres, au contraire, seraient presque automatiquement lib\u00e9r\u00e9es vu la perception plus neutre ou plus indulgente du public. [. . .] C\u2019est donc \u00e0 un autre niveau qu\u2019il faut se placer, soit celui d\u2019un public raisonnablement inform\u00e9 de notre syst\u00e8me de droit p\u00e9nal et capable de juger et de percevoir sans passion que l\u2019application de la pr\u00e9somption d\u2019innocence, m\u00eame au niveau de la libert\u00e9 provisoire, a pour effet qu\u2019effectivement des gens qui, plus tard, seront trouv\u00e9s coupables, m\u00eame de crimes s\u00e9rieux, auront cependant retrouv\u00e9 leur libert\u00e9 entre le moment de leur arrestation et celui de leur proc\u00e8s. En d\u2019autres termes, le crit\u00e8re de la perception du public ne doit pas s\u2019exercer \u00e0 partir du plus petit commun d\u00e9nominateur. [Je souligne.] (R. c. Lamothe, [1990] R.J.Q. 973 (C.A.), p. 981)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>2.2 Arr\u00eat Hall : Un membre raisonnable de la collectivit\u00e9 bien inform\u00e9 \u00ab de la philosophie des dispositions l\u00e9gislatives, des valeurs consacr\u00e9es par la Charte et des circonstances r\u00e9elles de l\u2019affaire.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[74] Dans l\u2019arr\u00eat Hall, notre Cour a pr\u00e9cis\u00e9 que la notion de \u00ab public \u00bb s\u2019entend d\u2019un membre raisonnable de la collectivit\u00e9 bien inform\u00e9 \u00ab de la philosophie des dispositions l\u00e9gislatives, des valeurs consacr\u00e9es par la Charte et des circonstances r\u00e9elles de l\u2019affaire \u00bb : par. 41, citant R. c. Nguyen (1997), 119 C.C.C. (3d) 269 (C.A. C.-B.), par. 18.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>2.3 Arr\u00eat St-Cloud : Public v.s les juristes : La confiance du public ne saurait \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 la confiance des juristes envers l\u2019administration de la justice.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[77] M\u00eame si le motif fond\u00e9 sur l\u2019\u00ab int\u00e9r\u00eat public \u00bb a depuis \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 inconstitutionnel, ces passages sont utiles pour rappeler que la notion de \u00ab public \u00bb vis\u00e9e au nouvel al. 515(10) c) ne s\u2019entend pas du justiciable canadien trop prompt \u00e0 r\u00e9agir de fa\u00e7on \u00e9motive. Cela dit, s\u2019il est vrai que le public dont il est question \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) n\u2019est pas un membre trop \u00e9motif de la collectivit\u00e9, mais plut\u00f4t une personne raisonnable et bien inform\u00e9e, certaines d\u00e9cisions me semblent avoir vid\u00e9 de tout son sens cette notion de \u00ab public \u00bb. Le l\u00e9gislateur a fait un choix expr\u00e8s en demandant aux tribunaux de tenir compte de la confiance du \u00ab public \u00bb envers l\u2019administration de la justice lorsqu\u2019ils d\u00e9cident si un accus\u00e9 devrait \u00eatre d\u00e9tenu en attendant son proc\u00e8s. Il n\u2019a pas fait mention d\u2019un juriste ou d\u2019un juge, mais bien du \u00ab public \u00bb. Il faut donc donner un sens \u00e0 ce choix l\u00e9gislatif. En cons\u00e9quence, la confiance du public ne saurait \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 la confiance des juristes envers l\u2019administration de la justice. On ne peut attendre de la population canadienne \u2014 m\u00eame de ses membres les mieux inform\u00e9s \u2014 le m\u00eame niveau de connaissances juridiques qu\u2019un juge ou un avocat. Ce serait l\u00e0 d\u00e9naturer la notion de \u00ab public \u00bb. Ce serait \u00e9galement faire abstraction de l\u2019objectif de cette disposition, qui consiste \u00e0 assurer le maintien de la confiance du public envers l\u2019administration de la justice.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>2.4 Arr\u00eat St-Cloud : Parall\u00e8le avec 24(2) de la Charte : La personne raisonnable est habituellement la personne moyenne dans la soci\u00e9t\u00e9, mais uniquement lorsque l\u2019humeur courante de la soci\u00e9t\u00e9 est raisonnable \u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[78] Je souligne que cette position est similaire \u00e0 celle adopt\u00e9e par notre Cour au sujet du par. 24(2) de la Charte , qui pr\u00e9voit l\u2019exclusion d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve obtenus en violation de celle-ci lorsque \u00ab leur utilisation est susceptible de d\u00e9consid\u00e9rer l\u2019administration de la justice \u00bb. Dans l\u2019arr\u00eat R. c. Collins, [1987] 1 R.C.S. 265, s\u2019exprimant au nom de la majorit\u00e9, le juge Lamer a utilis\u00e9 la formule imag\u00e9e suivante pour \u00e9noncer la question pertinente : \u00ab L\u2019utilisation des \u00e9l\u00e9ments de preuve est-elle susceptible de d\u00e9consid\u00e9rer l\u2019administration de la justice aux yeux de l\u2019homme raisonnable, objectif et bien inform\u00e9 de toutes les circonstances de l\u2019affaire? \u00bb : (p. 282, citantY.-M. Morissette, \u00ab The Exclusion of Evidence under the Canadian Charter of Rights and Freedoms : What To Do and What Not To Do \u00bb (1984), 29 R.D. McGill 521, p. 538). Le juge Lamer a pr\u00e9cis\u00e9 que \u00ab [l]a personne raisonnable est habituellement la personne moyenne dans la soci\u00e9t\u00e9, mais uniquement lorsque l\u2019humeur courante de la soci\u00e9t\u00e9 est raisonnable \u00bb : Collins, p. 282. Il a expliqu\u00e9 que le crit\u00e8re de la personne raisonnable \u00ab sert \u00e0 rappeler \u00e0 chaque juge que son pouvoir discr\u00e9tionnaire est enracin\u00e9 dans les valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 et, en particulier, ses valeurs \u00e0 long terme. Il ne doit pas rendre une d\u00e9cision que la soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e9rerait inacceptable lorsque celle\u2011ci n\u2019est pas d\u00e9chir\u00e9e par la passion ou autrement tiraill\u00e9e par des \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9sents \u00bb : ibid., p. 283; voir aussi R. c. Burlingham, [1995] 2 R.C.S. 206, par. 142.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>2.5 Arr\u00eat St-Cloud : Il ne fait aucun doute qu\u2019il est au fait de l\u2019importance de la pr\u00e9somption d\u2019innocence et du droit \u00e0 la libert\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[79] Ce membre raisonnable du public conna\u00eet donc les rudiments de notre \u00c9tat de droit et il est sensible \u00e0 nos valeurs fondamentales en droit p\u00e9nal, dont celles prot\u00e9g\u00e9es par la Charte . Il ne fait aucun doute qu\u2019il est au fait de l\u2019importance de la pr\u00e9somption d\u2019innocence et du droit \u00e0 la libert\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9. Il sait qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de droits fondamentaux, garantis par notre Constitution.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>2.6 Arr\u00eat St-Cloud : D\u00e9lai raisonnable : \u00ab justice retard\u00e9e \u00e9quivaut \u00e0 justice d\u00e9ni\u00e9e \u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[79] [&#8230;] Cette personne s\u2019attend aussi \u00e0 ce que les personnes accus\u00e9es d\u2019un crime subissent leur proc\u00e8s dans un d\u00e9lai raisonnable, et elle conna\u00eet l\u2019adage selon lequel [traduction] \u00ab justice retard\u00e9e \u00e9quivaut \u00e0 justice d\u00e9ni\u00e9e \u00bb : R. c. Trout, 2006 MBCA 96, 205 Man. R. (2d) 277, par. 15.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em><strong>2.7 Arr\u00eat St-Cloud : Moyens de d\u00e9fense &#8211; Intention coupable : Elle sait que les infractions criminelles requi\u00e8rent la preuve d\u2019une intention coupable (mens rea) et que certaines d\u00e9fenses tendent \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019absence de cette intention. Un exemple bien connu de ce type de d\u00e9fense est celle relative aux troubles mentaux. La personne envisag\u00e9e \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) C.cr . comprend donc que, une fois \u00e9tablie, cette d\u00e9fense permet \u00e0 l\u2019accus\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 sa responsabilit\u00e9 criminelle.<\/strong> <\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>VERSUS <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em>Moyens de d\u00e9fense &#8211; Complexit\u00e9 : Il serait exag\u00e9r\u00e9 de s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019elle ma\u00eetrise toutes les subtilit\u00e9s de moyens de d\u00e9fense complexes, particuli\u00e8rement lorsque la preuve de l\u2019acte criminel est accablante, que les circonstances du crime sont odieuses et que l\u2019accus\u00e9 reconna\u00eet l\u2019avoir commis.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[79] Ce membre raisonnable du public conna\u00eet donc les rudiments de notre \u00c9tat de droit et il est sensible \u00e0 nos valeurs fondamentales en droit p\u00e9nal, dont celles prot\u00e9g\u00e9es par la <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/annexe-b-de-la-loi-de-1982-sur-le-canada-r-u-1982-c-11-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Charte<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>. Il ne fait aucun doute qu\u2019il est au fait de l\u2019importance de la pr\u00e9somption d\u2019innocence et du droit \u00e0 la libert\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9. Il sait qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de droits fondamentaux, garantis par notre Constitution. Cette personne s\u2019attend aussi \u00e0 ce que les personnes accus\u00e9es d\u2019un crime subissent leur proc\u00e8s dans un d\u00e9lai raisonnable, et elle conna\u00eet l\u2019adage selon lequel [traduction] \u00ab\u00a0justice retard\u00e9e \u00e9quivaut \u00e0 justice d\u00e9ni\u00e9e \u00bb\u00a0: R. c. Trout, 2006 MBCA 96, 205 Man. R. (2d) 277, par. 15. Enfin, elle sait que les infractions criminelles requi\u00e8rent la preuve d\u2019une intention coupable (mens rea) et que certaines d\u00e9fenses tendent \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019absence de cette intention. Un exemple bien connu de ce type de d\u00e9fense est celle relative aux troubles mentaux. La personne envisag\u00e9e \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>c) <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>. comprend donc que, une fois \u00e9tablie, cette d\u00e9fense permet \u00e0 l\u2019accus\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 sa responsabilit\u00e9 criminelle. Cela dit, il serait exag\u00e9r\u00e9 de s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019elle ma\u00eetrise toutes les subtilit\u00e9s de moyens de d\u00e9fense complexes, particuli\u00e8rement lorsque la preuve de l\u2019acte criminel est accablante, que les circonstances du crime sont odieuses et que l\u2019accus\u00e9 reconna\u00eet l\u2019avoir commis.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong><em style=\"line-height: 1.428571429;\">2.8 Les m\u00e9dias : Lorsqu\u2019elle est admissible et pertinente, cette preuve d\u2019opinion peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e par les tribunaux. Ce sera le cas lorsqu\u2019elle correspondra \u00e0 celle de la personne raisonnable, telle que je l\u2019ai d\u00e9crite.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[81] Je con\u00e7ois qu\u2019il n\u2019est certes pas facile pour les juges de trouver le juste \u00e9quilibre entre, d\u2019une part, leurs attentes peut-\u00eatre d\u00e9mesur\u00e9es envers le public, et d\u2019autre part, la n\u00e9cessit\u00e9 de refuser de c\u00e9der aux r\u00e9actions populaires mues uniquement par la passion. Cet exercice peut s\u2019av\u00e9rer particuli\u00e8rement d\u00e9licat en cette \u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par la multiplication et la diversification des sources d\u2019information, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des bulletins d\u2019information en continu et le ph\u00e9nom\u00e8ne des m\u00e9dias sociaux.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[82] En effet, il est possible que la population canadienne croie qu\u2019elle est tr\u00e8s bien inform\u00e9e, mais ce n\u2019est malheureusement pas toujours le cas. En outre, la population est \u00e9galement en mesure de faire conna\u00eetre ses r\u00e9actions beaucoup plus rapidement, efficacement et largement que par le pass\u00e9, notamment par l\u2019entremise des m\u00e9dias sociaux \u00e9voqu\u00e9s plus haut, lesquels sont propices \u00e0 des r\u00e9actions en cha\u00eene. Pour cette raison, les tribunaux doivent se garder de c\u00e9der aux r\u00e9actions purement \u00e9motives de la population ou susceptibles d\u2019\u00eatre fond\u00e9es sur une connaissance inappropri\u00e9e des v\u00e9ritables circonstances de l\u2019affaire.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[83] Cependant, les tribunaux doivent aussi \u00eatre sensibles aux perceptions de la personne raisonnable et bien inform\u00e9e. Ce faisant, ils agissent \u00e0 la fois comme vigiles \u00e0 l\u2019\u00e9gard des mouvements de vindicte populaire et comme gardiens de la confiance du public envers notre syst\u00e8me de justice. Il serait en cons\u00e9quence dangereux, inappropri\u00e9 et erron\u00e9 pour un juge de fonder sa d\u00e9cision sur des reportages m\u00e9diatiques qui ne seraient nullement repr\u00e9sentatifs d\u2019un public bien inform\u00e9. La Cour d\u2019appel du Qu\u00e9bec a d\u2019ailleurs reconnu ce danger dans sa r\u00e9cente d\u00e9cision dans l\u2019affaire R. c. Turcotte, 2014 QCCA 2190 : La lecture des coupures de presse montre \u00e0 quel point il est dangereux de recourir \u00e0 ce mode de preuve. On y retrouve des opinions diverses, plus ou moins nuanc\u00e9es, plus ou moins objectives, plus ou moins mesur\u00e9es, plus ou moins superficielles. Plusieurs exposent des faits inexacts ou ne rapportent pas ceux qui sont essentiels. La plupart taisent les principes juridiques essentiels \u00e0 la prise de d\u00e9cision en mati\u00e8re de mise en libert\u00e9. Certaines opinions attisent la col\u00e8re et d\u00e9naturent le d\u00e9bat. Peu rapportent fid\u00e8lement les faits et rappellent correctement les principes applicables. Globalement, il faut convenir qu\u2019elles ne satisfont pas au crit\u00e8re de la personne raisonnable d\u00e9finie par la jurisprudence. [par. 68 (CanLII)]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[84] Cela dit, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que cela ne signifie pas pour autant que les tribunaux doivent automatiquement occulter la preuve qui \u00e9mane des m\u00e9dias d\u2019information. Il faut reconna\u00eetre que les m\u00e9dias participent \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9 et refl\u00e8tent l\u2019opinion de certains segments de la population canadienne. Dans l\u2019arr\u00eatSoci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada c. Nouveau\u2011Brunswick (Procureur g\u00e9n\u00e9ral), [1991] 3 R.C.S. 459, p. 475, notre Cour soulignait : \u00ab Les m\u00e9dias ont un r\u00f4le primordial \u00e0 jouer dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Ce sont les m\u00e9dias qui, en r\u00e9unissant et en diffusant les informations, permettent aux membres de notre soci\u00e9t\u00e9 de se former une opinion \u00e9clair\u00e9e sur les questions susceptibles d\u2019avoir un effet important sur leur vie et leur bien-\u00eatre. \u00bb Ainsi, lorsqu\u2019elle est admissible et pertinente, cette preuve d\u2019opinion peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e par les tribunaux. Ce sera le cas lorsqu\u2019elle correspondra \u00e0 celle de la personne raisonnable, telle que je l\u2019ai d\u00e9crite.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">[85] Je souligne par ailleurs que, comme l\u2019affaire Turcotte n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 port\u00e9e devant notre Cour, il ne conviendrait pas que je me prononce sur le bien-fond\u00e9 de la conclusion de la Cour d\u2019appel sur la mise en libert\u00e9 dans cette affaire. Je me contenterai de signaler que la justesse de cette conclusion doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 l\u2019aune des principes que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9nonc\u00e9s. [86] Somme toute, la confiance du public envers l\u2019administration de la justice n\u2019est pas tributaire d\u2019une seule avenue. Cette confiance peut \u00eatre min\u00e9e tout autant lorsque le juge refuse d\u2019ordonner la d\u00e9tention provisoire d\u2019un accus\u00e9 dans des circonstances qui le justifient, que lorsqu\u2019il l\u2019ordonne alors qu\u2019elle est injustifi\u00e9e<\/p>\n<p><strong>En bref<\/strong><br \/>\nLe caract\u00e8re \u00ab inexplicable \u00bb ou \u00ab inexpliqu\u00e9 \u00bb du crime n\u2019est pas un crit\u00e8re devant guider l\u2019analyse.<br \/>\nAucune circonstance n\u2019est d\u00e9terminante en soi. Le juge doit consid\u00e9rer les effets combin\u00e9s de toutes les circonstances de chaque affaire qui lui permettront de d\u00e9terminer si la d\u00e9tention est justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un exercice de pond\u00e9ration de toutes les circonstances pertinentes, au terme duquel le tribunal doit ultimement se poser la question suivante : la d\u00e9tention est-elle n\u00e9cessaire pour ne pas miner la confiance du public envers l\u2019administration de la justice? Tel est le test \u00e0 satisfaire sous l\u2019al. 515(10)c).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, le tribunal doit adopter le point de vue du \u00ab public \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire celui d\u2019une personne raisonnable, bien inform\u00e9e de la philosophie des dispositions l\u00e9gislatives, des valeurs consacr\u00e9es par la Charte et des circonstances r\u00e9elles de l\u2019affaire. Cette personne n\u2019est toutefois pas un juriste et n\u2019est pas en mesure d\u2019appr\u00e9cier les subtilit\u00e9s des diff\u00e9rentes d\u00e9fenses qui s\u2019offrent \u00e0 l\u2019accus\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La confiance de cette personne raisonnable envers l\u2019administration de la justice peut \u00eatre min\u00e9e tout autant si le tribunal refuse d\u2019ordonner une d\u00e9tention justifi\u00e9e compte tenu des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, que lorsqu\u2019il l\u2019ordonne alors qu\u2019elle est injustifi\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>[88] En conclusion, en pr\u00e9sence d\u2019un crime grave ou tr\u00e8s violent, lorsque la preuve contre l\u2019accus\u00e9 est accablante, et que la ou les victimes sont vuln\u00e9rables, la d\u00e9tention pr\u00e9ventive sera habituellement ordonn\u00e9e.<\/p>\n<p>________________________________________________________________________________<\/p>\n<div class=\"left\" style=\"padding-left: 60px;\"><\/div>\n<div class=\"right\">\n<div class=\"section\">\n<div id=\"moreMaps_container\" class=\"tab-wrap\">\n<div class=\"text-right\"><strong>\u00a0<\/strong><\/div>\n<div class=\"clearfix\">Passages de la d\u00e9cision<\/div>\n<div class=\"clearfix\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Le motif \u00e0 515(10)c) C.cr<\/strong><\/p>\n<p><em>Fondement<\/em><\/p>\n<p><strong>[33] S\u2019exprimant au nom de la majorit\u00e9 de la Cour, la juge en chef McLachlin a expliqu\u00e9 qu\u2019il peut \u00eatre n\u00e9cessaire, dans certains cas, de refuser la mise en libert\u00e9 d\u2019un accus\u00e9, et ce, m\u00eame en l\u2019absence de risque qu\u2019il ne se pr\u00e9sente pas \u00e0 son proc\u00e8s, qu\u2019il r\u00e9cidive ou qu\u2019il nuise \u00e0 l\u2019administration de la justice : Hall, par. 25. Selon la Juge en chef, \u00ab [l]orsque le public n\u2019a pas l\u2019impression que justice est rendue, il risque d\u2019avoir moins confiance dans le syst\u00e8me de mise en libert\u00e9 sous caution et, de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, dans tout le syst\u00e8me de justice \u00bb : par. 26. Or, \u00e9crit la Juge en chef, \u00ab [l]a confiance du public est essentielle au bon fonctionnement du syst\u00e8me de mise en libert\u00e9 sous caution et de l\u2019ensemble du syst\u00e8me de justice \u00bb : par. 27, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Valente c. La Reine, [1985] 2 R.C.S. 673, p. 689.<\/strong><\/p>\n<p><em>R\u00e9sum\u00e9<\/em><\/p>\n<p><strong>[5] Je suis d\u2019avis que la port\u00e9e de l\u2019al. 515(10) c) C.cr . a \u00e9t\u00e9 ind\u00fbment restreinte par les tribunaux dans certains cas. Ce motif de d\u00e9tention n\u2019est pas n\u00e9cessairement limit\u00e9 \u00e0 des circonstances exceptionnelles, aux crimes les plus odieux qui pr\u00e9senteraient des circonstances similaires \u00e0 celles de l\u2019affaire Hall, ou encore \u00e0 certaines cat\u00e9gories de crimes. L\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019al. 515(10) c) C.cr . a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 tronqu\u00e9e par une conception erron\u00e9e de la notion de \u00ab public \u00bb dont fait mention le texte fran\u00e7ais de la disposition (et qui est sous-entendue dans la notion de \u00ab confidence \u00bb en anglais), notion sur laquelle je reviendrai plus loin. Pour l\u2019instant, je me contenterai de rappeler que le \u00ab public \u00bb est une personne raisonnable et bien inform\u00e9e de la collectivit\u00e9, mais qui n\u2019est pas un juriste poss\u00e9dant une connaissance approfondie de notre syst\u00e8me de justice criminelle.<\/strong><\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>[46] Je suis d\u2019avis que certains tribunaux ont mal interpr\u00e9t\u00e9 la d\u00e9cision de notre Cour dans l\u2019arr\u00eat Hall. D\u2019abord, il importe de replacer les propos de la Cour dans le contexte de l\u2019affaire et de les analyser \u00e0 la lumi\u00e8re des circonstances bien particuli\u00e8res de celle-ci : le crime \u00e9tait des plus horribles. Il est donc normal que la Cour ait tenu compte de ce fait dans l\u2019application de l\u2019al. 515(10) c) C.cr . Que le crime soit qualifi\u00e9 par la Cour d\u2019horrible, d\u2019odieux, de haineux ou d\u2019inexpliqu\u00e9 ne constitue qu\u2019une constatation, une description des faits que la Cour a consid\u00e9r\u00e9s dans son analyse de l\u2019al. 515(10) c) C.cr . On ne saurait y voir des conditions ou des pr\u00e9alables exig\u00e9s par la Cour.<\/p>\n<p>[47] Selon moi, le caract\u00e8re \u00ab inexplicable \u00bb ou \u00ab inexpliqu\u00e9 \u00bb du crime n\u2019est pas un crit\u00e8re qui devrait guider les juges dans leur analyse de l\u2019al. 515(10) c). En effet, au-del\u00e0 du fait que le libell\u00e9 de cette disposition ne pr\u00e9voit m\u00eame pas ce crit\u00e8re, je suis d\u2019avis que cette notion est ambigu\u00eb et source de confusion. Qu\u2019entend-on par un crime \u00ab inexplicable \u00bb? Est-ce un crime visant une victime au hasard? Un crime que seule une personne non dot\u00e9e de raison pourrait commettre? Un crime particuli\u00e8rement horrible?<\/p>\n<p>[48] De plus, bon nombre de crimes peuvent \u00eatre \u00ab explicables \u00bb d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, soit par exemple parce que la victime a provoqu\u00e9 son agresseur, parce que l\u2019auteur souffrait d\u2019une maladie mentale ou encore parce que l\u2019auteur \u00e9tait intoxiqu\u00e9. En ce sens, le crit\u00e8re du crime \u00ab inexplicable \u00bb est peu utile.<\/p>\n<p>[49] De surcro\u00eet, l\u2019utilisation d\u2019un crit\u00e8re fond\u00e9e sur la notion de crime \u00ab inexplicable \u00bb pourrait donner lieu \u00e0 des conclusions peu souhaitables. Des crimes carr\u00e9ment odieux et horribles pourraient en effet ne pas satisfaire \u00e0 ce crit\u00e8re. Cette notion risque donc de cr\u00e9er dans l\u2019esprit du public l\u2019impression que les juges \u00ab justifient \u00bb certains crimes, soit ceux qui sont \u00ab explicables \u00bb. Bien que dans l\u2019arr\u00eat Hall, notre Cour ait parl\u00e9 du meurtre en cause comme \u00e9tant un meurtre \u00ab inexpliqu\u00e9 et inexplicable \u00bb, sa d\u00e9cision reposait d\u2019abord et avant tout sur le caract\u00e8re sauvage et odieux du crime, sur la preuve convaincante le reliant \u00e0 l\u2019accus\u00e9 et sur le fait que la population \u00e9tait effray\u00e9e : par. 25. En tout \u00e9tat de cause, les d\u00e9rives de la jurisprudence depuis l\u2019arr\u00eat Hall ainsi que les raisons que j\u2019ai soulev\u00e9es montrent qu\u2019il est n\u00e9cessaire de limiter le recours \u00e0 un tel crit\u00e8re. Il serait \u00e9galement sage que les juges saisis de demandes de mise en libert\u00e9 \u00e9vitent autant que possible d\u2019accoler une telle \u00e9tiquette aux circonstances des crimes reproch\u00e9s qui leur sont pr\u00e9sent\u00e9s, et ce, afin d\u2019\u00e9viter de cr\u00e9er cette impression de \u00ab justification \u00bb dans l\u2019esprit du public.<\/p>\n<p>[50] Par ailleurs, je suis d\u2019accord avec l\u2019appelante pour affirmer que la d\u00e9tention pourrait n\u2019\u00eatre justifi\u00e9e qu\u2019en de rares occasions, mais qu\u2019il ne s\u2019agit l\u00e0 que d\u2019une cons\u00e9quence de l\u2019application de l\u2019al. 515(10) c), et non d\u2019une condition pr\u00e9alable \u00e0 son application, d\u2019un crit\u00e8re dont doit tenir compte le tribunal dans son analyse ou du but de cette disposition.<\/p>\n<p>[51] Cette interpr\u00e9tation est conforme \u00e0 l\u2019observation suivante de notre Cour dans l\u2019arr\u00eat Hall :<\/p>\n<p>Bien que les circonstances dans lesquelles il est possible d\u2019invoquer ce motif de refus d\u2019accorder la mise en libert\u00e9 sous caution puissent \u00eatre rares, lorsqu\u2019elles se pr\u00e9sentent, il est essentiel de disposer d\u2019un moyen de refuser cette mise en libert\u00e9. [Je souligne; par. 31.]<\/p>\n<p>[52] Je suis d\u2019avis que l\u2019utilisation du crit\u00e8re de la \u00ab raret\u00e9 \u00bb des circonstances est vague et ing\u00e9rable en pratique. En effet, comment appliquer un tel crit\u00e8re? Le juge devrait-il se demander combien de causes ont \u00e9t\u00e9 entendues (devant sa juridiction, au Canada, dans la derni\u00e8re ann\u00e9e, etc.) et, en m\u00eame temps, s\u2019assurer que s\u2019il ordonne la d\u00e9tention dans l\u2019affaire dont il est saisi, les cas de d\u00e9tention fond\u00e9s sur l\u2019al. 515(10) c) demeureront \u00ab rares \u00bb? Devrait-il recenser les d\u00e9cisions o\u00f9 la d\u00e9tention a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e et se demander si les faits de l\u2019affaire devant lui sont identiques (ou presque) \u00e0 ceux en cause dans ces d\u00e9cisions? En tout \u00e9tat de cause, il me semble que le crit\u00e8re de la \u00ab raret\u00e9 \u00bb des circonstances am\u00e8nerait le juge \u00e0 se livrer \u00e0 un exercice de comparaison et, donc, \u00e0 s\u2019\u00e9loigner de l\u2019examen attentif des circonstances propres \u00e0 chaque esp\u00e8ce que requiert la question. \u00c0 mon avis, une telle approche comparative risquerait de miner la confiance du public envers l\u2019administration de la justice.<\/p>\n<p>[53] De plus, l\u2019appelante signale \u00e0 juste titre que le libell\u00e9 de l\u2019al. 515(10) c) C.cr . est clair et n\u2019exige pas des circonstances exceptionnelles ou rares. Cette interpr\u00e9tation est conforme \u00e0 la r\u00e9cente d\u00e9cision de notre Cour dans R. c. Summers, 2014 CSC 26, [2014] 1 R.C.S. 575, qui portait sur les par. 719(3) et 719(3.1) C.cr . relatifs \u00e0 la d\u00e9termination de la peine. Le paragraphe 719(3) pr\u00e9voit que pour fixer la peine \u00e0 infliger \u00e0 une personne d\u00e9clar\u00e9e coupable d\u2019une infraction, le tribunal peut prendre en compte toute p\u00e9riode que la personne a pass\u00e9e sous garde par suite de l\u2019infraction, \u00e0 raison d\u2019un maximum d\u2019un jour pour chaque jour pass\u00e9 sous garde. Le paragraphe 719(3.1) pr\u00e9cise toutefois que \u00ab si les circonstances le justifient \u00bb, le maximum peut \u00eatre port\u00e9 \u00e0 un jour et demi pour chaque jour pass\u00e9 sous garde. La Cour a interpr\u00e9t\u00e9 ainsi cette disposition :<\/p>\n<p>. . . le libell\u00e9 de cette disposition n\u2019est pas limitatif quant aux donn\u00e9es qui peuvent constituer des \u00ab circonstances \u00bb. Il aurait \u00e9t\u00e9 facile pour le l\u00e9gislateur de pr\u00e9ciser que seules des \u00ab circonstances exceptionnelles \u00bb ou d\u2019\u00ab autres circonstances que la perte li\u00e9e \u00e0 l\u2019admissibilit\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration anticip\u00e9e et \u00e0 la lib\u00e9ration conditionnelle \u00bb justifient l\u2019octroi d\u2019un cr\u00e9dit major\u00e9.<\/p>\n<p>La juge Cronk signale que, ailleurs dans le Code criminel , le l\u00e9gislateur emploie un libell\u00e9 qui restreint la port\u00e9e du mot \u00ab circonstances \u00bb. Par exemple, il renvoie \u00e0 des \u00ab circonstances exceptionnelles \u00bb au par. 672.14(3) (une ordonnance d\u2019\u00e9valuation de l\u2019aptitude de l\u2019accus\u00e9 \u00e0 subir son proc\u00e8s n\u2019est en vigueur que pendant 30 jours, mais elle peut valoir pour une p\u00e9riode de 60 jours si des \u00ab circonstances exceptionnelles \u00bb l\u2019exigent), au par. 672.47(2) (lorsqu\u2019un accus\u00e9 est jug\u00e9 inapte \u00e0 subir son proc\u00e8s, une d\u00e9cision doit \u00eatre rendue dans les 45 jours, sauf \u00ab circonstances exceptionnelles \u00bb, auquel cas le d\u00e9lai peut \u00eatre prolong\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 un maximum de 90 jours) et au par. 742.6(16) (lorsqu\u2019un d\u00e9linquant enfreint une ordonnance de sursis, une partie de la p\u00e9riode de suspension peut, dans les \u00ab cas exceptionnels \u00bb, \u00eatre r\u00e9put\u00e9e valoir comme temps \u00e9coul\u00e9).<\/p>\n<p>L\u2019absence de d\u00e9limitation des \u00ab circonstances \u00bb vis\u00e9es au par. 719(3.1) est r\u00e9v\u00e9latrice, car le l\u00e9gislateur limite l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit major\u00e9 et le refuse au d\u00e9linquant qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 sous caution principalement \u00e0 cause d\u2019une condamnation ant\u00e9rieure (par. 515(9.1)), \u00e0 celui qui a viol\u00e9 les conditions de sa mise en libert\u00e9 sous caution (al. 524(4)a) et 524(8)a)) et \u00e0 celui qui a commis un acte criminel lorsqu\u2019il \u00e9tait en libert\u00e9 sous caution (al. 524(4)b) et 524(8)b)). Le l\u00e9gislateur a clairement consid\u00e9r\u00e9 les circonstances dans lesquelles le par. 719(3.1) ne devait pas s\u2019appliquer, mais il n\u2019a pas limit\u00e9 les \u00ab circonstances \u00bb qui justifient son application. [Je souligne.]<\/p>\n<p>(Summers, par. 37-39)<\/p>\n<p><b>[54] En conclusion, le recours \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) ne se limite pas aux circonstances exceptionnelles, aux crimes \u00ab inexplicables \u00bb ou encore \u00e0 certains types de crimes comme le meurtre. Le minist\u00e8re public peut l\u2019invoquer pour tout type de crimes, mais il devra faire la preuve \u2014 sous r\u00e9serve des cas pr\u00e9vus au par. 515(6) \u2014 que la d\u00e9tention de l\u2019accus\u00e9 est justifi\u00e9e afin de ne pas miner la confiance du public envers l\u2019administration de la justice.<\/b><\/p>\n<p>[55] L\u2019alin\u00e9a 515(10) c) mentionne express\u00e9ment quatre circonstances dont le juge doit tenir compte afin de d\u00e9terminer si la d\u00e9tention de l\u2019accus\u00e9 est n\u00e9cessaire pour ne pas miner la confiance du public envers l\u2019administration de la justice. Le juge doit appr\u00e9cier chacune de ces circonstances \u2014 ou facteurs \u2014 et prendre en consid\u00e9ration leur effet conjugu\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019un exercice de pond\u00e9ration qui am\u00e8nera le juge \u00e0 d\u00e9cider si la d\u00e9tention est justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>[56] Je signale qu\u2019il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que, \u00e0 cette \u00e9tape des proc\u00e9dures criminelles, l\u2019accus\u00e9 est encore pr\u00e9sum\u00e9 innocent, peu importe la gravit\u00e9 de l\u2019infraction, le caract\u00e8re probant de la preuve de la poursuite ou la possibilit\u00e9 d\u2019une longue peine d\u2019emprisonnement.<\/p>\n<p>(i) Le fait que l\u2019accusation para\u00eet fond\u00e9e<\/p>\n<p>[57] L\u2019enqu\u00eate sur la mise en libert\u00e9 provisoire est une proc\u00e9dure sommaire o\u00f9 l\u2019application de r\u00e8gles de preuve plus souples est autoris\u00e9e. Ainsi, certaines preuves admises \u00e0 l\u2019occasion de cette enqu\u00eate peuvent \u00eatre par la suite exclues au proc\u00e8s. Comme le souligne le juge Trotter, il peut \u00eatre difficile d\u2019\u00e9valuer la force du dossier du poursuivant \u00e0 l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9 : [traduction] \u00ab La nature exp\u00e9ditive et quelquefois informelle de l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9 sous caution peut refl\u00e9ter l\u2019existence d\u2019une preuve \u00e0 charge excessivement forte \u00bb (p. 3-7).<\/p>\n<p>[58] Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s inh\u00e9rentes au processus de mise en libert\u00e9, le juge doit d\u00e9cider si l\u2019accusation para\u00eet fond\u00e9e. D\u2019une part, le poursuivant n\u2019est pas tenu de prouver hors de tout doute raisonnable que l\u2019accus\u00e9 a commis l\u2019infraction. Et le juge doit se garder de jouer le r\u00f4le du juge du proc\u00e8s ou du jury : la cr\u00e9dibilit\u00e9 des t\u00e9moins, la fiabilit\u00e9 de la preuve scientifique et d\u2019autres questions devront \u00eatre analys\u00e9es lors du proc\u00e8s et non \u00e0 l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9. Cela dit, le juge qui pr\u00e9side cette audience doit tenir compte de la qualit\u00e9 de la preuve pr\u00e9sent\u00e9e par le poursuivant afin de d\u00e9terminer le poids qu\u2019il accordera \u00e0 ce facteur dans son exercice de pond\u00e9ration. \u00c0 titre d\u2019exemple, des \u00e9l\u00e9ments de preuve mat\u00e9rielle peuvent s\u2019av\u00e9rer plus fiables que la simple d\u00e9claration d\u2019un t\u00e9moin, et une preuve circonstancielle peut \u00eatre moins fiable qu\u2019une preuve directe. L\u2019existence de nombreux \u00e9l\u00e9ments de preuve peut \u00e9galement avoir pour effet de renforcer l\u2019apparence de fondement de l\u2019accusation.<\/p>\n<p>[59] D\u2019autre part, le juge doit \u00e9galement consid\u00e9rer tout moyen de d\u00e9fense soulev\u00e9 par l\u2019accus\u00e9. Il est probable que cela ne survienne qu\u2019\u00e0 l\u2019audience relative \u00e0 la mise en libert\u00e9 tenue \u00e0 la fin de l\u2019enqu\u00eate pr\u00e9liminaire plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019audience initiale. Il se peut m\u00eame que l\u2019accus\u00e9 n\u2019invoque aucun moyen de d\u00e9fense avant le proc\u00e8s. Mais s\u2019il le fait, cela fait partie des \u00e9l\u00e9ments que le juge doit \u00e9valuer et, si la d\u00e9fense para\u00eet fond\u00e9e, il doit en tenir compte dans son analyse de l\u2019apparence de fondement de l\u2019accusation. Comme le soulignait la Cour d\u2019appel du Qu\u00e9bec dans une d\u00e9cision relativement r\u00e9cente, \u00ab il serait en effet injuste de permettre \u00e0 la poursuite de faire \u00e9tat de la preuve \u00e0 charge sans que le juge puisse consid\u00e9rer non seulement ses faiblesses, mais aussi les moyens de d\u00e9fense qu\u2019elle laisse [entre]voir \u00bb : R. c. Coates, 2010 QCCA 919, par. 19.<\/p>\n<p>(ii) La gravit\u00e9 de l\u2019infraction<\/p>\n<p>[60] Pour les besoins de l\u2019al. 515(10) c), il s\u2019agit pour le juge de d\u00e9terminer la gravit\u00e9 \u00ab objective \u00bb de l\u2019infraction, c\u2019est-\u00e0-dire par rapport aux autres infractions du Code criminel . Cette gravit\u00e9 s\u2019\u00e9value en fonction de la sentence maximale \u2013 et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de la sentence minimale \u2013 pr\u00e9vue par le Code criminel \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019infraction.<\/p>\n<p>(iii) Les circonstances entourant la perp\u00e9tration de l\u2019infraction, y compris l\u2019usage d\u2019une arme \u00e0 feu<\/p>\n<p>[61] Sans dresser une liste exhaustive des circonstances entourant la perp\u00e9tration de l\u2019infraction qui peuvent \u00eatre pertinentes pour l\u2019application de l\u2019al. 515(10) c), mentionnons les suivantes : le caract\u00e8re violent, odieux ou haineux de l\u2019infraction, le fait que celle-ci s\u2019inscrive dans un contexte de violence domestique, de gang criminel ou d\u2019organisation terroriste, et le fait qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 commise \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une personne vuln\u00e9rable (par exemple, un enfant, une personne \u00e2g\u00e9e ou une personne souffrant d\u2019une d\u00e9ficience). S\u2019il s\u2019agit d\u2019une infraction commise par plusieurs personnes, le degr\u00e9 de participation de l\u2019accus\u00e9 peut s\u2019av\u00e9rer pertinent. Les facteurs aggravants ou att\u00e9nuants dont le tribunal tient compte dans la d\u00e9termination de la peine peuvent \u00e9galement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>(iv) Le fait que le pr\u00e9venu encourt une longue peine d\u2019emprisonnement<\/p>\n<p>[62] La quatri\u00e8me circonstance \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) est \u00ab le fait que le pr\u00e9venu encourt, en cas de condamnation, une longue peine d\u2019emprisonnement ou, s\u2019agissant d\u2019une infraction mettant en jeu une arme \u00e0 feu, une peine minimale d\u2019emprisonnement d\u2019au moins trois ans \u00bb.<\/p>\n<p>[63] Bien qu\u2019il ne soit pas souhaitable d\u2019\u00e9tablir, pour les besoins de l\u2019al. 515(10) c) C.cr ., une r\u00e8gle fixant pr\u00e9cis\u00e9ment le nombre d\u2019ann\u00e9es qui constitue une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb, certaines indications sont toutefois n\u00e9cessaires afin de baliser l\u2019exercice auquel doivent se livrer \u00e0 cet \u00e9gard les juges d\u00e9cideurs.<\/p>\n<p>[64] En premier lieu, comme j\u2019ai conclu qu\u2019aucun crime n\u2019\u00e9tait exempt\u00e9 de l\u2019application possible de l\u2019al. 515(10) c) C.cr ., il coule de source qu\u2019une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb ne s\u2019entend pas seulement des peines d\u2019emprisonnement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p>[65] De plus, afin de d\u00e9terminer, au cas par cas, si l\u2019accus\u00e9 encourt r\u00e9ellement une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb, le juge doit tenir compte de toutes les circonstances connues au moment de l\u2019audience et des principes devant moduler la peine applicable. Toutefois, cela ne signifie pas que le juge est justifi\u00e9 de se livrer \u00e0 un complexe calcul de la peine que l\u2019accus\u00e9 pourrait recevoir, car, faut-il le rappeler, la mise en libert\u00e9 provisoire survient au d\u00e9but du processus p\u00e9nal et le juge doit \u00e9viter de se substituer au juge du proc\u00e8s. Cela dit, il arrivera dans certains cas que des circonstances att\u00e9nuantes ou aggravantes appara\u00eetront suffisamment fond\u00e9es pour que le juge puisse les prendre en compte pour d\u00e9terminer si l\u2019accus\u00e9 encourt une \u00ab longue peine d\u2019emprisonnement \u00bb. Dans la mesure du possible, cette quatri\u00e8me circonstance s\u2019\u00e9value donc de fa\u00e7on subjective, contrairement \u00e0 la deuxi\u00e8me circonstance \u2014 la gravit\u00e9 de l\u2019infraction \u2014 qui s\u2019\u00e9value quant \u00e0 elle de mani\u00e8re objective.<\/p>\n<p>(c) Les circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es ne sont pas exhaustives<\/p>\n<p>[66] Se fondant sur l\u2019arr\u00eat R. c. Mordue (2006), 223 C.C.C. (3d) 407 (C.A. Ont.), l\u2019appelante soutient que, lorsque les quatre circonstances \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) jouent en faveur d\u2019une ordonnance de d\u00e9tention, celle-ci s\u2019impose, \u00e0 moins que d\u2019autres \u00ab circonstances \u00bb puissent justifier une ordonnance de mise en libert\u00e9.<\/p>\n<p>[67] J\u2019estime que l\u2019appelante a tort.<\/p>\n<p>[68] Le libell\u00e9 de l\u2019al. 515(10) c) ne pourrait \u00eatre plus clair : il est question de \u00ab toutes les circonstances, notamment les suivantes \u00bb. Sans me prononcer sur la validit\u00e9 d\u2019un libell\u00e9 diff\u00e9rent, je suis d\u2019avis que, si le l\u00e9gislateur avait voulu que l\u2019ordonnance de d\u00e9tention soit automatique lorsque les quatre circonstances \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 cet alin\u00e9a jouent en faveur d\u2019une telle ordonnance, il aurait r\u00e9dig\u00e9 la disposition diff\u00e9remment. Le l\u00e9gislateur a plut\u00f4t souhait\u00e9 le contraire. Comme la Juge en chef l\u2019a affirm\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat Hall, le juge saisi d\u2019une demande de d\u00e9tention fond\u00e9e sur l\u2019al. 515(10) c) doit tenir compte de toutes les circonstances pertinentes, mais il doit pr\u00eater une attention particuli\u00e8re aux facteurs \u00e9nonc\u00e9s par le l\u00e9gislateur : par. 41. L\u2019argument de la d\u00e9tention automatique me semble d\u2019ailleurs contraire aux propos de la Juge en chef au par. 41 :<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, le juge peut refuser d\u2019accorder la mise en libert\u00e9 sous caution uniquement s\u2019il est persuad\u00e9, \u00e0 la lumi\u00e8re de ces facteurs et des circonstances connexes, qu\u2019un membre raisonnable de la collectivit\u00e9 serait convaincu que ce refus est n\u00e9cessaire pour ne pas miner la confiance du public dans l\u2019administration de la justice. [Je souligne.]<\/p>\n<p>[69] De plus, l\u2019argument de la d\u00e9tention automatique n\u00e9glige le fait que le test \u00e0 satisfaire pour les besoins de l\u2019al. 515(10) c) est la question de savoir si la d\u00e9tention de l\u2019accus\u00e9 est n\u00e9cessaire afin de ne pas miner la confiance du public envers l\u2019administration de la justice. Les quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es ne sont que les principaux \u00e9l\u00e9ments que le juge doit pond\u00e9rer en sus de tout autre \u00e9l\u00e9ment pertinent, afin de d\u00e9terminer si, dans l\u2019affaire qui l\u2019occupe, la d\u00e9tention est n\u00e9cessaire pour r\u00e9aliser l\u2019objectif poursuivi : le maintien de la confiance du public envers l\u2019administration de la justice au pays. Telle est la finalit\u00e9 de cet alin\u00e9a. M\u00eame si le juge doit prendre connaissance de toutes les circonstances de l\u2019affaire et se livrer \u00e0 un exercice de pond\u00e9ration, c\u2019est cette question ultime que le juge doit trancher, et qui doit donc le guider dans sa d\u00e9cision. Soutenir qu\u2019il y a automatiquement d\u00e9tention si l\u2019examen des quatre circonstances favorise celle-ci est incompatible avec l\u2019exercice de pond\u00e9ration \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 l\u2019al. 515(10) c) et avec l\u2019objectif ainsi recherch\u00e9.<\/p>\n<p>[70] Enfin, il ne faut surtout pas oublier qu\u2019en droit canadien, la r\u00e8gle cardinale est la mise en libert\u00e9 de l\u2019accus\u00e9 et la d\u00e9tention, l\u2019exception : Morales, p. 728. Le fait d\u2019ordonner automatiquement la d\u00e9tention irait \u00e0 l\u2019encontre du \u00ab droit fondamental \u00e0 une mise en libert\u00e9 assortie d\u2019un cautionnement raisonnable sauf s\u2019il existe une juste cause justifiant le refus de l\u2019accorder \u00bb, garanti par l\u2019al. 11e) de la Charte : Pearson, p. 691. \u00c0 son tour, ce droit repose sur la pierre angulaire du droit p\u00e9nal canadien, soit la pr\u00e9somption d\u2019innocence, garantie par l\u2019al. 11d) de la Charte (Hall, par. 13). Ces droits fondamentaux exigent que le juge s\u2019assure que la d\u00e9tention provisoire est r\u00e9ellement justifi\u00e9e, eu \u00e9gard \u00e0 toutes les circonstances pertinentes de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>[71] Sans \u00e9noncer ici une liste exhaustive des circonstances qui sont pertinentes dans l\u2019analyse requise par l\u2019al. 515(10) c) C.cr ., je crois utile d\u2019en mentionner quelques exemples. Le sous-alin\u00e9a 515(10) c)(iii) \u00e9voque les \u00ab circonstances entourant [la] perp\u00e9tration [de l\u2019infraction] \u00bb. J\u2019ajouterai que les circonstances propres \u00e0 l\u2019accus\u00e9 peuvent \u00e9galement \u00eatre pertinentes (son \u00e2ge, ses ant\u00e9c\u00e9dents criminels, sa condition physique ou mentale, son appartenance \u00e0 une organisation criminelle, etc.). De m\u00eame, le juge pourra consid\u00e9rer le statut de la victime et l\u2019impact sur la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019un crime commis contre cette personne. Dans certains cas, le juge pourrait aussi tenir compte du fait que le proc\u00e8s de l\u2019accus\u00e9 aura lieu \u00e0 une date tr\u00e8s \u00e9loIgn\u00e9es.<\/p>\n<p><i>La notion de public<\/i><\/p>\n<p class=\"Title4LevelTitre4Niveau\">(d)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La notion de \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[72]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il convient de souligner que bien que la version fran\u00e7aise de l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) \u00e9voque la notion de \u00ab\u00a0confiance du public\u00a0\u00bb, le mot \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb ne figure pas dans la version anglaise de l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) : \u00ab\u00a0<i>if the detention is necessary to maintain confidence in the administration of justice, having regard to all the circumstances, including<\/i>. . .\u00a0\u00bb. Cependant, notre Cour a confirm\u00e9 que le motif de d\u00e9tention de cet alin\u00e9a est la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas miner la confiance<i> <\/i>du<i> public<\/i> envers l\u2019administration de la justice\u00a0:<i> Hall<\/i>, par. 41. En cons\u00e9quence, l\u2019exercice de pond\u00e9ration de toutes les circonstances auquel doit se livrer le juge en application de l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) doit \u00eatre en tout temps guid\u00e9 par le point de vue du \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[73]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat <i>Mordue<\/i>, la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario a fait une analyse int\u00e9ressante du lien entre la notion de \u00ab\u00a0confiance du public\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) et celle de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0du public\u00a0\u00bb mentionn\u00e9e \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>b<\/i>)\u00a0:<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpFirst\">[traduction]<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\"><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\"><u>Bien que pertinentes, les craintes et les inqui\u00e9tudes du public \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa s\u00e9curit\u00e9 ne sont pas les seules consid\u00e9rations applicables pour appr\u00e9cier la confiance du public envers l\u2019administration de la justice. <\/u>L\u2019effet de la lib\u00e9ration de l\u2019accus\u00e9 sur la confiance du public envers l\u2019administration de la justice doit \u00eatre examin\u00e9 plus largement.<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\"><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\"><u>Le fait de limiter l\u2019analyse de la question de la confiance envers l\u2019administration de la justice aux inqui\u00e9tudes du public relativement \u00e0 sa s\u00e9curit\u00e9 a pour r\u00e9sultat que le troisi\u00e8me motif ne constitue gu\u00e8re plus qu\u2019une r\u00e9p\u00e9tition du deuxi\u00e8me motif.<\/u> [. . .]<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\"><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpLast\">En l\u2019esp\u00e8ce, le juge saisi de la demande de cautionnement a accord\u00e9 un poids d\u00e9cisif \u00e0 la qualit\u00e9 des arrangements relatifs \u00e0 la mise en libert\u00e9 sous caution de l\u2019intim\u00e9.\u00a0 Ce faisant, il a commis une erreur en omettant de se demander si le troisi\u00e8me motif ne constituait pas une raison distincte de refuser la lib\u00e9ration sous caution. Apr\u00e8s avoir consid\u00e9r\u00e9 comme il se doit le degr\u00e9 d\u2019inqui\u00e9tude du public sur le plan de la s\u00e9curit\u00e9, le juge saisi de la demande de cautionnement a fait erreur en ne poursuivant pas son analyse afin de se demander quel effet la mise en libert\u00e9 de l\u2019intim\u00e9 aurait, de fa\u00e7on plus large, sur la confiance du public envers l\u2019administration de la justice. [Je souligne; par. 23-25.]<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[74]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans l\u2019arr\u00eat <i>Hall<\/i>, notre Cour a pr\u00e9cis\u00e9 que la notion de \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb s\u2019entend d\u2019un membre raisonnable de la collectivit\u00e9\u00a0bien inform\u00e9 \u00ab\u00a0de la philosophie des dispositions l\u00e9gislatives, des valeurs consacr\u00e9es par la <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/annexe-b-de-la-loi-de-1982-sur-le-canada-r-u-1982-c-11-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Charte<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i> et des circonstances r\u00e9elles de l\u2019affaire\u00a0\u00bb\u00a0: par. 41, citant <i>R. c. Nguyen<\/i> (1997), 119 C.C.C. (3d) 269 (C.A. C.-B.), par. 18.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[75]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans une d\u00e9cision rendue avant l\u2019arr\u00eat <i>Hall<\/i> et portant sur l\u2019ancien motif fond\u00e9 sur l\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat public\u00a0\u00bb pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>b<\/i>)<i> <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>.<\/i>, la Cour d\u2019appel du Qu\u00e9bec s\u2019est exprim\u00e9e ainsi\u00a0:<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpFirst\">S\u2019agissant tout d\u2019abord de la perception du public, comme on le sait, face aux criminels ou aux criminels en puissance, <u>une large partie du public canadien adopte souvent une attitude n\u00e9gative et parfois passionn\u00e9e<\/u>. Elle veut se voir prot\u00e9g[\u00e9e], voir les criminels en prison et les voir ch\u00e2ti[\u00e9s] durement.\u00a0 Se d\u00e9barrasser du criminel, c\u2019est se d\u00e9barrasser du crime.\u00a0 <u>Elle per\u00e7oit alors ind\u00fbment le syst\u00e8me judiciaire et celui de l\u2019administration de la justice en g\u00e9n\u00e9ral comme trop indulgent<\/u>, trop mou, trop bon pour le criminel. <u>Cette perception, presque visc\u00e9rale, face au crime n\u2019est s\u00fbrement pas celle sur laquelle le juge doit se fonder pour d\u00e9cider de la remise en libert\u00e9.<\/u> Dans cette hypoth\u00e8se, en effet, les personnes accus\u00e9es de certains types d\u2019infraction ne seraient jamais remises en libert\u00e9 parce que la perception du public est n\u00e9gative \u00e0 l\u2019\u00e9gard du type de crime commis, alors que d\u2019autres, au contraire, seraient presque automatiquement lib\u00e9r\u00e9es vu la perception plus neutre ou plus indulgente du public. [. . .] <u>C\u2019est donc \u00e0 un autre niveau qu\u2019il faut se placer, soit celui d\u2019un public raisonnablement inform\u00e9 de notre syst\u00e8me de droit p\u00e9nal<\/u> et capable de juger et de percevoir sans passion que l\u2019application de la pr\u00e9somption d\u2019innocence, m\u00eame au niveau de la libert\u00e9 provisoire, a pour effet qu\u2019effectivement des gens qui, plus tard, seront trouv\u00e9s coupables, m\u00eame de crimes s\u00e9rieux, auront cependant retrouv\u00e9 leur libert\u00e9 entre le moment de leur arrestation et celui de leur proc\u00e8s. En d\u2019autres termes, le crit\u00e8re de la perception du public ne doit pas s\u2019exercer \u00e0 partir du plus petit commun d\u00e9nominateur. [Je souligne.]<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpLast\">(<i>R. c. Lamothe<\/i>, [1990] R.J.Q. 973 (C.A.), p. 981)<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[76]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je suis d\u2019avis que ces enseignements sont toujours pertinents.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[77]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 M\u00eame si le motif fond\u00e9 sur l\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat public\u00a0\u00bb a depuis \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 inconstitutionnel, ces passages sont utiles pour rappeler que la notion de \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb vis\u00e9e au nouvel <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) ne s\u2019entend pas du justiciable canadien trop prompt \u00e0 r\u00e9agir de fa\u00e7on \u00e9motive. Cela dit, s\u2019il est vrai que le public dont il est question \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) n\u2019est pas un membre trop \u00e9motif de la collectivit\u00e9, mais plut\u00f4t une personne raisonnable et bien inform\u00e9e, certaines d\u00e9cisions me semblent avoir vid\u00e9 de tout son sens cette notion de \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb. Le l\u00e9gislateur a fait un choix expr\u00e8s en demandant aux tribunaux de tenir compte de la confiance du \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb envers l\u2019administration de la justice lorsqu\u2019ils d\u00e9cident si un accus\u00e9 devrait \u00eatre d\u00e9tenu en attendant son proc\u00e8s. Il n\u2019a pas fait mention d\u2019un juriste ou d\u2019un juge, mais bien du \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb. Il faut donc donner un sens \u00e0 ce choix l\u00e9gislatif. En cons\u00e9quence, la confiance du public ne saurait \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 la confiance des juristes envers l\u2019administration de la justice. On ne peut attendre de la population canadienne \u2014 m\u00eame de ses membres les mieux inform\u00e9s \u2014 le m\u00eame niveau de connaissances juridiques qu\u2019un juge ou un avocat. Ce serait l\u00e0 d\u00e9naturer la notion de \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb. Ce serait \u00e9galement faire abstraction de l\u2019objectif de cette disposition, qui consiste \u00e0 assurer le maintien de la confiance du public envers l\u2019administration de la justice.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[78]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je souligne que cette position est similaire \u00e0 celle adopt\u00e9e par notre Cour au sujet du <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/annexe-b-de-la-loi-de-1982-sur-le-canada-r-u-1982-c-11-fr#!fragment\/art24par2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">par. 24(2)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> de la <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/annexe-b-de-la-loi-de-1982-sur-le-canada-r-u-1982-c-11-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Charte<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i>, qui pr\u00e9voit l\u2019exclusion d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve obtenus en violation de celle-ci lorsque \u00ab\u00a0leur utilisation est susceptible de d\u00e9consid\u00e9rer l\u2019administration de la justice\u00a0\u00bb. Dans l\u2019arr\u00eat <i>R. c.<\/i> <i>Collins<\/i>, [1987] 1 R.C.S. 265, s\u2019exprimant au nom de la majorit\u00e9, le juge Lamer a utilis\u00e9 la formule imag\u00e9e suivante pour \u00e9noncer la question pertinente : \u00ab\u00a0L\u2019utilisation des \u00e9l\u00e9ments de preuve est-elle susceptible de d\u00e9consid\u00e9rer l\u2019administration de la justice aux yeux de l\u2019homme raisonnable, objectif et bien inform\u00e9 de toutes les circonstances de l\u2019affaire?\u00a0\u00bb\u00a0: (p. 282, citantY.-M. Morissette, \u00ab\u00a0The Exclusion of Evidence under the <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/annexe-b-de-la-loi-de-1982-sur-le-canada-r-u-1982-c-11-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Canadian Charter of Rights and Freedoms<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <\/i>: What To Do and What Not To Do\u00a0\u00bb (1984), 29 <i>R.D. McGill<\/i> 521, p. 538). Le juge Lamer a pr\u00e9cis\u00e9 que \u00ab\u00a0[l]a personne raisonnable est habituellement la personne moyenne dans la soci\u00e9t\u00e9, mais uniquement lorsque l\u2019humeur courante de la soci\u00e9t\u00e9 est raisonnable\u00a0\u00bb\u00a0: <i>Collins<\/i>, p. 282. Il a expliqu\u00e9 que le crit\u00e8re de la personne raisonnable \u00ab\u00a0sert \u00e0 rappeler \u00e0 chaque juge que son pouvoir discr\u00e9tionnaire est enracin\u00e9 dans les valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 et, en particulier, ses valeurs \u00e0 long terme. Il ne doit pas rendre une d\u00e9cision que la soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e9rerait inacceptable lorsque celle\u2011ci n\u2019est pas d\u00e9chir\u00e9e par la passion ou autrement tiraill\u00e9e par des \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9sents\u00a0\u00bb\u00a0: <i>ibid<\/i>., p. 283; voir aussi <i>R. c. Burlingham<\/i>, [1995] 2 R.C.S. 206, par. 142.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[79]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce membre raisonnable du public conna\u00eet donc les rudiments de notre \u00c9tat de droit et il est sensible \u00e0 nos valeurs fondamentales en droit p\u00e9nal, dont celles prot\u00e9g\u00e9es par la <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/annexe-b-de-la-loi-de-1982-sur-le-canada-r-u-1982-c-11-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Charte<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i>.<i> <\/i>Il ne fait aucun doute qu\u2019il est au fait de l\u2019importance de la pr\u00e9somption d\u2019innocence et du droit \u00e0 la libert\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9. Il sait qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de droits fondamentaux, garantis par notre Constitution. Cette personne s\u2019attend aussi \u00e0 ce que les personnes accus\u00e9es d\u2019un crime subissent leur proc\u00e8s dans un d\u00e9lai raisonnable, et elle conna\u00eet l\u2019adage selon lequel [traduction] \u00ab\u00a0justice retard\u00e9e \u00e9quivaut \u00e0 justice d\u00e9ni\u00e9e \u00bb\u00a0: <i>R. c. Trout<\/i>, 2006 MBCA 96, 205 Man. R. (2d) 277, par. 15. Enfin, elle sait que les infractions criminelles requi\u00e8rent la preuve d\u2019une intention coupable (<i>mens rea<\/i>) et que certaines d\u00e9fenses tendent \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019absence de cette intention. Un exemple bien connu de ce type de d\u00e9fense est celle relative aux troubles mentaux. La personne envisag\u00e9e \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>.<\/i> comprend donc que, une fois \u00e9tablie, cette d\u00e9fense permet \u00e0 l\u2019accus\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 sa responsabilit\u00e9 criminelle. Cela dit, il serait exag\u00e9r\u00e9 de s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019elle ma\u00eetrise toutes les subtilit\u00e9s de moyens de d\u00e9fense complexes, particuli\u00e8rement lorsque la preuve de l\u2019acte criminel est accablante, que les circonstances du crime sont odieuses et que l\u2019accus\u00e9 reconna\u00eet l\u2019avoir commis.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[80]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bref, la personne vis\u00e9e \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> est donc une personne r\u00e9fl\u00e9chie et non une personne aux r\u00e9actions \u00e9motives, mal inform\u00e9e sur les circonstances d\u2019une affaire ou en d\u00e9saccord avec les valeurs fondamentales de notre soci\u00e9t\u00e9. Mais cette personne n\u2019est pas un juriste qui conna\u00eet tous les rudiments du syst\u00e8me de justice criminelle, les \u00e9l\u00e9ments constitutifs des infractions criminelles ou les subtilit\u00e9s de l\u2019intention criminelle et des d\u00e9fenses disponibles aux accus\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[81]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je con\u00e7ois qu\u2019il n\u2019est certes pas facile pour les juges de trouver le juste \u00e9quilibre entre, d\u2019une part, leurs attentes peut-\u00eatre d\u00e9mesur\u00e9es envers le public, et d\u2019autre part, la n\u00e9cessit\u00e9 de refuser de c\u00e9der aux r\u00e9actions populaires mues uniquement par la passion. Cet exercice peut s\u2019av\u00e9rer particuli\u00e8rement d\u00e9licat en cette \u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par la multiplication et la diversification des sources d\u2019information, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des bulletins d\u2019information en continu et le ph\u00e9nom\u00e8ne des m\u00e9dias sociaux.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[82]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En effet, il est possible que la population canadienne croie qu\u2019elle est tr\u00e8s bien inform\u00e9e, mais ce n\u2019est malheureusement pas toujours le cas. En outre, la population est \u00e9galement en mesure de faire conna\u00eetre ses r\u00e9actions beaucoup plus rapidement, efficacement et largement que par le pass\u00e9, notamment par l\u2019entremise des m\u00e9dias sociaux \u00e9voqu\u00e9s plus haut, lesquels sont propices \u00e0 des r\u00e9actions en cha\u00eene. Pour cette raison, les tribunaux doivent se garder de c\u00e9der aux r\u00e9actions purement \u00e9motives de la population ou susceptibles d\u2019\u00eatre fond\u00e9es sur une connaissance inappropri\u00e9e des v\u00e9ritables circonstances de l\u2019affaire.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[83]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cependant, les tribunaux doivent aussi \u00eatre sensibles aux perceptions de la personne raisonnable et bien inform\u00e9e. Ce faisant, ils agissent \u00e0 la fois comme vigiles \u00e0 l\u2019\u00e9gard des mouvements de vindicte populaire et comme gardiens de la confiance du public envers notre syst\u00e8me de justice. Il serait en cons\u00e9quence dangereux, inappropri\u00e9 et erron\u00e9 pour un juge de fonder sa d\u00e9cision sur des reportages m\u00e9diatiques qui ne seraient nullement repr\u00e9sentatifs d\u2019un public bien inform\u00e9. La Cour d\u2019appel du Qu\u00e9bec a d\u2019ailleurs reconnu ce danger dans sa r\u00e9cente d\u00e9cision dans l\u2019affaire <i>R. c.<\/i> <i>Turcotte<\/i>, 2014 QCCA 2190\u00a0:<\/p>\n<p class=\"Citation-AltC\">La lecture des coupures de presse montre \u00e0 quel point il est dangereux de recourir \u00e0 ce mode de preuve. On y retrouve des opinions diverses, plus ou moins nuanc\u00e9es, plus ou moins objectives, plus ou moins mesur\u00e9es, plus ou moins superficielles. Plusieurs exposent des faits inexacts ou ne rapportent pas ceux qui sont essentiels. La plupart taisent les principes juridiques essentiels \u00e0 la prise de d\u00e9cision en mati\u00e8re de mise en libert\u00e9. Certaines opinions attisent la col\u00e8re et d\u00e9naturent le d\u00e9bat. Peu rapportent fid\u00e8lement les faits et rappellent correctement les principes applicables. Globalement, il faut convenir qu\u2019elles ne satisfont pas au crit\u00e8re de la personne raisonnable d\u00e9finie par la jurisprudence. [par. 68 (CanLII)]<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[84]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cela dit, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que cela ne signifie pas pour autant que les tribunaux doivent automatiquement occulter la preuve qui \u00e9mane des m\u00e9dias d\u2019information. Il faut reconna\u00eetre que les m\u00e9dias participent \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9 et refl\u00e8tent l\u2019opinion de certains segments de la population canadienne. Dans l\u2019arr\u00eat<i>Soci\u00e9t\u00e9 Radio-Canada c. Nouveau\u2011Brunswick (Procureur g\u00e9n\u00e9ral)<\/i>, [1991] 3 R.C.S. 459, p. 475, notre Cour soulignait\u00a0: \u00ab\u00a0Les m\u00e9dias ont un r\u00f4le primordial \u00e0 jouer dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique. Ce sont les m\u00e9dias qui, en r\u00e9unissant et en diffusant les informations, permettent aux membres de notre soci\u00e9t\u00e9 de se former une opinion \u00e9clair\u00e9e sur les questions susceptibles d\u2019avoir un effet important sur leur vie et leur bien-\u00eatre.\u00a0\u00bb Ainsi, lorsqu\u2019elle est admissible et pertinente, cette preuve d\u2019opinion peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e par les tribunaux. Ce sera le cas lorsqu\u2019elle correspondra \u00e0 celle de la personne raisonnable, telle que je l\u2019ai d\u00e9crite.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[85]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je souligne par ailleurs que, comme l\u2019affaire <i>Turcotte<\/i> n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 port\u00e9e devant notre Cour, il ne conviendrait pas que je me prononce sur le bien-fond\u00e9 de la conclusion de la Cour d\u2019appel sur la mise en libert\u00e9 dans cette affaire. Je me contenterai de signaler que la justesse de cette conclusion doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 l\u2019aune des principes que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[86]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Somme toute, la confiance du public envers l\u2019administration de la justice n\u2019est pas tributaire d\u2019une seule avenue. Cette confiance peut \u00eatre min\u00e9e tout autant lorsque le juge refuse d\u2019ordonner la d\u00e9tention provisoire d\u2019un accus\u00e9 dans des circonstances qui le justifient, que lorsqu\u2019il l\u2019ordonne alors qu\u2019elle est injustifi\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\"><em>En r\u00e9sum\u00e9<\/em><\/p>\n<p>[87]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je r\u00e9sumerais ainsi les principes essentiels qui doivent guider le juge dans l\u2019application de l\u2019<a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\">al. 515(10)\u00a0<\/a><em>c<\/em>) <em><a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\">C.cr\u00a0<\/a>.<\/em>\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019<a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\">alin\u00e9a 515(10)<\/a><em>c<\/em>) <em><a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\">C.cr\u00a0<\/a>.<\/em> ne pr\u00e9voit pas un motif r\u00e9siduel de d\u00e9tention, applicable seulement lorsque les deux premiers motifs de d\u00e9tention (al. <em>a<\/em>) et <em>b<\/em>)) ne sont pas satisfaits. Il s\u2019agit d\u2019un motif distinct permettant \u00e0 lui seul d\u2019ordonner la d\u00e9tention avant proc\u00e8s d\u2019un accus\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>L\u2019<a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\">alin\u00e9a 515(10)<\/a><em>c<\/em>) <em><a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\">C.cr\u00a0<\/a>.<\/em> ne doit pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 restrictivement (ou appliqu\u00e9 avec parcimonie), ni s\u2019appliquer que dans de rares cas ou circonstances exceptionnelles, ou pour certains types de crime seulement.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Les quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019<a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\">al. 515(10)<\/a><em>c<\/em>) <em><a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\">C.cr\u00a0<\/a>.<\/em> ne sont pas exhaustives.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Le tribunal ne doit pas automatiquement ordonner la d\u00e9tention m\u00eame si les quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es favorisent ce r\u00e9sultat.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Le tribunal doit plut\u00f4t tenir compte de toutes les circonstances propres \u00e0 chaque cas d\u2019esp\u00e8ce, en pr\u00eatant une attention particuli\u00e8re aux quatre circonstances \u00e9num\u00e9r\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Le caract\u00e8re \u00ab\u00a0inexplicable\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0inexpliqu\u00e9\u00a0\u00bb du crime n\u2019est pas un crit\u00e8re devant guider l\u2019analyse.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Aucune circonstance n\u2019est d\u00e9terminante en soi. Le juge doit consid\u00e9rer les effets combin\u00e9s de toutes les circonstances de chaque affaire qui lui permettront de d\u00e9terminer si la d\u00e9tention est justifi\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>.<\/p>\n<ul>\n<li>Il s\u2019agit d\u2019un exercice de pond\u00e9ration de toutes les circonstances pertinentes, au terme duquel le tribunal doit ultimement se poser la question suivante\u00a0: la d\u00e9tention est-elle n\u00e9cessaire pour ne pas miner la confiance du public envers l\u2019administration de la justice? Tel est le test \u00e0 satisfaire sous l\u2019<a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\">al. 515(10)<\/a><em>c<\/em>).<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, le tribunal doit adopter le point de vue du \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire celui d\u2019une personne raisonnable, bien inform\u00e9e de la philosophie des dispositions l\u00e9gislatives, des valeurs consacr\u00e9es par la <em><a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/annexe-b-de-la-loi-de-1982-sur-le-canada-r-u-1982-c-11-fr\">Charte<\/a><\/em> et des circonstances r\u00e9elles de l\u2019affaire. Cette personne n\u2019est toutefois pas un juriste et n\u2019est pas en mesure d\u2019appr\u00e9cier les subtilit\u00e9s des diff\u00e9rentes d\u00e9fenses qui s\u2019offrent \u00e0 l\u2019accus\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>La confiance de cette personne raisonnable envers l\u2019administration de la justice peut \u00eatre min\u00e9e tout autant si le tribunal refuse d\u2019ordonner une d\u00e9tention justifi\u00e9e compte tenu des circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, que lorsqu\u2019il l\u2019ordonne alors qu\u2019elle est injustifi\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>[88]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En conclusion, en pr\u00e9sence d\u2019un crime grave ou tr\u00e8s violent, lorsque la preuve contre l\u2019accus\u00e9 est accablante, et que la ou les victimes sont vuln\u00e9rables, la d\u00e9tention pr\u00e9ventive sera habituellement ordonn\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p>[89]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Maintenant que j\u2019ai interpr\u00e9t\u00e9 l\u2019<a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\">al. 515(10)\u00a0<\/a><em>c<\/em>) <em><a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\">C.cr\u00a0<\/a>.<\/em>, je vais examiner le pouvoir de r\u00e9vision dont dispose un juge d\u2019une cour sup\u00e9rieure pour modifier l\u2019ordonnance de mise en libert\u00e9 ou de d\u00e9tention, qu\u2019elle soit rendue en application de l\u2019<a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\">al. 515(10)\u00a0<\/a><em>a<\/em>), <em>b<\/em>) ou <em>c<\/em>) <em><a href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\">C.cr\u00a0<\/a><\/em><em>.<\/em><\/p>\n<p><strong>La r\u00e9vision aux art. 520 et 521 du C.cr. :<\/strong><\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\"><strong>[6]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Par ailleurs, notre Cour est appel\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019\u00e9tendue du pouvoir de r\u00e9vision conf\u00e9r\u00e9 par les <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> \u00e0 l\u2019\u00e9gard des d\u00e9cisions concernant la d\u00e9tention ou la mise en libert\u00e9 provisoire. Puisque la d\u00e9cision de remettre ou non en libert\u00e9 un accus\u00e9 avant son proc\u00e8s constitue un exercice d\u00e9licat de pond\u00e9ration de l\u2019ensemble des circonstances pertinentes, le juge qui entend une requ\u00eate en r\u00e9vision fond\u00e9e sur l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> ou<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>.<\/i> ne jouit pas d\u2019un pouvoir illimit\u00e9 de r\u00e9vision de cette d\u00e9cision. Je conclus que l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019exercer ce pouvoir ne se pr\u00e9sentera que dans trois cas\u00a0: 1) en pr\u00e9sence d\u2019une preuve nouvelle admissible; 2) en pr\u00e9sence d\u2019une erreur de droit dans la d\u00e9cision contest\u00e9e; ou 3) en pr\u00e9sence d\u2019une d\u00e9cision manifestement inappropri\u00e9e. Dans ce dernier cas, il n\u2019est pas question pour le juge r\u00e9viseur de simplement substituer son appr\u00e9ciation des faits \u00e0 celle du juge ayant rendu la d\u00e9cision contest\u00e9e. Ce n\u2019est que lorsque ce dernier a accord\u00e9 trop d\u2019importance \u00e0 un facteur pertinent ou \u00e0 l\u2019inverse pas suffisamment \u00e0 un autre que le juge r\u00e9viseur pourra intervenir.<\/strong><\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[&#8230;]<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[117]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J\u2019insiste \u00e0 nouveau sur le fait que, lors de l\u2019audience sur la mise en libert\u00e9, l\u2019accus\u00e9 jouit de la pr\u00e9somption d\u2019innocence, ce qui n\u2019est plus le cas lors de la d\u00e9termination de sa peine. Cependant, les extraits cit\u00e9s plus haut expriment avec justesse les implications d\u2019une d\u00e9cision discr\u00e9tionnaire qui incorpore plusieurs facteurs devant \u00eatre pond\u00e9r\u00e9s. Comme je l\u2019ai expliqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, la d\u00e9cision relative \u00e0 la mise en libert\u00e9 prise en vertu de l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> requiert l\u2019examen de plusieurs facteurs qui peuvent s\u2019av\u00e9rer difficiles \u00e0 pond\u00e9rer. Il s\u2019agit d\u2019un exercice d\u00e9licat. Accorder au juge un pouvoir discr\u00e9tionnaire illimit\u00e9 de r\u00e9viser la d\u00e9cision initiale sur la mise en libert\u00e9 trahirait l\u2019essence de l\u2019exercice.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[118]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Comme je l\u2019ai mentionn\u00e9, je suis d\u2019avis que les <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> ne pr\u00e9voient pas la tenue d\u2019une audience <i>de novo<\/i>. Ainsi, \u00e0 moins de preuve nouvelle \u2014\u00a0un sujet dont je traiterai plus loin \u2014 le juge r\u00e9viseur n\u2019est pas en\u00a0meilleure position que le juge de paix pour \u00e9valuer si la d\u00e9tention de l\u2019accus\u00e9 est n\u00e9cessaire. De plus, le juge r\u00e9viseur ne d\u00e9tient pas, par rapport au juge de paix, une expertise particuli\u00e8re en mati\u00e8re de mise en libert\u00e9.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[119]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans ce contexte, je vois difficilement comment on pourrait justifier de permettre au juge r\u00e9viseur de substituer en tout temps son appr\u00e9ciation des diff\u00e9rentes circonstances \u00e0 celle du juge de paix.<\/p>\n<p class=\"Title3LevelTitre3Niveau\">(5)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Conclusion\u00a0: la r\u00e9vision pr\u00e9vue aux <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> constitue un recours de nature hybride<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[120]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019examen du libell\u00e9 des <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i>, la comparaison avec d\u2019autres dispositions en mati\u00e8re de r\u00e9vision et avec l\u2019appel en mati\u00e8re de peine, ainsi que la nature de la d\u00e9cision qui fait l\u2019objet de la r\u00e9vision, m\u2019am\u00e8nent \u00e0 conclure que ces dispositions ne conf\u00e8rent pas au juge r\u00e9viseur un pouvoir illimit\u00e9 pour r\u00e9viser l\u2019ordonnance initiale relative \u00e0 la d\u00e9tention ou \u00e0 la mise en libert\u00e9 de l\u2019accus\u00e9. Le juge doit donc se demander s\u2019il est opportun qu\u2019il exerce ce pouvoir de r\u00e9vision.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[121]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019opportunit\u00e9 d\u2019intervenir existera lorsqu\u2019une erreur de droit a \u00e9t\u00e9 commise par le premier juge. Il est aussi opportun pour le juge r\u00e9viseur d\u2019exercer son pouvoir lorsque la d\u00e9cision contest\u00e9e est manifestement inappropri\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque le juge ayant rendu la d\u00e9cision contest\u00e9e a accord\u00e9 trop d\u2019importance \u00e0 un facteur pertinent ou pas suffisamment \u00e0 un autre. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019accorder aux juges r\u00e9viseurs le pouvoir d\u2019intervenir \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la d\u00e9cision initiale simplement parce qu\u2019ils auraient accord\u00e9 un poids diff\u00e9rent aux facteurs pertinents. Je rappelle que les facteurs pertinents ne sont pas limit\u00e9s \u00e0 ceux \u00e9nonc\u00e9s express\u00e9ment \u00e0 l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>.<\/i> Finalement, si l\u2019accus\u00e9 ou le poursuivant soumet une nouvelle preuve, comme le permettent les <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i>, le juge r\u00e9viseur peut modifier la d\u00e9cision initiale si cette nouvelle preuve d\u00e9montre un changement important et pertinent dans les circonstances de l\u2019affaire.<\/p>\n<p class=\"Title3LevelTitre3Niveau\">(6)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le changement important de circonstances<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[122]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La pr\u00e9sentation de \u00ab\u00a0preuves ou pi\u00e8ces\u00a0\u00bb nouvelles est autoris\u00e9e par les <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520par7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">par. 520(7)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521par8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">521(8)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>.<\/i> Le <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520par7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">paragraphe 520(7)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> stipule ce qui suit<i>\u00a0<\/i>:<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpFirst\">520.(7) Lors de l\u2019audition d\u2019une demande en vertu du pr\u00e9sent article, le juge peut examiner\u00a0:<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\"><em>a<\/em>)\u00a0la transcription, s\u2019il en est, des proc\u00e9dures entendues par le juge de paix et par un juge qui a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9vis\u00e9 l\u2019ordonnance rendue par le juge de paix;<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\"><em>b<\/em>)\u00a0les pi\u00e8ces, s\u2019il en est, d\u00e9pos\u00e9es au cours des proc\u00e9dures devant le juge de paix;<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpLast\"><em>c<\/em>)\u00a0les autres preuves ou pi\u00e8ces que le pr\u00e9venu ou le poursuivant peuvent pr\u00e9senter,<\/p>\n<p class=\"ContinueParaSuitedupar-AltP\">Le <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521par8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">paragraphe 521(8)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> est essentiellement identique.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[123]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La question est de savoir ce qui est admissible \u00e0 titre de preuve nouvelle.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[124]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Selon l\u2019appelante, une telle preuve ne peut porter que sur des faits v\u00e9ritablement nouveaux, soit des faits qui sont survenus depuis la d\u00e9cision initiale. Cela exclut donc des faits qui auraient pu \u00eatre all\u00e9gu\u00e9s lors de l\u2019audience initiale ou d\u2019une r\u00e9vision ant\u00e9rieure. \u00c0 d\u00e9faut, le syst\u00e8me risque d\u2019encourager \u00ab\u00a0la recherche d\u2019un juge plus accommodant\u00a0\u00bb (ce qu\u2019on appelle en anglais le \u00ab\u00a0<i>judge shopping<\/i>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[125]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il est vrai que le principe de la finalit\u00e9 des jugements et celui de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9viter la multiplication des recours judiciaires non justifi\u00e9s sont importants, et les tribunaux ne doivent pas faciliter \u00ab\u00a0la recherche d\u2019un juge plus accommodant\u00a0\u00bb. Il est toutefois exag\u00e9r\u00e9 de pr\u00e9tendre, comme le fait l\u2019appelante, qu\u2019une personne arr\u00eat\u00e9e pourrait avoir int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9senter le minimum de preuve lors de l\u2019audience initiale sur la mise en libert\u00e9 et, si cela s\u2019av\u00e8re insuffisant, \u00e0 invoquer en cas de r\u00e9vision des \u00e9l\u00e9ments de preuve qui existaient d\u00e9j\u00e0 au moment de cette audience mais qu\u2019elle n\u2019a pas utilis\u00e9s. Normalement, une personne d\u00e9tenue fait g\u00e9n\u00e9ralement tout en son pouvoir pour \u00eatre remise en libert\u00e9 le plus rapidement possible. La pr\u00e9tention de l\u2019appelante t\u00e9moigne d\u2019une incompr\u00e9hension de l\u2019impact de la d\u00e9tention sur un individu, en particulier lorsque celle-ci peut s\u2019av\u00e9rer non justifi\u00e9e\u00a0: voir, p. ex., <i>Toronto Star Newspapers Ltd.<\/i>, par. 51, citant\u00a0<i>Hall<\/i>, par. 47; <i>Ell c. Alberta<\/i>, 2003 CSC 35, [2003] 1 R.C.S. 857, par. 24.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[126]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La crainte de l\u2019appelante m\u2019appara\u00eet d\u2019autant plus d\u00e9mesur\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s une premi\u00e8re demande de r\u00e9vision en vertu de l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i>, une nouvelle demande ne peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e avant l\u2019expiration d\u2019un d\u00e9lai de 30 jours, sauf avec l\u2019autorisation d\u2019un juge\u00a0: <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520par8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">par. 520(8)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521par9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">521(9)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i><\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[127]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je suis plut\u00f4t d\u2019avis que la nature g\u00e9n\u00e9ralement exp\u00e9ditive du processus de mise en libert\u00e9 et ses cons\u00e9quences \u2014 rapidit\u00e9 entre l\u2019arrestation et l\u2019audience, non-repr\u00e9sentation des accus\u00e9s, preuve incompl\u00e8te \u00e0 cette \u00e9tape\u00ad \u2014 expliquent qu\u2019une personne d\u00e9tenue ne puisse pas toujours pr\u00e9senter tous les \u00e9l\u00e9ments de preuve possibles lors de sa premi\u00e8re audience. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la justice serait donc compromis si les tribunaux agissant en vertu des <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>.<\/i> devaient appliquer une conception restrictive de la \u00ab\u00a0preuve nouvelle\u00a0\u00bb admissible au sens de ces articles.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[128]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans <i>Palmer c. La Reine<\/i>, [1980] 1 R.C.S. 759, p. 775, notre Cour a \u00e9tabli les crit\u00e8res suivants pour qu\u2019une preuve satisfasse \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0preuve nouvelle\u00a0\u00bb lors d\u2019un appel\u00a0:<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpFirst\">1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne devrait g\u00e9n\u00e9ralement pas admettre une [preuve] qui, avec diligence raisonnable, aurait pu \u00eatre produite au proc\u00e8s [. . . ].<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\">2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La [preuve] doit \u00eatre pertinente, en ce sens qu\u2019elle doit porter sur une question d\u00e9cisive ou potentiellement d\u00e9cisive quant au proc\u00e8s.<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\">3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La [preuve] doit \u00eatre plausible, en ce sens qu\u2019on puisse raisonnablement y ajouter foi, et<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpMiddle\">4.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Elle doit \u00eatre telle que si l\u2019on y ajoute foi, on puisse raisonnablement penser qu\u2019avec les autres \u00e9l\u00e9ments de preuve produits au proc\u00e8s, elle aurait influ\u00e9 sur le r\u00e9sultat.<\/p>\n<p class=\"Citation-AltCCxSpLast\">(R\u00e9it\u00e9r\u00e9 dans <i>R. c. Warsing<\/i>, <span class=\"reflex3-block\">[1998] 3 R.C.S. 579<\/span>, par. 50.)<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[129]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je suis d\u2019avis que les quatre crit\u00e8res de l\u2019arr\u00eat <i>Palmer<\/i> sont pertinents, avec les adaptations n\u00e9cessaires, pour d\u00e9terminer en quoi consiste une preuve nouvelle pour les besoins de la r\u00e9vision pr\u00e9vue aux <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> \u00c9tant donn\u00e9 la nature g\u00e9n\u00e9ralement exp\u00e9ditive du processus de mise en libert\u00e9 provisoire et les risques d\u2019atteinte aux droits de l\u2019accus\u00e9, et puisque l\u2019audience sur la mise en libert\u00e9 survient au tout d\u00e9but des proc\u00e9dures criminelles et non \u00e0 la fin comme l\u2019appel de la peine, les juges r\u00e9viseurs doivent faire preuve de souplesse dans l\u2019application de ces quatre crit\u00e8res. D\u2019entr\u00e9e de jeu, je rappelle que les r\u00e8gles de preuve sont assouplies dans le cadre de l\u2019enqu\u00eate sur la mise en libert\u00e9\u00a0: <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art518\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 518<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i><\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[130]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le premier crit\u00e8re \u2014 la diligence raisonnable \u2014 existe pour assurer le caract\u00e8re d\u00e9finitif et le d\u00e9roulement ordonn\u00e9 des proc\u00e9dures judiciaires, des valeurs qui sont essentielles \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du processus p\u00e9nal: <i>R. c. G.D.B<\/i><i>.<\/i>, 2000 CSC 22, [2000] 1 R.C.S. 520, par. 19, citant <i>R. c. M. (P.S.) <\/i><span class=\"reflex3-block\">(1992), 77 C.C.C. (3d) 402 (C.A. Ont.)<\/span>, p.\u00a0411. L\u2019appelante fait d\u2019ailleurs valoir ces m\u00eames valeurs pour restreindre la notion de preuve nouvelle en l\u2019esp\u00e8ce. Cependant, la d\u00e9tention de l\u2019accus\u00e9 avant le proc\u00e8s \u2014 tout comme sa mise en libert\u00e9 \u2014 est de par sa nature m\u00eame tr\u00e8s souvent \u00ab\u00a0provisoire\u00a0\u00bb et non pas d\u00e9finitive.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[131]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De plus, malgr\u00e9 l\u2019importance de ces valeurs, notre Cour a \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que le crit\u00e8re de la diligence raisonnable ne devait pas \u00eatre appliqu\u00e9 de mani\u00e8re aussi stricte dans les affaires criminelles que dans les affaires civiles\u00a0: <i>Palmer<\/i>, p. 775, citant <i>McMartin c. The Queen<\/i>, [1964] R.C.S. 484 \u00e0 la p. 493. Le poids qu\u2019il faut accorder \u00e0 ce crit\u00e8re d\u00e9pend de la force des autres ou, en d\u2019autres termes, de l\u2019ensemble des circonstances\u00a0: <i>R. c.<\/i><i>Price<\/i>, <span class=\"reflex3-block\">[1993] 3 R.C.S. 633, p. 634; voir aussi <\/span><i>Warsing<\/i>, par. 51<span class=\"reflex3-block\">. <\/span>\u00a0Dans <i>G.D.B<\/i><i>.<\/i>, notre Cour a pr\u00e9cis\u00e9 que \u00ab\u00a0la cour d\u2019appel doit d\u00e9terminer la raison pour laquelle l\u2019\u00e9l\u00e9ment de preuve n\u2019\u00e9tait pas disponible au proc\u00e8s\u00a0\u00bb\u00a0: par. 20. Ainsi, le fait de permettre une approche g\u00e9n\u00e9reuse et lib\u00e9rale de la notion de \u00ab\u00a0preuve nouvelle\u00a0\u00bb pour l\u2019application des <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> s\u2019inscrit fort bien dans la jurisprudence de notre Cour.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[132]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J\u2019estime donc que le juge r\u00e9viseur peut tenir compte d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve v\u00e9ritablement nouveaux ou d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui existaient au moment de l\u2019audience initiale sur la mise en libert\u00e9 de l\u2019accus\u00e9, mais qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s pour une raison l\u00e9gitime et raisonnable. C\u2019est en ce sens qu\u2019il faut comprendre le crit\u00e8re de la \u00ab\u00a0diligence raisonnable\u00a0\u00bb \u00e9tabli dans l\u2019arr\u00eat <i>Palmer<\/i> pour la r\u00e9vision pr\u00e9vue aux <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> La nature du syst\u00e8me de mise en libert\u00e9 et les risques y aff\u00e9rents n\u2019exigent pas moins.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[133]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je pr\u00e9cise que cette preuve nouvelle ne se limite pas \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments auxquels l\u2019accus\u00e9 n\u2019a pas eu acc\u00e8s avant l\u2019audience initiale, du fait que, par exemple, le poursuivant ne les lui avait pas communiqu\u00e9s. Il est possible que ce dernier ne remette des \u00e9l\u00e9ments de preuve \u00e0 l\u2019accus\u00e9 qu\u2019au tout dernier moment avant l\u2019audience initiale ou tr\u00e8s peu de temps avant. Compte tenu des circonstances propres \u00e0 chaque affaire, il pourrait \u00eatre d\u00e9raisonnable et injuste d\u2019exiger de l\u2019accus\u00e9 qu\u2019il utilise une telle preuve d\u00e8s l\u2019audience initiale, faute de quoi il ne pourrait plus l\u2019invoquer dans une demande de r\u00e9vision subs\u00e9quente, soit une fois que son avocat aurait eu le temps n\u00e9cessaire pour l\u2019analyser et mesurer les avantages et d\u00e9savantages de son utilisation. Il appartiendra aux juges r\u00e9viseurs de d\u00e9terminer, dans chaque cas, si la raison pour laquelle l\u2019accus\u00e9 n\u2019a pas pr\u00e9sent\u00e9 plus t\u00f4t ces \u00e9l\u00e9ments de preuve pr\u00e9existants \u00e9tait l\u00e9gitime et raisonnable.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[134]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette exigence relative \u00e0 la d\u00e9monstration d\u2019une raison l\u00e9gitime et raisonnable fait en sorte que, dans les cas o\u00f9 un accus\u00e9 aurait v\u00e9ritablement int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire tra\u00eener sa demande de mise en libert\u00e9 ou tenterait de profiter de la r\u00e9vision pour choisir un juge plus accommodant, le juge r\u00e9viseur pourra refuser la preuve nouvelle. De cette fa\u00e7on, la conception de preuve nouvelle pour l\u2019application des <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a>.<\/i> r\u00e9pond \u00e0 la fois au besoin de respecter l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de notre syst\u00e8me de justice criminelle et \u00e0 celui d\u2019assurer la protection des droits de l\u2019accus\u00e9 dans le cadre de proc\u00e9dures g\u00e9n\u00e9ralement exp\u00e9ditives.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[135]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quant au deuxi\u00e8me crit\u00e8re de l\u2019arr\u00eat <i>Palmer<\/i>, il va de soi que la preuve n\u2019a pas \u00e0 \u00ab\u00a0porter sur une question d\u00e9cisive ou potentiellement d\u00e9cisive quant au proc\u00e8s\u00a0\u00bb\u00a0: p. 775. Il suffit que la preuve soit pertinente pour les besoins du <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">par. 515(10)<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> En ce qui a trait sp\u00e9cifiquement au troisi\u00e8me motif de d\u00e9tention sous 515(10)<i>c<\/i>), celui en cause ici, je souligne que le juge doit tenir compte de \u00ab\u00a0toutes les circonstances\u00a0\u00bb. Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re de l\u2019arr\u00eat <i>Palmer<\/i> sera donc rarement d\u00e9cisif lors d\u2019une demande de r\u00e9vision en vertu des <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art520\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">art. 520<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> et<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art521\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> 521<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a> <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i>, puisque l\u2019\u00e9ventail de preuves \u00ab\u00a0pertinentes\u00a0\u00bb sera g\u00e9n\u00e9ralement assez large.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[136]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En ce qui concerne le troisi\u00e8me crit\u00e8re \u2014 soit que la preuve \u00ab\u00a0doit \u00eatre plausible, en ce sens qu\u2019onpuisse raisonnablement y ajouter foi\u00a0\u00bb (<i>Palmer<\/i>, p. 775) \u2014, il doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019assouplissement des r\u00e8gles de preuve \u00e0 l\u2019\u00e9tape de la mise en libert\u00e9 sous caution, en particulier de l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art518par1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 518(1)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>e<\/i>) <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i>, lequel pr\u00e9voit que \u00ab\u00a0le juge de paix peut recevoir toute preuve qu\u2019il consid\u00e8re plausible ou digne de foi dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce et fonder sa d\u00e9cision sur cette preuve\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[137]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Enfin, il convient de modifier ainsi le quatri\u00e8me crit\u00e8re de<i> <\/i>l\u2019arr\u00eat <i>Palmer<\/i>\u00a0: la preuve nouvelle doit \u00eatre telle qu\u2019il est raisonnable de penser que, compte tenu de toutes les circonstances pertinentes, elle aurait \u00e9t\u00e9 susceptible d\u2019influencer l\u2019exercice de pond\u00e9ration auquel s\u2019est livr\u00e9 le premier juge pour l\u2019application de l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>)<i> <a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> Cette nouvelle preuve doit donc \u00eatre significative.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[138]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si la preuve nouvelle satisfait aux quatre crit\u00e8res d\u2019admissibilit\u00e9, le juge r\u00e9viseur est autoris\u00e9 \u00e0 reprendre l\u2019analyse fond\u00e9e sur l\u2019<a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr#!fragment\/art515par10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">al. 515(10)<i><\/i><span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><i>c<\/i>) <i><a class=\"reflex2-link\" href=\"https:\/\/zoupio.lexum.com\/calegis\/lrc-1985-c-c-46-fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C.cr<span class=\"decisia-reflex2-icon\">\u00a0<\/span><\/a><\/i><i>.<\/i> comme s\u2019il \u00e9tait le premier d\u00e9cideur. Il doit donc analyser toutes les circonstances de l\u2019affaire, en pr\u00eatant une attention particuli\u00e8re \u00e0 celles \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 cet alin\u00e9a. Il doit ensuite se livrer \u00e0 un exercice de pond\u00e9ration et d\u00e9terminer, \u00e0 travers l\u2019\u0153il du public, si la d\u00e9tention de l\u2019accus\u00e9 est toujours justifi\u00e9e. Les crit\u00e8res de l\u2019arr\u00eat <i>Palmer<\/i>, tels que je viens de les modifier, ne doivent pas \u00eatre appliqu\u00e9s pour ralentir ou compliquer inutilement le processus de mise en libert\u00e9. Encore une fois, de par sa nature, ce processus suppose g\u00e9n\u00e9ralement une proc\u00e9dure rapide et flexible. Ces crit\u00e8res servent donc de guides au juge r\u00e9viseur, mais ils ne doivent pas avoir effet de cr\u00e9er des carcans proc\u00e9duraux qui nuiraient \u00e0 l\u2019administration de la justice.<\/p>\n<p class=\"ParaNoNdepar-AltN\">[139]\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En conclusion, le juge r\u00e9viseur pourra intervenir en cas de pr\u00e9sentation d\u2019une preuve nouvelle pertinente, en pr\u00e9sence d\u2019une erreur de droit ou, finalement, lorsque la d\u00e9cision est manifestement inappropri\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R. c. St-Cloud, 2015 CSC 27 : Notre r\u00e9sum\u00e9 sch\u00e9matis\u00e9 (cliquer sur fullscreen pour une vision d&#8217;ensemble) &nbsp; Notre r\u00e9sum\u00e9 sch\u00e9matis\u00e9\u00a0en mots Le troisi\u00e8me motif : 515(10)c) C.cr Fondement : \u00ab [l]a confiance du public est essentielle au bon fonctionnement du syst\u00e8me de mise en libert\u00e9 sous caution et de l\u2019ensemble du syst\u00e8me de justice [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[120],"tags":[],"yst_prominent_words":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6235"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6235"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6235\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6235"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6235"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6235"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.doyonavocats.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=6235"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}