[43]        Malgré le fait que l’avocat du ministère public a accepté les qualifications de la Dre Allard en tant qu’experte en psychiatrie, il lui a néanmoins posé quelques questions dans le but évident de miner sa crédibilité. Tel que l’extrait suivant le démontre, cet exercice s’est avéré un échec :

Q.   Avant de terminer mon contre-interrogatoire, Madame la Juge, Docteur Allard, c’est exact que quand vous témoignez, c’est arrivé très rarement que vous avez témoigné pour la Couronne, je dirais même jamais?

R.   Non, c’est arrivé.

Q.   C’est arrivé!

R.   J’ai…

Q.   Parce que j’ai fait un petit… répertorié un petit peu sur internet là où vous avez témoigné. Puis, dans les dernières années, c’est exact de dire que, quand vous avez témoigné, normalement c’est pour la Défense?

R.   Oui. Mais, vous pouvez appeler… J’ai témoigné à Trois-Rivières pour la… En fait, je n’ai pas témoigné, j’avais été appelée, mais j’ai été… je suis engagée par la Couronne. Des fois, je ne vais pas témoigner, mais je suis engagée par la Couronne, et…

Q.   Et que dans les causes, par exemple…

      Me ANNIE ÉMOND :

      Le témoin n’avait pas terminé.

R.   Oui.

      Me THIERRY NADON :

Q.   Allez-y. Allez-y.

R.   Je veux juste vous dire que la majorité de ma job à moi de tous les jours, c’est le tribunal qui m’engage, ce n’est pas la Couronne, ce n’est pas la Défense, c’est la cour qui m’envoie. Donc, si la Couronne a besoin de moi, ils vont me le dire. Si la Défense a besoin de moi, ils vont me le dire. Mais, soixante-quinze pour cent (75 %), si c’est pas quatre-vingts pour cent (80 %) de mon travail, c’est pas personne qui m’engage, c’est la cour. En fait, c’est le tribunal qui m’engagement. (sic)

Q.   O.K. Mais, les fois où vous avez témoigné justement là, est-ce qu’on peut dire que c’est à peu près quatre-vingts, quatre-vingt-dix pour cent (80 % – 90 %) que c’est du côté de la Défense?

R.   Je dirais quatre-vingts pour cent (80 %) par ce que ça a adonné que la personne était malade et la Défense a dit « bien »…

[44]        Comme l’indique l’appelant, cette Cour a déjà vertement critiqué ce type de tactique, notamment lors d’une plaidoirie. Dans Usereau c. R., le juge Hilton, s’exprimant au nom de la Cour, écrivait ce qui suit à propos d’une plaidoirie qui affirmait que l’experte de la partie adverse rendait des témoignages de complaisance :

[124]   […] As I have already mentioned at paragraph [117], he [Crown counsel] was particularly harsh with Ms Desmarais, implying that her testimony was bought and paid for since she would no longer receive mandates from defence attorneys if all she did was mimic what was said by the Crown’s experts.

[125]   In my opinion this was a completely inappropriate comment that, if taken to its limit, would suggest that experts who are retained by defence counsel are never worthy of belief for that reason alone. Had the Crown ever offered Ms Desmarais a mandate? If so, had she refused it? Had she testified that she would never accept a mandate from the Crown? The record discloses no reasons to question her integrity for having acted as an expert witness for this accused or any other accused. It is hard to imagine that a crown counsel would even think of making such a spurious argument to a trial judge hearing a criminal case alone, or that if such an argument was made, that a trial judge would pay the slightest attention to it. The fact that the case was being tried before a jury should not have made a difference.

[131]   […] The gratuitous attack on the integrity of Ms Desmarais, simply because she had previously been retained in two other criminal cases by defence counsel, was also inexcusable, and betrayed an unjustified contempt for defence expert witnesses.[15]

[45]        Ces commentaires sont transposables aux questions qui sont posées à la Dre Allard lors de son contre-interrogatoire. Cependant, contrairement à la plaidoirie inflammatoire dans Usereau, l’avocat du ministère public a jugé bon, pour des raisons évidentes, de ne pas en parler durant sa plaidoirie au jury.

[46]        Les réponses de la Dre Allard à ces questions n’ont pas causé de préjudice à M. Labrie. Au contraire, l’effet était au pire neutre et au mieux bénéfique. Elles n’ont même pas suscité une objection de la part de l’avocate de l’appelant. L’incident était pour ainsi dire isolé et n’a jamais pris les proportions des propos tenus dans l’affaire Usereau.

[47]        Cela dit, la Cour ne peut que regretter que le ministère public continue de se lancer dans des chasses aux sorcières avec des questions de cette nature.

head_img_01