Vos récentes chroniques — « La bonne blague des peines bonbons » et « Denys Noël, juge et distributeur de bonbons » — attaquent frontalement l’administration de la justice. Vous accusez le système d’indulgence envers les criminels violents et les juges d’être « le premier facteur d’effritement de la confiance du public dans le système de justice ».
En visant personnellement des magistrats et en amplifiant les aspects les plus choquants des peines, vous ne suscitez pas la réflexion : vous alimentez la colère. Vous transformez des décisions complexes — parfois impopulaires, mais rendues selon le droit — en caricatures morales. En réclamant une justice soumise aux pressions de l’opinion, vous mettez en péril le principe même de son indépendance.
Oui, la justice humaine peut faillir. Mais le remède n’est pas le lynchage médiatique. Et ce n’est certainement pas de justifier la violence contre les délinquants au nom des victimes, comme vous le laissez entendre dans l’une de vos chroniques.
Nous vivons à une époque où pourfendre les institutions est devenu un réflexe, presque une marque de courage. Pourtant, cette posture, qui se veut critique, est extraordinairement délétère pour la démocratie. En remplaçant la critique raisonnée par le dénigrement systématique, on ne cherche plus à améliorer les institutions, mais à les affaiblir. Ce glissement nourrit un populisme judiciaire où l’émotion et la méfiance remplacent la réflexion et le droit.
Les acteurs démocratiques — avocats, journalistes, enseignants, élus — devraient être les premiers à mesurer le danger de ce glissement. Car c’est précisément grâce aux institutions auxquelles ils appartiennent, comme la Justice et la Presse libre, que la démocratie tient debout. Quand ceux qui ont pour mission d’éclairer le public ou de défendre le droit se mettent à entretenir la méfiance plutôt qu’à cultiver la rigueur, ils scient la branche sur laquelle repose notre liberté collective.
La démocratie ne meurt pas d’un coup d’État, mais d’une lente érosion de la confiance — souvent provoquée par ceux-là mêmes qui avaient le devoir de la protéger.
Je dénonce vos propos, parce qu’ils participent à cette érosion.
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